Le prochain Mondial de hockey n’aura finalement pas lieu en Biélorussie

Le président de la Fédération internationale de hockey sur glace, René Fasel, était en pourparlers avec le président biélorusse, Alexandre Lukashenko, le 11 janvier dernier à Minsk.
Photo: Nikolai Petrov BelTA via Associated Press Le président de la Fédération internationale de hockey sur glace, René Fasel, était en pourparlers avec le président biélorusse, Alexandre Lukashenko, le 11 janvier dernier à Minsk.

Sous la pression d’opposants et de commanditaires qui dénoncent la répression politique en Biélorussie, la Fédération internationale de hockey sur glace (FIHG) a retiré lundi à Minsk l’organisation du Mondial prévu au printemps prochain.

Le Conseil de la FIHG « a déterminé qu’il était actuellement impossible de garantir le bien-être des équipes, des spectateurs et des officiels » lors d’une telle compétition, explique l’instance dans un communiqué.

Prévu du 21 mai au 6 juin, ce tournoi devait être coorganisé par la Biélorussie et la Lettonie, et il représentait une vitrine majeure pour le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, dont la réélection controversée en août dernier a déclenché des mois de manifestations.

« Démocratie 1 — Loukachenko 0 », a réagi sur Twitter le ministre tchèque des Affaires étrangères, Tomas Petricek, tandis que l’opposante biélorusse en exil Svetlana Tikhanovskaïa voyait dans cette décision « une victoire ». « Il n’y aura pas de vague supplémentaire de répression au prétexte de “nettoyer” la ville avant les championnats », s’est-elle réjouie sur Telegram.

Alors que la FIHG doit encore se pencher « sur le statut de co-organisateur de la Lettonie », le chef de la diplomatie lettonne, Edgars Rinkevics, a salué un « juste signal que le sport ne doit pas servir les régimes autoritaires ». « La Lettonie va honorer son engagement et se tient prête » à accueillir la totalité du tournoi, a poursuivi M. Rinkevics sur Twitter, une solution également envisagée par la FIHG pour des raisons sanitaires.

Sans évoquer clairement les critiques visant le pouvoir biélorusse, la FIHG explique sa décision par « des préoccupations croissantes en matière de sûreté et de sécurité liées à la fois à la montée des troubles politiques et à la COVID-19 ».

Il n’y aura pas de vague supplémentaire de répression au prétexte de “nettoyer” la ville avant les championnats 

Si la pandémie pèse sur la plupart des grandes compétitions à venir, l’instance est surtout embarrassée par le tollé suscité lundi dernier par l’accolade de son patron René Fasel avec Alexandre Loukachenko, lors d’une visite à Minsk. Le dirigeant biélorusse avait demandé à René Fasel de résister à la « pression injuste » de sportifs et de politiciens, tels que Tchèque Tomas Petricek, pour qui organiser le tournoi suprême en Biélorussie « légitimerait un régime répressif ».

Dans la foulée, le constructeur tchèque Skoda avait fait savoir samedi sur Twitter qu’il ne « parrainera[it] pas les championnats du monde 2021 si la Biélorussie [était] confirmée comme pays co-organisateur ». La firme allemande Liqui Moly s’était désistée le lendemain et le groupe suisse Tissot se disait lundi « préoccupé par les droits de la personne ».

« Il est très regrettable de devoir retirer la candidature conjointe de Minsk-Riga », déclare René Fasel, cité par la FIHG. Le patron suisse du hockey mondial assure avoir essayé « de promouvoir l’idée que le Championnat du monde pourrait être utilisé comme un outil de réconciliation pour aider à calmer les problèmes sociopolitiques en Biélorussie et à trouver une voie positive ».

Après plusieurs avertissements, le Comité international olympique avait suspendu en décembre Alexandre Loukachenko de « toutes les manifestations et activités du CIO, y compris les Jeux olympiques », en raison de la « discrimination politique » frappant les athlètes du pays.

Dès la fin août, plus de 300 sportifs de haut niveau, dont plusieurs médaillés olympiques et membres d’équipes nationales, avaient dénoncé dans une lettre ouverte le trucage des votes dans l’élection présidentielle revendiquée par M. Loukachenko, et appelé à un nouveau vote.

Les signataires, réclamant également la fin des violences policières et la libération de tous les prisonniers politiques, avaient promis qu’ils feraient preuve de solidarité si l’un d’entre eux devait faire face à des représailles, « allant jusqu’au refus éventuel de concourir pour l’équipe nationale ».

De nombreuses figures de l’opposition biélorusse ont été arrêtées ou contraintes à l’exil depuis l’élection présidentielle remportée officiellement par Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, et le déclenchement d’un mouvement de protestation inédit qui l’a suivie.  

À voir en vidéo