Après quoi court Wout van Aert au Tour de France ?

Le cycliste belge Wout van Aert
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse Le cycliste belge Wout van Aert

Maillots jaune, vert et étapes : ces trois objectifs suffiraient à la plupart des coureurs, mais pas à Wout van Aert, l’homme fort de Jumbo, prêt aussi à se muer en équipier princier pour ses leaders, Primož Roglič et Jonas Vingegaard, plutôt qu’à adopter un rôle libre.

« Le plan est de tout jouer pour Roglič et moi dans l’étape [des pavés de mercredi], même Wout van Aert sera donc désigné équipier ce jour-là », a affirmé Vingegaard dimanche au balado spécialisé danois Veloropa.

Leader un jour, équipier le lendemain : dans le cyclisme, ce balancier n’est pas nouveauté. Ce qui l’est, c’est de voir un coureur du niveau de « WVA » l’appliquer. « Nous allons continuer à essayer de combiner nos deux objectifs », a assuré dimanche le Belge. « Je suis bien parti pour le maillot vert et, au classement général, nous sommes restés hors de danger au Danemark. Jonas et Primož ont l’air vraiment forts. »

À 27 ans, van Aert est une oeuvre flamande à contempler avec recul. Ses trois deuxièmes places depuis le début du Tour de France sont le prolongement d’une saison statistiquement sidérante : en 25 jours de course, le Belge a signé 17 podiums d’étape ou de courses d’un jour.

En prenant encore plus de recul, on remarque que, d’un Tour à l’autre, il ne s’est jamais classé au-delà de la deuxième place sur les cinq dernières étapes qu’il a disputées : il s’était imposé dans le contre-la-montre de Saint-Émilion, puis au sprint sur les Champs-Élysées l’an dernier.

Abonné aux maillots jaunes en 2022

 

Son maillot jaune du Tour est le troisième qu’il revêt après ceux de Paris-Nice puis du Critérium du Dauphiné. Ce qui fait de lui le cinquième homme seulement à se draper dans les trois tuniques dorées la même année, après Jacques Anquetil (1963), Eddy Merckx (1971), Joop Zoetemelk (1979) et Bradley Wiggins (2012).

À la différence des quatre autres, il est difficile de l’imaginer remporter le Tour. Son ambition, il la dévie chez les autres. Et le documentaire Plan B, de la chaîne néerlandaise NOS, en immersion au sein de Jumbo lors du Tour 2021, a révélé à quel point le leader charismatique n’était ni Roglič ni Vingegaard, mais bien lui.

Déclinaison de l’Irlandais Sean Kelly, la vedette des classiques des années 1980, mais sans un palmarès tout à fait comparable encore, le Belge est prêt à se mettre au service de ses grimpeurs. Bien qu’il ait prouvé l’an dernier qu’il était capable de gagner sur tous les terrains lors d’un même Tour de France, enlevant l’étape du mont Ventoux, un chrono et le traditionnel sprint des Champs-Élysées.

WVA paraît plus que capable de remporter les cinq monuments, les plus grandes classiques. Ce que seulement trois hommes, tous Belges, ont réussi : Riik van Looy, Eddy Merckx et Roger de Vlaeminck, le dernier, en 1974. Reste que même l’illustre Sean Kelly a buté trois fois à la deuxième place du Tour des Flandres, seule pièce manquant à sa collection. Pour l’instant, van Aert compte seulement Milan-Sanremo. Mais si son moteur et son coeur font triompher l’un de ses leaders à Paris, il comptera aussi ce sacre. Par procuration.

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