Des moments magiques d’une rive à l’autre du fleuve

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Un spectacle du Festival de la chanson de Tadoussac sur le bord du Saguenay
Photo: Marc Loiselle Un spectacle du Festival de la chanson de Tadoussac sur le bord du Saguenay

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour nous qui habitons la ville des festivals d’été, pourquoi irait-on en région ? Pourquoi, par exemple, se rendrait-on assister au Festival de Petite-Vallée, en Gaspésie, ou encore au Festival de Tadoussac, aux portes de la Côte-Nord ? !

« Déjà, en faisant le voyage, on fait un bout de chemin dans sa tête, on est déjà partis pour ailleurs, répond Alan Côté, directeur général et artistique du Festival en chanson de Petite-Vallée. Juste le fait de prendre la route pour s’en venir ici — à l’autre bout du monde ! —, il y a quelque chose qui se passe dans l’imaginaire. C’est du moins ce qu’on nous rapporte. »

« Du fait qu’on est le premier festival de l’été — celui qui “part le bal” —, on a la chance de présenter un grand nombre d’artistes qui viennent jouer chez nous avant d’être aux Francos de Montréal », enchaîne Marc-André Sarault, directeur de la programmation du Festival de la chanson de Tadoussac, qui se tient du 9 au 12 juin.

« Il y a une certaine fébrilité à avoir accès à ces spectacles dans un autre cadre, ajoute-t-il. À Montréal, ça se passe dans de grandes salles, alors qu’ici, les spectacles ont lieu dans des endroits plus petits et conviviaux, ce qui confère une ambiance propre à notre festival. »

Artistes et festivaliers « séquestrés »

En outre, poursuit M. Sarault, il y a une proximité qui fait que tout le monde prend un verre ensemble, les artistes se mêlant aux festivaliers. « Et les artistes sont avertis qu’on a toujours quelques micros disponibles et que si quelques-uns se décident à sauter sur scène, on a tout ce qu’il faut pour l’improvisation… ce qu’on encourage d’ailleurs ! On ne peut bien sûr jamais l’annoncer d’avance, mais on sait que, connaissant les atomes crochus qui existent entre certains artistes, ça favorise des effets de surprise. »

M. Sarault révèle d’ailleurs que, lorsqu’un directeur de festival comme lui fait sa programmation, il sait qui est copain avec qui, qui a des atomes crochus avec qui : « Et moi, j’aime leur laisser les portes ouvertes ! »

Et tant à Tadoussac qu’à Petite-Vallée, les spectateurs comme les artistes sont « séquestrés », soulignent les deux organisateurs. « Dans d’autres festivals, on peut rentrer chez soi après les spectacles, mais pas ici », relève Alan Côté. Il se rappelle ainsi le séjour de Zachary Richard en 2010, où la grande vedette a passé tout le festival au milieu du monde, dans le café-resto.

« C’est là qu’on mange, qu’on prend un verre et qu’en fin de soirée, on règle le sort du monde, ajoute-t-il en riant. Il y règne par conséquent une convivialité et un respect envers les artistes. » Le fait que personne ne rentre chez soi après les spectacles, « ça fait toute une différence »,dit-il. « On est ailleurs, dans tous les sens ! »

Marc-André Sarault révèle en outre que, pour attirer les gens en salle, il faut concevoir une programmation qui crée des émotions. « Il faut que les gens ressentent des émotions, et alors, ils répondent super bien. » Pour sa part, Alan Côté confirme que son festival, qui se déroulera du 30 juin au 9 juillet, est un lieu de rencontres et de partages entre artistes et entre les artistes et le public, qui est là pour les découvrir.

