Hockey Canada assure être irréprochable

«Nous ne sommes pas capables de savoir ce qui s’est produit ce soir-là», a laissé tomber Tom Renney, chef de la direction sortant de Hockey Canada, devant les élus du comité fédéral du patrimoine, lundi soir.
Photo: Chris Young La Presse canadienne «Nous ne sommes pas capables de savoir ce qui s’est produit ce soir-là», a laissé tomber Tom Renney, chef de la direction sortant de Hockey Canada, devant les élus du comité fédéral du patrimoine, lundi soir.

De hauts responsables de Hockey Canada se sont défendus lundi en assurant qu’il était « très commun » de régler à l’amiable un litige civil comme celui de la victime présumée d’un viol collectif qui aurait été commis par huit de ses joueurs. La ministre fédérale des Sports, Pascale St-Onge, promet de resserrer le contrôle fédéral.

« Nous ne sommes pas capables de savoir ce qui s’est produit ce soir-là », a laissé tomber Tom Renney, chef de la direction sortant de Hockey Canada, devant les élus du comité fédéral du patrimoine, lundi soir.

L’organisme assure ne pas avoir voulu « cacher sous le tapis » les allégations d’agression sexuelle, qui visent des joueurs non nommés, même si elle a réglé hors cour, quatre ans après les événements, la poursuite de trois millions et demi de dollars intentée par la présumée victime.

Les responsables ont toutefois indiqué avoir été mis au courant de l’affaire le 19 juin 2018 au matin, soit au lendemain du gala de la Fondation Hockey Canada à London, en Ontario, soirée où se seraient déroulés les faits allégués. Ils assurent avoir avisé la police locale et des responsables de Sport Canada dans les heures qui ont suivi.

Hockey Canada, présenté par la ministre fédérale des Sports comme « l’une des organisations sportives les plus puissantes au pays », a ensuite embauché une firme externe pour mener l’enquête et dit avoir fourni de l’aide à la victime. Celle-ci n’a pas voulu participer à l’enquête, ce qui fait dire aux gestionnaires qu’il était impossible d’imposer des mesures disciplinaires aux jeunes sportifs impliqués.

Ces gestionnaires n’ont pas été en mesure de dire combien des 19 joueurs présents le soir des événements ont, eux, collaboré à l’enquête externe. Ils ont d’abord estimé ce nombre à « de 4 à 6 », pour ensuite changer cette estimation pour « 12 ou 13 ». Des élus de tous les partis se sont montrés très sceptiques concernant les propos tenus par les responsables de Hockey Canada et la volonté exprimée de l’organisme de corriger le « flou » existant dans son code de conduite régissant les activités hors glace, comme un gala.

Fonds publics

 

La ministre St-Onge a ensuite comparu au comité en livrant un discours engagé contre la « culture du silence » qui a semblé convaincre davantage les élus du comité, dont ceux de l’opposition. Elle a notamment promis de « revoir complètement [les] ententes de financement » avec les organisations sportives pour exiger qu’elles disposent de mécanismes de dénonciation efficaces, par exemple.

Hockey Canada soutient ne pas avoir utilisé de deniers publics pour le règlement à l’amiable établi avec la victime présumée. Pour en être bien certaine, la ministre a dit qu’elle poursuivra l’audit qu’elle avait déjà annoncé. La firme embauchée par le gouvernement fédéral doit notamment visiter les bureaux de Hockey Canada la semaine prochaine, et doit faire rapport à la fin du mois d’août.

La ministre a défendu le financement public de l’organisation — 14 millions de dollars, selon les calculs de CBC —, malgré cette affaire. « Hockey Canada, c’est aussi une équipe féminine. C’est plus que juste cette histoire-là », a-t-elle indiqué. Le financement fédéral est le seul levier par lequel elle peut intervenir dans les affaires du hockey, a-t-elle fait valoir.

Depuis 2018, pas moins de 47 plaintes ont été déposées auprès de son ministère, pour des affaires d’une grande variété, a spécifié la ministre, allant du harcèlement psychologique aux crimes sexuels.

Nouvelle commissaire

 

La comparution de hauts responsables de Hockey Canada survient le jour même de l’entrée en fonction de la titulaire du poste nouvellement créé de commissaire à l’intégrité dans le sport du Canada, soit l’ex-athlète de l’équipe nationale de natation artistique Sarah-Ève Pelletier.

« Ce qu’on souhaite éviter, c’est que des gens n’aient personne vers qui se tourner », a expliqué Mme Pelletier en entrevue au Devoir.

Dans un premier temps, la commissaire ne peut que recevoir des plaintes, enquêter ou présenter des recommandations auprès des fédérations sportives qui acceptent volontairement de lui déléguer ce pouvoir. Lundi, seuls Volleyball Canada et la Fédération canadienne d’haltérophilie étaient signataires. Plusieurs autres organisations sportives sont sur le point de compléter leur inscription, assure toutefois la commissaire.

Est-ce que la commissaire à l’intégrité pourrait examiner des situations d’agressions commises par des athlètes contre des non-athlètes, comme le crime allégué chez Hockey Canada ? « S’il y a un lien avec les activités sportives, alors oui, on va à tout le moins regarder ce qui s’est passé », assure Mme Pelletier, sans vouloir commenter le cas précis et en rappelant que l’intimé doit faire partie d’un organisme signataire.

La ministre Pascale St-Onge a promis lundi soir de faire en sorte que toutes les organisations sportives du pays aient l’obligation d’adhérer à l’organisme indépendant, un « endroit sécuritaire pour que les athlètes puissent déposer leurs plaintes ». Elle n’a pas précisé quel en serait l’échéancier.

À voir en vidéo