Les chemins de broue du Québec: quelques hauts lieux des meilleures microbrasseries

Une bière au collet bien mousseux de la brasserie Dunham, dans les Cantons-de-l’Est.
Photo: Brasserie Dunham Une bière au collet bien mousseux de la brasserie Dunham, dans les Cantons-de-l’Est.

Autrefois, les Québécois ne se déplaçaient pas plus loin que chez le dépanneur du coin pour s’approvisionner en bière. Aujourd’hui, leur foie déplace des montagnes et ils n’hésitent pas à prendre la route pour étancher leur soif de découverte. Exploration du phénomène, et de quelques hauts lieux de dégustation.

À moins d’avoir passé les dernières années dans un tonneau comme Diogène, quiconque vit au Québec aura remarqué la prolifération de bières de plus en plus goûteuses et raffinées sur les tablettes des épiceries et supermarchés de chez nous.

L’engouement est là, et il va croissant : en 2002, la Belle Province houblonnée comptait à peine 34 microbrasseries ; aujourd’hui, on en dénombre près de 160, et d’aucuns estiment qu’il pourrait s’en trouver jusqu’à 200 d’ici la fin de 2018.

Pourquoi un tel pullulement ? Parce qu’ici comme ailleurs, sur la planète malt, la bière continue de s’éloigner du monde superficiel de la consommation pour gagner celui, sensuel et sapide, de la dégustation.

Le brouepub fédère la population des villages, il est le nouveau perron d'église

 

Avant d’aboutir embouteillées chez les détaillants, bon nombre de ces nectars mousseux naissent au coeur d’un brouepub — un bar de microbrasserie —, fût-il régional ou urbain. « C’est le cas d’au moins 90 % des microbrasseries québécoises, qui s’adressent au départ à une clientèle locale », dit Louis-Philippe Laroche, porte-parole du Trou du Diable, haut lieu brassicole de Shawinigan.

En plus de stimuler l’activité économique dans des villages parfois perdus au milieu de nulle part, le brouepub est souvent au coeur de la vie culturelle, voire de l’industrie des spectacles, surtout en région. Il permet surtout à ses clients assoiffés d’expérimenter des produits éphémères et originaux et de tester leur popularité sur place. « Si ça marche à Notre-Dame-Auxiliatrice-de-Buckland, où est située la microbrasserie Bellechasse, ça peut marcher n’importe où ! » dit Martin Thibeault, coauteur de l’ouvrage Les saveurs gastronomiques de la bière.

« Le brouepub fédère la population des villages, il est devenu le nouveau perron d’église », renchérit Marie-Ève Myrand, directrice générale de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ). Mieux : le brouepub et la microbrasserie sont en train de mobiliser les touristes brassicoles, avides de dégustations et férus d’effervescentes découvertes. Le plus beau, c’est que ça ne date pas d’hier.

« Il y a plusieurs années, un couple d’anglophones est venu boire quelques pintes au brouepub du Trou du Diable, raconte Luc Bellerive, l’un des cofondateurs de cette microbrasserie. En jasant avec eux, j’ai appris qu’ils habitaient à Washington, qu’ils avaient découvert nos bières la veille dans un pub de leur ville, et que le soir même ils avaient pris l’avion et loué une voiture sur un coup de tête pour venir déguster nos bières chez nous ! »

Si ces pèlerins de la broue sont des oiseaux plutôt rares, d’autres se rencontrent de plus en plus souvent sur les chemins gustatifs du Québec. « Au cours de l’été qui s’achève, plusieurs clients sont arrivés chez nous avec la carte de la Route des bières de l’Est-du-Québec [l’un des circuits brassicoles officiels d’ici], en nous disant que c’était la base de leur itinéraire de voyage pour une, voire deux semaines de vacances ! » constate Élodie Fortin, copropriétaire de la microbrasserie La Tête d’Allumette à Saint-André-de-Kamouraska.

