Cette génération qui n’espérait plus voir le Canadien en finale

C’est le père d’Annabelle Leclair, Serge, qui lui a transmis l’amour du hockey. À 28 ans, elle n’a encore jamais vu le Canadien être si près de remporter la Coupe Stanley. «J’ai jamais vécu ça, une finale. En 1993, j’avais même pas un an.»
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir C’est le père d’Annabelle Leclair, Serge, qui lui a transmis l’amour du hockey. À 28 ans, elle n’a encore jamais vu le Canadien être si près de remporter la Coupe Stanley. «J’ai jamais vécu ça, une finale. En 1993, j’avais même pas un an.»

Après 28 ans de « ça sent la Coupe » lancé sans grande conviction, de jeunes partisans du Canadien de Montréal n’ayant aucun souvenir de la dernière conquête de 1993 caressent l’espoir de voir, à leur tour, l’équipe remporter la Coupe Stanley. Dans une ivresse décuplée par le déconfinement, ils attendent avec impatience le premier rendez-vous de cette finale tant espérée.

« C’est incroyable, je me demandais si j’allais pouvoir vivre ça un jour, lance Annabelle Leclair, 28 ans. Si l’équipe gagne les grands honneurs, c’est sûr que je pleure. Si elle perd, je vais avoir le motton pendant plusieurs jours [mais] au moins je l’aurai vue en finale. »

Lorsque le Tricolore a marqué in extremis un troisième but contre les Golden Knights en prolongation jeudi soir — gagnant ainsi sa place en finale de la Coupe Stanley —, la Montréalaise n’en croyait pas ses yeux. Assise dans son salon avec son copain, il lui a fallu quelques minutes pour comprendre ce que ce but représentait vraiment. « J’ai jamais vécu ça, une finale. En 1993, j’avais même pas un an », raconte celle qui a eu la piqûre du hockey autour de ses 14 ans.

Le Canadien n’a pourtant pas particulièrement brillé sur la glace durant la saison ordinaire, dit-elle. Comme bien d’autres partisans, elle s’attendait à le voir se faire éliminer dès le début des séries, encore une fois.

« À chaque match, je ne voulais pas me créer de faux espoirs comme dans les dernières années. Mais ç’a été une surprise après l’autre et finalement, on est en finale ! » s’exclame-t-elle, semblant encore ne pas y croire.

Il faut dire qu’elle attendait ce moment depuis « très longtemps ». Elle aussi rêvait de vivre l’effervescence de voir son équipe en finale, comme l’ont vécu ses parents et ses grands-parents à plusieurs reprises avant 1993. « C’était chaque fois une grosse déception quand on n’allait pas en série ou qu’on n’allait pas très loin dans la compétition dans les dernières années. C’était aussi frustrant de me faire rappeler en même temps par mon père à quel point ils étaient si bons à son époque », poursuit-elle.

Après avoir enchaîné les victoires, cumulant 24 Coupes Stanley entre 1916 et 1993, soit le plus grand nombre de conquêtes parmi toutes les autres équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH), le Canadien de Montréal n’a décroché aucune victoire depuis. Dans les 28 dernières années, l’équipe s’est rendue 15 fois en séries éliminatoires, mais n’a jamais dépassé les demi-finales.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Mathieu Berthelet, passionné de hockey depuis sa tendre enfance

« On dirait qu’on n’espérait même plus qu’ils puissent gagner un jour », commente pour sa part Mathieu Berthelet, 28 ans, passionné de hockey depuis sa tendre enfance. C’est son grand-père qui lui a fait découvrir cet univers en lui relatant ses souvenirs des conquêtes de la Sainte-Flanelle lors des années 1960-1970.

En entrevue avec Le Devoir, le jeune homme peine à cacher sa joie de voir son équipe en finale et sa hâte de les voir gagner la coupe. « Avec mes deux meilleurs amis à la maison, on criait comme des enfants pendant la game [jeudi] soir. C’est juste fou, on est si proche d’une victoire. »

Un mythe à faire

Anouk Bélanger, sociologue et professeure à la Faculté de communication de l’UQAM, ne s’étonne pas outre mesure de voir les plus jeunes générations vivre de façon aussi passionnée cette série éliminatoire. « Ils ont été bercés avec ce mythe d’une équipe forte et victorieuse. Ils ont grandi avec ce désir croissant de voir de leurs propres yeux ce mythe se réaliser, de voir leur équipe gagner la coupe, sans que ça se réalise toutefois, indique-t-elle. Un mythe, ça doit s’actualiser dans le temps — ne serait-ce qu’avec une coupe par génération — sinon ça devient du folklore. »

Elle explique également cet engouement particulièrement fort cette année par le contexte de la crise sanitaire des derniers mois. Tout au long de la pandémie, dit-elle, le sentiment de communauté a été vécu à travers les règles sanitaires qu’il fallait collectivement respecter, ou à travers les points de presse du gouvernement qui nous rassemblaient à distance. « Là, on est enfin rassemblés par autre chose que la lutte contre la pandémie. […] Devant les matchs du Canadien, on vit une expérience intense, on embarque dans un jeu, un spectacle, et c’est ça qui prend le dessus. C’est super positif pour le sentiment de communauté », souligne-t-elle.

Diane Pacom, professeure émérite à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa, partage son opinion. « Non seulement on vit quelque chose de rare, c’est-à-dire voir le Canadien se rendre aussi loin dans la compétition, mais en plus on est autorisés à le vivre en collectivité — dans les bars, les restaurants, chez les amis, dans la rue — après des mois de distanciation et de couvre-feu. Ça rend le tout encore plus fort, plus profond, plus émotif », estime-t-elle.

Les joueurs du Tricolore affronteront à partir de la semaine prochaine le Lightning de Tampa Bay.

Au moins deux matchs au Centre Bell

La Ligue nationale de hockey a dévoilé son calendrier pour la série finale de la Coupe Stanley, vendredi, et il y aura au moins deux matchs au Centre Bell en juillet — une première. La série finale opposera le Canadien de Montréal au Lightning de Tampa Bay. Elle se mettra en branle sur la patinoire adverse le 28 juin à 20 h, et se poursuivra en terrain hostile le 30 juin, également à 20 h. La série se transportera ensuite pour les matchs nos 3 et 4 au Centre Bell, les 2 et 5 juillet, à 20 h. Si nécessaire, le match no 5 aurait lieu sur la patinoire adverse le 7 juillet, suivi d’un potentiel match no 6 le 9 juillet au Centre Bell, toujours à 20 h. Et en cas de match ultime, celui-ci aurait lieu sur la patinoire du club américain le 11 juillet, à 19 h.

À voir en vidéo