Le versant silencieux de la montagne

La randonnée alpine, ce sport hybride, sorte d’amalgame de ski alpin et de ski de fond, se pratique avec des fixations mixtes.
Photo: Mont-Tremblant La randonnée alpine, ce sport hybride, sorte d’amalgame de ski alpin et de ski de fond, se pratique avec des fixations mixtes.
Un rire puissant fuse au détour d’une courbe enneigée. À toute vitesse, un petit groupe de skieurs enjoués dévale la pente, fendant l’épaisse poudreuse. Ils sont suivis d’un autre, puis d’un autre… Une foule descend bruyamment le flanc de la montagne. On arrive à peine à s’imaginer qu’à quelques mètres de la piste achalandée, une ascension se déroule sans un son.


En aparté, au creux du sous-bois abrupt, un skieur grimpe lentement. Autour de lui, le frimas s’accroche aux branches avec délicatesse, pareil à une fine broderie nacrée. Le silence glacé enveloppe les lieux, à peine brisé par le glissement léger des skis qui s’agrippent.

Ce n’est pas pour rien que les adeptes de ski alpin jettent des regards surpris à ces hurluberlus qui abordent la montagne « à l’envers » lorsque ceux-ci font un crochet par les pistes achalandées. La randonnée alpine, également appelée ski hors-piste ou ski de fond nordique, retrouve à peine ses lettres de noblesse au Québec.

Arrivée sur le continent nord-américain il y a environ cinq ans, cette pratique hivernale est très populaire sur les pentes européennes. Au Québec, on commence à peine à croiser certains de ces randonneurs. Et pour une première fois cette année, l’équipe de Mont-Tremblant invite les amoureux de plein air à s’y frotter lors du Festival de rando alpine qui se tiendra sur ses sentiers tout au long de la fin de semaine.

« Les gens veulent de plus en plus sortir des sentiers battus, constate le skieur aguerri et porte-parole de l’événement, Simon St-Arnaud. La randonnée alpine permet d’aller là où le remonte-pente ne peut pas nous emmener. » De vendredi à dimanche, les curieux, des skieurs néophytes aux plus expérimentés, pourront s’adonner aux différentes facettes de ce sport d’hiver.

Au menu : ateliers d’introduction, conférence voyages pour mieux rêver, compétitions amicales et — le clou de la programmation ! — une sortie nocturne à la lampe frontale. Cette dernière, qui se tiendra dans la soirée de samedi, se terminera par un souper au restaurant du versant nord.

Une fois le festival terminé, le public pourra continuer à louer l’équipement tout au long de la saison régulière. Cette fin de semaine reste toutefois une bonne occasion de s’initier à la pratique de la randonnée alpine. Et pour ceux qui ne pourront pas se rendre dans les Laurentides ce week-end, des balades encadrées seront également offertes plus tard cet hiver.

« Ce n’est pas un sport dangereux », concède Simon St-Arnaud. L’avantage de la sortie supervisée ne repose donc pas sur le niveau de risque, mais plutôt sur le fait qu’il s’agit d’une activité méconnue. « Les accompagnateurs sont expérimentés, ils connaissent les sentiers, savent quels détours emprunter pour avoir les meilleures conditions de montée et sont familiers avec l’équipement. C’est une plus-value !»

Pour lui, il s’agit aussi de pratiquer un sport complémentaire à la glisse. « Aujourd’hui, tout est en mode performance, rapidité, dit-il. Les gens veulent descendre en ski pendant deux heures, puis faire autre chose. La randonnée alpine permet d’être en mouvement constant. »

Pas question ici de se geler dans un téléphérique. Soyez avertis, prévoyez plusieurs couches de vêtements car, même lorsque le mercure frôle moins 30, le randonneur alpin arrive en nage au sommet.

Si le hors-piste permet des ascensions pratiquement n’importe où, c’est la nécessité d’un équipement particulier — encore assez coûteux — qui limite ses adeptes. Ce sport hybride, sorte d’amalgame de ski alpin et de ski de fond, se pratique avec des fixations mixtes.

À la montée, les talons sont libérés de leur prise alpine, le skieur peut alors effectuer un mouvement similaire à celui du ski de fond. Les peaux, traditionnellement de phoque, aujourd’hui remplacées par leurs jumelles synthétiques, font le reste du travail. « Elles agissent comme des Velcro sur la neige », explique notre guide avant notre première ascension.

Alors que sur le plat on glisse aisément sur la surface gelée en allant dans le sens du poil, c’est cette même pilosité qui permet de poursuivre la randonnée en cas de dénivellation. Et une fois en haut, il ne reste plus qu’à les retirer, à fixer les bottes au ski et à dévaler les pentes, pour notre plus grand plaisir. Après tout, ce qui monte redescend.

« Le hors-piste permet d’accéder à une autre facette de la montagne car on se trouve en périphérie », ajoute M. St-Arnaud. L’occasion, pour une rare fois, de découvrir le Tremblant silencieux.

Festival Rando alpine, du 9 au 11 janvier au parc du Mont-Tremblant.

Retour aux sources

S’ils sont encore peu nombreux sur les pentes québécoises, les randonneurs alpins faisaient partie intégrante du paysage hivernal au début du siècle dernier. « On n’avait pas le choix à l’époque, raconte l’historien conseiller au Musée du ski des Laurentides, Michel Allard. Avant l’apparition des premières remontées mécaniques, dans les années 30, il fallait escalader les montagnes pour pouvoir les descendre. C’était 20 minutes d’effort pour deux minutes de plaisir?!» L’invention des premiers télésièges et la popularité grandissante de la glisse auront eu raison, pendant quelques années, de cette pratique jugée alors atypique.

Des skieurs curieux recommencent à sortir des sentiers battus en 1970. On ne parle pas encore de randonnée alpine, mais plutôt de ski nordique. « C’était du ski de fond ! insiste l’ancien professeur. Autour de Montréal, on en fait sur des terrains de golf, sur du plat, mais dans le nord, croyez-moi, vous allez en monter, de la pente, avant d’en descendre?!»

Ce sport permet d’aller là où le remonte-pente ne peut pas nous emmener