D’ailleurs, un grand pan de sa programmation présente des découvertes, poursuit-il. « Il y a en outre les artistes qui ont un ou deux albums à leur actif, ceux qu’on voit évoluer — qui sont déjà passés par Petite-Vallée à leurs débuts et qui en sont à présent à une autre étape de leur carrière. Et il y a les artistes confirmés comme les Trois Accords, Yves Lambert, Pierre Flynn, Ariane Moffatt, Isabelle Boulay… On présente donc un large spectre d’artistes et de découvertes. »

« Une belle claque sur la gueule… »

Cette année, les « passeurs » au Festival de Petite-Vallée seront justement les Trois Accords. « Ce qui est particulier, indique Alan Côté, c’est que ceux-ci ne nous connaissent pas, puisqu’ils ne sont jamais venus à Petite-Vallée, alors que moi, je ne les connaissais pas tant que ça non plus. »

« Mais c’est Vincent Vallières, venu à Petite-Vallée comme passeur, qui m’a un jour dit : “Alan, ce sont les Trois Accords qu’il faut que tu invites ici. Ces gars-là vont capoter ! Et vous, vous allez capoter aussi !” J’ai dit “OK, allons-y…”, mais j’ai tout de même laissé passer une année [avant de les inviter], parce que je n’étais pas rendu là ! »

La première rencontre entre le directeur du Festival de Petite-Vallée et le groupe d’iconoclastes s’est faite à Drummondville, « autour d’une poutine, dans leur chef-lieu »,précise M. Côté. « Ce sont des gars de festival et on a presque autant jasé des festivals auxquels ils ont participé que du mien. Ce qui vous donne une idée à quel point ç’a été une super rencontre. »

En plus du spectacle que le groupe donnera, les Trois Accords se verront servir deux « hommages », dont l’un donné par une chorale de 400 enfants. « Il s’agit d’enfants qui viennent de partout de la Gaspésie, relate M. Côté. Et c’est la première année qu’on en accueille autant. » Ces enfants répètent les chansons des Trois Accords depuis janvier. « J’ai récemment assisté à une répétition, indique le directeur, et c’est complètement fou, puisque les chansons délirantes portent à cela. Je m’attends même à ce que les Trois Accords reçoivent une belle claque sur la gueule de la part des enfants », lance-t-il en riant.

Vers une convergence des deux festivals

« Cette année, j’ai essayé d’instaurer beaucoup de primeurs, des primeurs tant sur le plan du festival que des artistes », relate Marc-André Sarault. C’est ainsi que le Festival de la chanson de Tadoussac présentera Plume Latraverse, Thomas Fersen, de même que Michel Rivard, Isabelle Boulay, Mara Tremblay, les Soeurs Boulay…

On y présentera même un groupe qui fait du hip-hop en breton. « Ces gars-là font de la musique traditionnelle bretonne 2.0, explique le programmeur. C’est hallucinant, ce qu’ils font ! Ils ne chantent pas en français ou en anglais, mais dans une langue qui est vraiment très l’fun à écouter. »

Alan Côté rapporte pour sa part que son collègue de Tadoussac lui a récemment fait savoir qu’à partir de l’an prochain, les dates de tenue des deux festivals coïncideront.

« Tadoussac nous a avisés qu’il s’en viendrait dans nos dates, raconte M. Côté. Et comme nous sommes des partenaires de longue date, au lieu de nous chicaner et de dire que ça n’a pas de bon sens, on s’est dit : qu’est-ce qu’on pourrait faire ensemble pour améliorer le sort d’un peu tout le monde ? »

« Alan, que je connais depuis une quinzaine d’années, est un type très agréable à côtoyer, enchaîne Marc-André Sarault. On va donc établir une première collaboration. »

Les deux directeurs espèrent ainsi créer une nouvelle façon de présenter leur festival. « Nos dates se chevauchant, on va chercher à créer une sorte de parcours “rive nord-rive sud” du Saint-Laurent », indique M. Sarault.

« À la suite des festivals de cette année, on va s’asseoir ensemble pour voir si on peut fomenter un genre de tournée qui pourrait partir le bal », avance M. Côté. Déjà, on rapporte que certains diffuseurs ont manifesté leur enthousiasme. « Je pense qu’il y a moyen de concocter un événement qui a du sens et qui suivra un tracé qui partira de Tadoussac pour finir à Petite-Vallée », énonce Marc-André Sarault.

« On va faire de la promotion en commun, ajoute son collègue. On veut faire aussi de la promotion au niveau international, tant pour l’accueil d’artistes que du public. »