La planète soccer en deuil du dieu argentin Diego Maradona

Une murale dépeint Diego Maradona dans le quartier La Boca, à Buenos Aires.
Photo: Alejandro Pagni Agence France-Presse Une murale dépeint Diego Maradona dans le quartier La Boca, à Buenos Aires.

La mort subite de l’Argentin Diego Maradona, légende du soccer, a secoué la planète mercredi, laissant dans le deuil de nombreux admirateurs qui le voyaient comme un « dieu ». La nouvelle a trouvé un écho jusqu’à Montréal, où plusieurs l’ont décrit comme un des meilleurs joueurs de l’histoire.

« C’est un grand choc. C’est une énorme perte, un morceau d’histoire qui vient de partir. Maradona, c’était une idole dans son pays, en Argentine, mais aussi à Naples, mes origines, et même ici, au Québec, où on le pleure », confie Marino De Ciccio, un Québécois d’origine napolitaine et un grand admirateur du célèbre joueur de soccer, qui a longtemps évolué avec le Napoli, un club de soccer italien basé à Naples.

La nouvelle est tombée avec fracas mercredi en fin de matinée. Diego Armando Maradona est décédé des suites d’un arrêt cardiaque. Il avait subi, début novembre, une opération chirurgicale pour un hématome au crâne et se remettait tranquillement dans une maison près de Buenos Aires, en Argentine. Mais voilà qu’à 60 ans, son cœur a finalement lâché. Son corps devait faire l’objet d’une autopsie en soirée mercredi.

La veillée funèbre de sa dépouille aura lieu à partir de jeudi au palais présidentiel et durera les trois jours du deuil national décrété par le président argentin, Alberto Fernandez. Maradona était l’une des personnalités les plus adulées de son pays.

Joueur « exceptionnel »

« La question ne se pose même pas : c’était le meilleur joueur de l’histoire », assure Marino De Ciccio. Il le décrit comme un dribleur exceptionnel, capable de jongler avec le ballon de part et d’autre du terrain, réussissant avec brio à déboussoler ses adversaires pour aller marquer des buts. C’était aussi un très bon joueur d’équipe, pas du tout « égoïste », qui multipliait les belles passes à ses collègues pour marquer toujours plus de points. « Il était très petit comme joueur, 1 m 65. Beaucoup pensaient dans ses débuts que ça allait le désavantager, mais il a surpris tout le monde et a su se démarquer », ajoute-t-il, regrettant de ne jamais l’avoir vu jouer en personne.

 
Photo: Agence France-Presse En photo, Diego Maradona, coupe du monde de soccer à la main, après la victoire de l’équipe argentine contre celle de l’Allemagne de l’Ouest le 29 juin 1986.

Son ami Mimmo Vardaro, avec qui il se rend à Naples au moins deux ou trois fois par année pour aller voir un match du Napoli — avant la pandémie du moins —, a eu la chance, lui, de le voir courir sur le gazon. « C’était à la fin des années 1990, à Naples évidemment. Ça faisait quelque chose de le voir en vrai. Ça va être difficile de trouver meilleur joueur que lui. Il va rester dans les mémoires longtemps », explique ce Québécois né à une trentaine de kilomètres de Naples.

Le talent de Diego Maradona a aussi marqué tous les clubs dans lesquels il a joué : de Boca Juniors, son club de cœur à Buenos Aires, à Naples, où il a évolué de 1984 à 1991 et avec qui il a décroché la Coupe du monde de soccer en 1986, après un passage à Barcelone.

Sa carrière d’entraîneur, moins connue, l’a ensuite mené de la sélection argentine (2008-2010) au Mexique, puis au Gimnasia La Plata, en Argentine, où il exerçait encore juste avant sa mort.

Mais c’est surtout un match contre l’Angleterre, en quart de finale de la Coupe du monde de soccer de Mexico en 1986, qui a marqué durablement les esprits. Il jouait alors avec le Napoli et avait marqué deux buts faisant gagner son équipe. Il avait ensuite déclaré à la presse avoir marqué son premier but « en partie avec sa tête et en partie avec la main de Dieu », faisant ainsi référence à sa main qui avait effleuré le ballon, ce qui est interdit, mais le geste n’avait pas été perçu par l’arbitre. Cela lui a valu le surnom de « Pibe de Oro » (« gamin en or ») et on le décrivait ensuite comme l’auteur de la « main de Dieu ».

Maradona, c’était une idole dans son pays, en Argentine, mais aussi à Naples, mes origines, et même ici, au Québec, où on le pleure

« Sa performance à ce match est inoubliable. Il a driblé une équipe entière, déjoué tous ses adversaires. Une fois qu’il avait le ballon, c’était impossible de deviner où il s’en allait », raconte Christian Leray, président fondateur de la ligue amicale de soccer de Montréal.

Il regrette que ce joueur hors pair ait par la suite eu des problèmes de drogue, multipliant les polémiques à coups de déclarations chocs, au lieu de continuer sur sa si belle lancée.

Après une finale perdue en 1990 contre l’Allemagne, l’histoire de Maradona avec la Coupe du monde a pris fin sur une exclusion lors de l’édition 1994 après un contrôle antidopage positif. L’Argentin a ensuite fait surtout parler de lui pour ses excès, entre grandeur et flamboyance, déchéance, drogue et polémiques. Il a notamment frôlé la mort en 2000 et en 2004, souffrant de dépendance à la cocaïne et d’obésité depuis la fin de sa carrière en 1997.

Hommage à travers le monde

Si la santé fragile de Maradona était connue de tous, l’annonce de son décès a surpris de nombreuses personnes, déclenchant un déluge d’éloges dans le monde du soccer, où seul le Brésilien Pelé (80 ans) rivalise dans le classement informel des plus grands de l’histoire.

« J’ai perdu un grand ami et le monde a perdu une légende […] Un jour, j’espère qu’on pourra jouer au foot ensemble au ciel », a écrit ce dernier sur Instagram mercredi.

Lionel Messi, autre génie du ballon argentin avec lequel Maradona a entretenu une relation complexe, s’est attristé de sa disparition : « Il nous laisse, mais il ne s’en va pas, parce que Diego est éternel. […] Je garde en moi tous les beaux moments vécus avec lui », a-t-il écrit sur Instagram.

Le Portugais quintuple Ballon d’or Cristiano Ronaldo a pour sa part dit adieu à « un génie éternel » et à « un magicien inégalable », tandis que l’ex-meneur de jeu français et ancien dirigeant de l’UEFA Michel Platini a indiqué à l’AFP que « Diego Maradona restera dans le cœur des Napolitains, dans le cœur des Argentins […] comme une étoile, et pour l’éternité ».

Une minute de silence a été respectée mercredi dans les stades européens en Ligue des champions pour lui rendre hommage. Le stade de Naples devait rester allumé toute la nuit et la municipalité a évoqué l’idée de le rebaptiser au nom du joueur défunt.

Avec l’Agence France-Presse

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