Le patrimoine en marche

La place Royale, située en basse-ville et jugée comme le plus vieil établissement français en Amérique, est au centre du territoire protégé de la capitale nationale.
Photo: L’îlot des Palais La place Royale, située en basse-ville et jugée comme le plus vieil établissement français en Amérique, est au centre du territoire protégé de la capitale nationale.
Il y aura bientôt 30 ans, le 3 décembre 1985, l’UNESCO ajoutait la vieille ville de Québec à sa liste du patrimoine mondial, qui recense 1031 biens culturels et naturels, dont certains en péril. Pour marquer cet anniversaire, mais aussi la Journée de solidarité des villes du patrimoine mondial du 8 septembre, L’îlot des Palais mène une balade de la basse à la haute-ville, d’hier à aujourd’hui — car même ancienne, la ville continue sa marche dans l’histoire.
 

« De l’isle d’Orléans jusques à Québec y a une lieue, y arrivay le 3 Juillet, où estant, je cherchay lieu propre pour nostre habitation : mais je n’en peus trouver de plus commode, ny mieux scitué que la pointe de Québec, ainsi appellé des Sauvages, laquelle estoit remplie de noyers de vignes. » Ces mots, Samuel de Champlain les a écrits en 1608, quand il a jeté les bases de Québec sur ce qui est aujourd’hui la basse-ville. Malgré le temps passé, les incendies et les démolitions, car il y en aura, les fortifications sont restées, la langue française aussi. Mieux : ces deux legs coloniaux sont d’une telle valeur que l’UNESCO en a fait un patrimoine unique en 1985.

À patrimoine unique, parcours équivalent : à la demande de la Ville, le site historique de L’îlot des Palais a bâti une balade d’une heure et demie dans la zone protégée du Vieux-Québec, l’un des « meilleurs exemples de ville coloniale fortifiée » et rare symbole encore quasi intact de la colonisation de l’Amérique par les Européens. L’objectif : sensibiliser le citoyen à ce double héritage, aujourd’hui mis sous pression par le progrès. « On gagne cette reconnaissance, mais on peut la perdre, signale Delphine Delmas, directrice adjointe de L’îlot des Palais. C’est un travail de chaque instant, de chaque année. »

Connaître les origines

Si une ligne imaginaire devait délimiter la zone protégée, elle passerait de la place Royale à la place de la FAO, longerait la rue Saint-Paul, traverserait l’échangeur d’autoroute jusqu’au bas de la côte d’Abraham, filerait jusqu’à la place d’Youville, se glisserait entre le parlement et la fontaine de Tourny, puis terminerait sa ligne droite le long de la citadelle, à proximité des plaines d’Abraham, jusqu’à la falaise du cap Diamant — là où jasait, « les pieds dans l’eau du Saint-Laurent », le Jos Monferrand de Gilles Vigneault. Au total, quelque 135 hectares ont valeur historique, une aire souvent plus vaste que ne le croient les citadins, avance Delphine Delmas.

Au programme du parcours pédestre ? Un retour explicatif avec guide sur les lieux fondateurs, parfois anecdotiques, toujours éloquents — comme la ligne des eaux de la basse-ville, les remparts (dont l’aspect a bien changé depuis le XVIIe siècle) et les bâtiments religieux, omniprésents. « Les Augustines, les Ursulines, le séminaire, toutes ces communautés ont fait en sorte que la colonie a pu s’installer, signale Delphine Delmas. Que les jeunes ont pu être éduqués, que les nouveaux arrivants ont pu être soignés. » Trois espaces, dont le monastère des Ursulines, ouvriront aussi des portes qu’ils tiennent habituellement fermées. Sauriez-vous dire, à cet égard, ce qu’on retrouve sous l’église Notre-Dame-des-Victoires ?

Le défi de la modernité

Si le gouverneur lord Dufferin fut le premier, vers 1875, à passer de la parole aux actes pour préserver la ville et ses remparts, d’autres instances et gouvernants ont ensuite pris le relais — comme le gouvernement du Québec avec son décret de 1963, qui a fait du Vieux-Québec un arrondissement historique, et le maire Jean Pelletier (1977-1989), qui a lancé les démarches ayant mené à la reconnaissance de l’UNESCO. Ce souci pour le patrimoine perdurerait d’ailleurs dans la présente organisation municipale et même, de plus en plus, chez les citoyens.

« Au-delà de l’officiel, du politique, il y a un intérêt de la population, juge Denis Ricard, secrétaire général de l’Organisation des villes du patrimoine mondial, qui a son siège à Québec. On le voit : il suffit qu’il y ait une menace, que la Ville veuille toucher à quoi que ce soit pour que rapidement s’élèvent des voix pour dire : “Attention, c’est une ville du patrimoine mondial.” » Selon lui, Québec se situe par ailleurs « dans la moyenne très supérieure en matière de souci de son patrimoine » parmi les 268 villes membres de l’organisation, qui ont chacune au moins un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Malgré cette reconnaissance, un statut plus honorifique que contraignant, les villes font face à des dangers de dégradation concrets — posés par le tourisme, notamment. D’où l’intérêt d’une association mondiale, qui permet de partager le savoir-faire en matière de gestion du patrimoine. « La majorité des villes, sauf Brasilia peut-être, sont très anciennes et ont été conçues à une époque où l’automobile et le tourisme n’existaient pas, signale Denis Ricard. Or, le tourisme est en croissance à travers le monde et personne, bien sûr, ne veut le réduire. »

Le défi est donc, au-delà des mesures et des programmes publics, de sensibiliser et le touriste, et le citoyen à la valeur du patrimoine. Comment ? En s’arrêtant aux détails — le dessin des bâtisses, le vécu de la pierre, le tracé des chaussées, l’histoire des arrière-cours — et en les imaginant plus tard, survivants. Car la ville, dans sa marche, se doit de prendre soin, collectivement, de ses origines. « Il faut que tout le monde cohabite dans la ville, on ne peut pas la figer comme un musée, statue Delphine Delmas. Il y a des gens qui vivent à l’intérieur des murs et c’est aussi ce qui fait que Québec est classée : c’est une ville qui vit. »

Sur la piste de l’UNESCO

Du 3 au 7 septembre à Québec. Deux départs quotidiens, à 13 h et à 15 h, de L’îlot des Palais, 8, rue Vallière. Réservation : 418 692-1441. Gratuit. Le 8 septembre, un pique-nique et une envolée de ballons souligneront la Journée de solidarité des villes du patrimoine mondial.


 
1 commentaire
  • Carole Minguy - Inscrite 4 septembre 2015 09 h 22

    Merci

    Madame Porter, merci pour cet article. Notre journal local n'en a que pour la bébelle à Labeaume.