Photo: Gary Lawrence À la brasserie Tête d’Allumette, dans le Bas-Saint-Laurent.

Même son de cuve chez Louis Hébert, propriétaire de La Chouape à Saint-Félicien, qui n’en revient pas de voir des fanas de bonnes bières débarquer chez lui après s’être concocté leur propre itinéraire brassicole, inspiré de ce que leur suggère l’Association touristique régionale (ATR).

Plus que jamais, les microbrasseries deviennent donc le fil conducteur d’arrêts obligés d’épicuriens en quête de broue dans le toupet, qui les choisissent comme points de chute avant de visiter les environs ou de s’y adonner à quelque activité, entre quelques savoureux galopins — voire deux ou trois pintes.

Pour les aider dans leur quête du saint Graal brassicole, quelques circuits existent déjà, officiellement ou pas. Il y a sept ou huit ans, l’une des premières routes québécoises de la bière a ainsi vu le jour au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Mais si sa carte existe toujours, elle est en pleine refonte, multiplication des microbrasseries oblige. « À l’époque, quand je l’ai lancée, la région n’en comptait que quatre ; aujourd’hui, on en dénombre une quinzaine », explique Louis Hébert.

En Mauricie, les associés du Trou du Diable travaillent présentement à un itinéraire qui relierait les meilleures fabriques de cervoises artisanales de la région. « Ça fait partie de notre plan d’affaires depuis 2003 ! » explique Luc Bellerive, en plein brassage d’idées avec ses collègues mauriciens.

En attendant, les Cantons-de-l’Est disposent déjà de leur Route des bières, forfaitisée et jalonnée de quatre arrêts : la microbrasserie Farnham, la brasserie Dunham, la microbrasserie À l’Abordage et les Brasseurs West Shefford. Les participants s’embarquent en minibus à 11 h et rentrent (peut-être en titubant) à 19 h, après avoir eu droit à quatre visites d’installations et 16 dégustations.

D’autres n’attendent pas qu’on leur propose des circuits pour passer à l’action. Depuis cinq ans, Éric Belec organise ainsi un rallye de la bière, toujours dans une nouvelle région du Québec. Après les Basses-Laurentides, Montréal, les Cantons-de-l’Est/Montérégie et le Centre-du-Québec, le directeur commercial du magazine Bières et Plaisirs prépare une virée dans Lanaudière et en Mauricie cette année.

Le départ se fait à 8 h du matin et en une journée, une soixantaine de membres d’équipage (avec chauffeur désigné) visitent une douzaine de microbrasseries jusqu’à 19 h. « Quiconque peut former son propre équipage et se joindre à nous, en payant les frais [de 75 $], indique Éric Belec. Mais les gens peuvent aussi s’inspirer de nos itinéraires, disponibles dans les archives des éditions de décembre du magazine. »

Pour créer son propre parcours de dégustation, on peut surtout consulter la carte interactive des microbrasseries membres de l’AMBQ sur son site. Après tout, on n’est jamais si bien servi que par soi-même… sauf dans un brouepub, où il vaut toujours mieux attendre d’être servi.

À voir et à boire

Bas-Saint-Laurent : Tête d’Allumette, Saint-André-de-Kamouraska

Cette adorable microbrasserie loge en partie dans une maison ancestrale génialement située aux abords d’un champ jouxtant le Saint-Laurent. La terrasse y est divinement agréable et les savoureuses bières sont fabriquées après cuisson du brassin sur feu de bois, une technique unique en Amérique du Nord. tetedallumette.com

Cantons-de-l’Est : Brasserie Dunham, Dunham

Située au coeur d’une région plutôt connue pour ses vins que pour ses cervoises, cette mignonne brasserie loge dans un ancien relais de diligences qui date de 1865. À essayer sur place : saison au cassis ou à la cerise, berliner weisse, IPA noire ou brassée avec du thé Earl Grey et de la purée de goyave. brasseriedunham.com

