Les écrans solaires: amis ou ennemis?

Une étude américaine a révélé qu’un ingrédient entrant dans la composition des crèmes solaires provoquait la mort de certains coraux.
Photo: Romeo Gacad Agence France-Presse Une étude américaine a révélé qu’un ingrédient entrant dans la composition des crèmes solaires provoquait la mort de certains coraux.

Les écrans solaires nous évitent bien des coups de soleil et offrent une protection optimale contre le cancer de la peau. Mais ils s’avèrent aussi nocifs pour l’environnement et nuisent aux récifs coralliens. Heureusement, des solutions existent pour combiner notre protection solaire avec celle de l’environnement.

Il peut sembler presque ironique qu’un produit censé nous protéger soit autant dangereux pour un autre organisme. C’est pourtant le cas. Une étude américaine a révélé qu’un ingrédient entrant dans la composition des crèmes solaires provoquait la mort de certains coraux. La molécule en cause : l’oxybenzone, le composé qui filtre les rayons ultraviolets et les empêche d’atteindre notre peau. On le retrouve dans pratiquement tous les écrans solaires vendus en pharmacie.

Pendant la baignade, la crème solaire perd de son adhérence et se retrouve en grande quantité dans l’eau. Bon an, mal an, ce sont près de 14 000 tonnes de crème solaire qui se retrouvent dans les océans du monde entier. L’oxybenzone s’accumule et entraîne des modifications importantes dans l’ADN des coraux, empêchant une croissance adéquate. Pour les coraux adultes, cela entraîne leur blanchiment, un état qui les rend très vulnérables.

Photo: Romeo Gacad Agence France-Presse Pendant la baignade, la crème solaire perd de son adhérence et se retrouve en grande quantité dans l’eau. Bon an, mal an, ce sont près de 14 000 tonnes de ce produit qui sont repérées dans les océans du monde.

Sans surprise, les conséquences les plus dramatiques ont lieu autour des zones touristiques. Certaines destinations soleil bloquent maintenant l’accès aux plages pour les touristes qui se sont badigeonnés d’écrans solaires contenant des composés toxiques. D’autres offrent aux voyageurs des échantillons de crème non nocive pour l’environnement. Mais ce composé ne se retrouve pas seulement dans les océans. Il atterrit aussi dans les eaux usées, les usines de filtration ne réussissant pas à éliminer toutes les traces d’oxybenzone. « Mettre le doigt sur la cause de la dégradation d’un récif corallien en zone touristique n’est pas évident.

Par contre, on peut certainement concevoir une situation de stress cumulatifs : rejets des eaux usées des hôtels, présence de bateaux et de motomarines, produits de soins corporels comme la crème solaire, ou encore pesticides appliqués dans les parcs et les terrains de golf des sites de villégiature », constate Richard Saint-Louis, professeur spécialisé en pollution des environnements aquatiques à l’Université du Québec à Rimouski.

Il n’y a pas que la crème solaire que l’on met ainsi au pilori : les rouges à lèvres, mascaras et shampooings contiennent aussi, pour la plupart, de l’oxybenzone.

Des risques pour l’humain ?

Si ce composé est si nocif pour les coraux, qu’en est-il pour l’humain ? Même si le lien n’a pas été clairement établi, certaines études avancent que ces filtres chimiques pourraient pénétrer dans notre peau et agir comme perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire interférer avec le fonctionnement normal de certaines hormones.

Cela a d’ailleurs conduit l’Union européenne à limiter la concentration d’oxybenzone dans les produits cosmétiques et elle songe maintenant à en interdire totalement l’utilisation. Chez Santé Canada, aucune décision n’a été prise à cet égard et cet ingrédient est toujours autorisé.

Où donner de la tête en tant que voyageur ? Car avec le soleil qui brille de plus en plus fort, pas question de laisser tomber la crème solaire lors d’une journée à la plage. Pour combiner protection de l’environnement et protection solaire, il est maintenant possible de se tourner vers des écrans solaires biodégradables.

Des produits bios

En effet, devant ce problème de coraux défraîchis, plusieurs entreprises ont mis au point des produits sans oxybenzone. Parmi ceux-ci, l’entreprise québécoise Druide basée à Saint-Laurent qui fabrique un produit utilisant des filtres UV minéraux plutôt que chimiques. Au lieu d’inclure l’oxybenzone, on le remplace par le dioxyde de titane ou l’oxyde de zinc, deux molécules tout aussi efficaces pour bloquer les rayons UV, mais qui ne constituent pas une nuisance pour les récifs coralliens.

La prudence est toutefois de mise, car comme l’explique Nathalie Delaunay, attachée scientifique aux laboratoires Druide, il existe deux familles de particules minérales : les nanoparticules et les microparticules.

« Toutes nos crèmes solaires sont formulées avec des microparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc. Des études ont démontré que les nanoparticules sont susceptibles de diminuer la population des coraux et d’augmenter leur stress alors que les microparticules, qui sont plus grosses, n’auraient pas d’effet », nuance-t-elle.

Pour s’y retrouver

Chercher des crèmes solaires contenant du dioxyde de titane ou de l’oxyde de zinc dans la liste d’ingrédients médicinaux.

 

Éviter celles contenant de l’oxybenzone ou de l’octinoxate.


Écrans solaires biodégradables ou biologiques fabriqués au Québec : Les produits Druide, La Coursière et ATTITUDE.