Mont Sutton, l’antimonotone

La station Mont Sutton a beau être fréquentée par certains des meilleurs skieurs du Québec, « elle est aussi appréciée par un nombre grandissant de familles », selon Chloé Payen, coordonnatrice aux communications.
Photo: Gary Lawrence La station Mont Sutton a beau être fréquentée par certains des meilleurs skieurs du Québec, « elle est aussi appréciée par un nombre grandissant de familles », selon Chloé Payen, coordonnatrice aux communications.
Cet hiver, notre journaliste prend la route avec sa tribu (maman, fiston de 10 ans et fillette de 6 ans) pour découvrir des stations de ski où il fait bon dévaler les pentes en famille. Voici le quatrième texte d’une série qui nous fera glisser jusqu’au printemps.
 

— Woooaaah. T’as vu papa ? Elle a trois diamants noirs, cette piste ! On y va ?

— Minute, fiston. Elle est à pic comme le mur de ta chambre et large comme un couloir d’hôpital, où tu risques de te retrouver si tu l’essaies…

Il y a de tout pour tous les goûts au Mont Sutton, mais il faut savoir connaître ses limites. Chef-lieu québécois du sous-bois, la célèbre station des Cantons-de-l’Est est réputée pour ses pistes originales au relief varié, souvent dessinées de main de maître dans la forêt, ce qui lui donne autant de caractère que de panache.

À l’origine, la montagne a été ainsi aménagée parce qu’on voulait prolonger la saison en gardant les pistes à l’ombre ; aujourd’hui, ceux qui la fréquentent redemandent du sous-bois et de la piste boisée — qui couvrent 45 % du domaine skiable —, ici comme ailleurs au Québec.

« Je pense que beaucoup de skieurs en ont assez des pistes trop ouvertes et trop damées ; ils ont envie de se rapprocher de la nature, de jouer avec le terrain, de vivre une expérience plus sensuelle avec la montagne », explique Luc Boulanger, directeur des opérations.

« Et ils apprécient de ne jamais avoir l’impression de faire deux fois la même descente ! », poursuit Chloé Payen, coordonnatrice aux communications.

À ceux qui craignent que ce tracé particulier risque d’engendrer plus d’accidents — le domaine skiable compte 204 intersections —, il n’en va pas ainsi aux yeux des principaux intéressés.

« Les accidents graves se produisent dans les pistes traditionnelles, précise Luc Boulanger. Dans les sous-bois et en ski de forêt, les skieurs ressentent la vitesse même s’ils dévalent les pentes moins rapidement car ils gardent le contrôle et sont obligés de faire des virages. Dans les pistes ouvertes et dégagées, ils ont besoin d’aller plus vite pour percevoir la vitesse, ce qui augmente le risque d’accidents. »

Sur les 60 pistes de cette station de 230 acres et de 460 mètres de dénivelé, le quart est de niveau débutant, un peu moins du tiers relève de l’intermédiaire (officiellement des pistes « difficiles »), alors qu’à l’autre bout du spectre se trouvent celles réservées aux skieurs avancés, dont quelques-unes — comme l’inclassable et tourneboulante Fantaisie — sont aussi extrêmes qu’épatantes.

La Petite passe

Du nombre, plusieurs ne sont pas damées quotidiennement, voire pas du tout, et près de la moitié du centre est couvert de neige naturelle. Plus on se dirige vers la partie gauche de la montagne (du côté est), plus les pistes gagnent en difficulté, à quelques exceptions près. Toute la moitié ouest (la droite) de la station est donc aisément accessible au commun des skieurs, et c’est dans ce secteur que se trouve la zone famille avec sa Forêt des merveilles (un sous-bois ludique), son tipi pour se mettre à l’abri du vent et son parc d’apprentissage Petits wapitis, avec accès sécurisé au stationnement.

Car Sutton a beau être fréquentée par certains des meilleurs skieurs du Québec, « elle est aussi appréciée par un nombre grandissant de familles », assure Chloé Payen. À preuve, il est possible de s’y procurer la Petite passe pour skier à rabais dans la zone familiale avec accès à deux télésièges (plutôt lents et vétustes), ou encore d’obtenir une passe ne donnant accès qu’au parc à neige Le Mohawk.

En outre, la Passe nouveau parent donne droit au père et à la mère d’un nouveau-né de skier à tour de rôle, pour que l’un dévale les pentes tandis que l’autre demeure à la maison, alors que les passes Familiflex et Pédagogique permettent aux familles de skier en semaine et lors de certains congés scolaires.

Une garderie accueille également les jeunes de deux à cinq ans avec possibilité d’intégrer des cours de ski durant la journée.

La carte de la rusticité «cool»

Enfin, le mont Sutton joue à fond la carte de l’authenticité et de la rusticité cool — ce qu’abhorrent ses détracteurs : grosses clôtures de bois pour endiguer les skieurs vers certaines remontées, flotte de dameuses Tucker des années 60 éminemment vintage, ainsi que quatre chalets à la dégaine d’époque — certains diront plutôt fruste.

Celui qui trône à 840 mètres dégage d’ailleurs de forts effluves d’antan avec son gros foyer central et sa terrasse qui s’ouvre sur des panoramas ravissants.

Un bon point de départ pour faire le plein d’oxygène et d’énergie, avant de rallier un couloir neigeux bien costaud… ou de se laisser doucement descendre vers une piste sans diamants noirs.

En vrac

S’y rendre. De Montréal, par l’autoroute 10 (environ une heure et demie). De Québec, par l’autoroute 20 (environ trois heures).

Hébergement et restauration. Plusieurs chalets et condos « skis aux pieds » peuvent être loués près des pistes et de nombreux gîtes, auberges et B&B sont situés dans un proche rayon. Une bonne adresse : l’auberge des Appalaches, avec chambres régulières correctes, unités supérieures très bien et surtout une excellente table. Pour une bonne pizza en famille : Tartinizza, dans le joli village de Sutton.

À faire dans les environs. Parc Sutton : 80 kilomètres de sentiers de raquette balisés, de niveau débutant à expert, au départ du chalet à 520 mètres. Plein Air Sutton : ski de fond, raquette, randonnée, sorties à la pleine lune.

À voir. L’excellente carte interactive des pistes, à montsutton.com. Renseignements sur le village et la région : infosutton.com, cantonsdelest.com.