Charlevoix : Microbrasserie Charlevoix et Saint-Pub, Baie-Saint-Paul

Certaines des meilleures bières du Québec émergent de cette microbrasserie doublée d’un pub, dont la Dominus Vobiscum, bière triple d’inspiration belge, et sa petite cousine plus légère, la Flacatoune. microbrasserie.com

Chaudière-Appalaches : Microbrasserie de Bellechasse et Pub de la Contrée, Buckland

Dans une ancienne Caisse populaire (signe des temps), cette microbrasserie forme aussi une coopérative de solidarité de 200 membres. L’ancienne chambre forte est devenue la chambre froide, où sont élaborés une trentaine de produits, dont une lager au miel et des scotch ales. microbrasseriedebellechasse.ca

Gaspésie : Pit Caribou, L’Anse-à-Beaufils (Percé)

Véritable institution gaspésienne, cette microbrasserie a pignon sur broue depuis 2007 et a triplé sa production depuis son agrandissement, en 2011. Entre autres produits phares, notons des bières aux levures sauvages et d’autres vieillies dans des barils de whisky, ainsi qu’une brown ale primée. Depuis peu, la microbrasserie dispose d’un joli brouepub montréalais, sur le Plateau. pitcaribou.com

Îles de la Madeleine : À l’abri de la tempête, L’Étang-du-Nord

Établie en 2004, cette microbrasserie érigée sur un site ravissant voit naître plusieurs produits singuliers : bières aux herbes ou aux grains fumés dans un ancien fumoir à hareng, noires au moka, scotch ales cryoconcentrées, vins d’orge… alabridelatempete.com

Laurentides : Dieu du Ciel !, Saint-Jérôme

La plus célèbre et réputée microbrasserie montréalaise s’est dédoublée dans les Laurentides, où elle dispose désormais d’un pub écoulant (à peu près) le même éventail de savoureuses bières audacieuses et inventives. dieuduciel.com

Mauricie : Le Trou du Diable, Shawinigan

Non seulement peut-on déguster ici certaines des plus délectables bières québécoises (comme la Buteuse et la Shawinigan Handshake, pour ne nommer qu’elles), maintes fois primées dans les concours de dégustation internationaux, mais encore peut-on visiter le chai de plus de 800 barils de vieillissement, le plus imposant du genre au Canada. troududiable.com

Saguenay–Lac-Saint-Jean : La Chouape, Saint-Félicien

Dotée d’une terrasse dominant la rivière Ashuapmushuan, cette microbrasserie fabrique plusieurs savoureux nectars, concoctés à base des grains bios cultivés à même les terres de la ferme familiale du proprio. lachouape.com


En vrac

Le site de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) comprend une carte interactive de 70 microbrasseries. Un bon point de départ pour tracer sa propre route de la broue. ambq.ca/carte-interactive

Créée à l’initiative de la microbrasserie Le bien, le malt de Rimouski, la Route des bières de l’Est-du-Québec regroupe 12 adresses du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des îles de la Madeleine. lebienlemalt.com/index.php/portfolio_page/la-route-des-bieres-de-lest-du-quebec

Route des bières des Cantons-de-l’Est : laroutedesbieres.ca

Route de la bière du Saguenay–Lac-Saint-Jean : saguenaylacsaintjean.ca/fr/circuits/la-route-de-la-biere

Archives du magazine Bières et Plaisirs : bieresetplaisirs.com

À Montréal, nombreuses sont les microbrasseries, du Cheval blanc à l’Amère à boire, en passant par la brasserie Harricana et le Réservoir. Mais pour avoir droit à un excellent échantillonnage des meilleures bières de microbrasseries du Québec, offertes à la pompe, cap sur le Vice et Versa, dans la Petite-Italie. viceetversa.com

À lire pour se mettre l’eau à la bouche : Les microbrasseries du Québec (3e édition), par J. Lefebvre, J.-F. Joannette et G. Lévesque, Broquet, 2016.