Quand les Jeux olympiques sont une occasion de fuir

La sprinteuse Krystsina Tsimanouskaya s'est réfugiée lundi à l'ambassade polonaise à Tokyo.
Photo: Yuki Iwamura Agence France-Presse La sprinteuse Krystsina Tsimanouskaya s'est réfugiée lundi à l'ambassade polonaise à Tokyo.

Fraîchement arrivée en Pologne grâce à un visa humanitaire, Krystsina Tsimanouskaya s’ajoute à une longue liste d’athlètes ayant profité des Jeux olympiques pour fuir leur pays.

La sprinteuse biélorusse affirme avoir échappé à un rapatriement de force après avoir critiqué ouvertement la fédération d’athlétisme de son pays. Craignant de se retrouver en prison, Krystsina Tsimanouskaya a demandé l’aide du Comité international olympique (CIO) alors qu’elle se trouvait à l’aéroport de Haneda, au Japon.

Le CIO avait déjà sanctionné le comité national olympique biélorusse en 2020, estimant qu’il « ne protégeait pas de manière appropriée les athlètes » contre la discrimination politique. Anciennement présidé par le chef d’État Alexandre Loukachenko, le comité national biélorusse est maintenant dirigé par son fils, Viktor Loukachenko. « Extrêmement déçu », le CIO avait exclu les deux hommes « de toutes les manifestations et activités » olympiques et avait suspendu tous ses transferts de fonds au comité national, « à l’exception des paiements liés à la préparation des athlètes ».

Fin septembre 2020, la basketteuse Yelena Leuchenka avait été condamnée à 15 jours de prison pour avoir manifesté contre le gouvernement. Plus de 300 sportifs de haut niveau ont aussi dénoncé dans une lettre ouverte le trucage des votes dans l’élection présidentielle revendiquée par M. Loukachenko en 2020.

Pays hôte ou pays d’accueil ?

Mme Tsimanouskaya n’est pas la première à avoir tenté de fuir son pays aux Jeux de Tokyo. Dès les premiers jours, on apprenait qu’un haltérophile ougandais avait disparu du camp d’entraînement. Il est maintenant détenu par les autorités de son pays.

Cette longue liste de défections a commencé aux Jeux d’été de Londres de 1948. L’entraîneuse de l’équipe de gymnastique tchécoslovaque Marie Provazníková avait alors refusé de quitter le Royaume-Uni après la compétition. Elle avait finalement trouvé refuge aux États-Unis.

Pendant la guerre froide, de nombreux athlètes du Bloc de l’Est ont répété la manœuvre. En 1956, plus de la moitié de la délégation hongroise a refusé de monter dans l’avion du retour, alors que le peuple se soulevait contre l’emprise de l’URSS à Budapest. En 1972, 117 athlètes auraient disparu des Jeux de Munich, profitant de leur présence en Allemagne de l’Ouest.

L’origine des demandeurs d’asile a évolué avec le temps et les conflits. À Londres, en 2012, sept Camerounais ont disparu du village olympique. Les délégations cubaines reviennent rarement au complet au pays : quelques semaines avant les Jeux d’Atlanta, en 1996, deux boxeurs s’étaient échappés pendant un camp d’entraînement au Mexique. Le même scénario s’est répété cette année, 25 ans plus tard : profitant d’un championnat en Floride avant les Jeux de Tokyo, un joueur de baseball a disparu.

Il faut dire que les grands événements sportifs sont parfois leurs seules possibilités de voyager. Toute compétition du genre est donc une occasion pour les athlètes, entraîneurs et journalistes, mais aussi les simples citoyens, de quitter leur pays. Pendant la Coupe du monde de soccer de 2014, au moins 200 Ghanéens venus encourager leur équipe ont demandé l’asile au Brésil.

Le rêve olympique prend ainsi parfois un tout autre sens.

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