À Tokyo, la dernière longue marche

Ce qui distingue la marche de la course à pied est le fait qu’un pied doit toujours être en contact avec le sol et que le genou ne peut pas être plié lors de ce contact. Cela force les athlètes à adopter une démarche déhanchée qui semble peu naturelle et qui fait parfois rigoler.
Photo: Luis Robayo Agence France-Presse Ce qui distingue la marche de la course à pied est le fait qu’un pied doit toujours être en contact avec le sol et que le genou ne peut pas être plié lors de ce contact. Cela force les athlètes à adopter une démarche déhanchée qui semble peu naturelle et qui fait parfois rigoler.

On a fait grand cas des nouveaux sports introduits aux Jeux de Tokyo cet été, mais pour permettre l’arrivée de ces nouveaux venus dans la famille olympique sans trop augmenter le nombre d’athlètes, il en faut d’autres qui s’en aillent.

C’est ce qui arrivera notamment à la plus longue épreuve d’athlétisme : le 50 km marche réservé aux hommes, dont le départ sera donné pour la dernière fois aux Jeux olympiques vendredi à 5 h du matin à Sapporo, dans le nord du Japon.

Aux prochains Jeux, il y restera le 20 km marche pour les hommes et les femmes, et il est aussi question d’une autre épreuve de 35 km, mais ce ne sera pas la même chose, dit le Québécois Mathieu Bilodeau, qui sera de cette dernière épreuve aux côtés du marcheur britanno-colombien Evan Dunfee. « Ce sera moins des épreuves d’endurance où il faut penser à tellement plus de facteurs,y compris la façon dont on doit s’alimenter. »

Aux Jeux olympiques depuis Londres en 1908, les épreuves de marche ont eu un volet de 50 km lors de tous les Jeux d’été depuis ceux de Los Angeles, en 1932, à l’exception près de Montréal, en 1976. Au panthéon du sport canadien, on retrouve bien sûr le Québécois Guillaume Leblanc, qui a remporté une médaille d’argent au 20 km marche à Barcelone (1992) et qui avait enregistré auparavant une 4e place à Los Angeles (1984) et une 10e à Séoul (1988), mais sans parvenir à terminer une épreuve de 50 km. Un certain George Goulding a aussi déjà rapporté l’or au Canada à une épreuve de 10 km aux Jeux de Stockholm, en 1912.

Je n’ai rien contre le surf ni contre la planche à roulettes. Ce sont de beaux sports très spectaculaires et qui passent bien à la télé. Mais est-ce que les Jeux olympiques sont le bon endroit pour les épreuves des X Games ?

« C’est du sérieux »

Ce qui distingue la marche de la course à pied est le fait qu’un pied doit toujours être en contact avec le sol et que le genou ne peut pas être plié lors de ce contact. Cela force les athlètes à adopter une démarche déhanchée qui semble peu naturelle et qui fait parfois rigoler. « Les gens se demandent encore souvent ce que je fais dans la piste cyclable de la promenade Champlain », raconte Mathieu Bilodeau, qui habite la région de Québec. « Mais quand ils réalisent la vitesse à laquelle je vais, ils comprennent que c’est du sérieux », ajoute le marcheur, qui peut boucler 50 kilomètres en moins de quatre heures.

Lors de sa première participation olympique, en 2016, à Rio, l’athlète de 37 ans n’était pas parvenu à terminer l’épreuve, victime d’un coup de chaleur. Il s’est repris de belle façon aux derniers championnats du monde à Doha, au Qatar, en 2019, en finissant en 14e place. Il a quand même eu un mal fou à obtenir son billet pour Tokyo, la pandémie de COVID-19 et les mesures sanitaires annulant l’une après les autres les occasions de se qualifier pour les Jeux.

Il dit aujourd’hui qu’il serait comblé s’il pouvait réussir un « top-15 » à Tokyo. Son compatriote Evan Dunfee pourrait quant à lui faire encore mieux : il a remporté aux championnats du monde la première médaille du Canada au 50 km (bronze), après être arrivé 4e à Rio.

Une note mélancolique

C’est quand même dommage qu’il faille ensuite s’arrêter là, dit l’athlète, qui, à l’extérieur du monde du sport, est comptable. « Je n’ai rien contre le surf ni contre la planche à roulettes. Ce sont de beaux sports très spectaculaires et qui passent bien à la télé. Mais est-ce que les Jeux olympiques sont le bon endroit pour les épreuves des X Games ? »

« Je préfère ne pas trop en parler ; nous aurions dû mieux faire notre propre marketing. Mais il n’y a pas que de l’endurance et de la vitesse dans une course de 50 km. Il y a de la stratégie, des tactiques psychologiques, des rebondissements… Il faut voir à quel point il peut se passer des choses dans les 15 derniers kilomètres d’une course ! »

« Je ne dis pas cela pour moi. Moi, j’achève [ma carrière de marcheur] de toute façon. Je n’allais pas continuer après », précise celui qui se dit maintenant tenté de retourner à ses premières amours, le triathlon et le ski de fond, ou d’essayer le vélo de montagne pour le plaisir. « Enfin, j’imagine que c’est la vie. Mais ça fait mal. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.



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