La boxe au temps de la pandémie de COVID-19

Les boxeurs et entraîneurs qui ont assisté au gala ont été mis en quarantaine dans un hôtel 14 jours avant la soirée.
Photo: La Presse canadienne Les boxeurs et entraîneurs qui ont assisté au gala ont été mis en quarantaine dans un hôtel 14 jours avant la soirée.

Eye of the Tiger Management (EOTTM) a présenté samedi, à Rimouski, le deuxième gala de boxe au Canada en pleine pandémie. À quoi ressemblent ces soirées teintées par la COVID-19 ? La Presse canadienne a pu le constater.

Camille Estephan, président d’EOTTM, est très fier de son protocole sanitaire. Après avoir été ignoré — intentionnellement ? — pendant plusieurs mois par la direction nationale de la Santé publique, Estephan est passé par les médias, en juillet dernier, pour mettre de la pression sur le gouvernement, qui a finalement accepté de rencontrer le groupe et d’étudier son protocole sanitaire en août.

Une fois l’approbation obtenue au début septembre, Estephan n’était pas au bout de ses peines. Souhaitant organiser un événement à Shawinigan le 10 octobre, il devait pour cela obtenir le feu vert de la Santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec, qu’il a eue quelques semaines avant la tenue du gala seulement.

Première étape : mettre tout le monde en quarantaine. Les boxeurs et entraîneurs ont été regroupés dans un hôtel, où ils ont subi un test de détection de la COVID-19 dès leur arrivée dans ce qui constituait ainsi leur bulle pour 14 jours. Ils sont alors confinés dans leur chambre, n’en sortant que pour aller s’entraîner. Ils y prendront même tous leurs repas.

L’objectif général est que tout ce beau monde se croise le moins souvent possible. Les horaires d’entraînement sont faits en conséquence, et l’environnement pour la soirée du gala également.

Habituellement, plusieurs boxeurs partagent le même vestiaire un soir de gala. Ce n’est plus possible. À Shawinigan, le gala avait lieu au Centre Gervais Auto, domicile des Cataractes de la LHJMQ. Les deux vestiaires étaient mis à contribution, mais ils doivent être désinfectés après le passage de chaque clan. Ça demandait un temps fou : parfois plus d’une heure entre deux combats.

« Dans un vestiaire de hockey, il y a tellement de recoins et tout devait être nettoyé, y compris le support à bâtons, a expliqué Estephan. Il fallait trouver une façon de diminuer ces délais. »

À l’hôtel Rimouski, EOTTM a installé ses boxeurs dans de petites salles de conférences, beaucoup plus faciles à nettoyer. En tout, la désinfection du ring et des vestiaires entre les combats n’a pas pris plus de 20 minutes ce week-end.

Le reste du protocole a aussi subi des modifications entre les deux événements, surtout en raison du profil sanitaire du Bas-Saint-Laurent, toujours en zone orange.

« La différence avec Shawinigan, c’est que nous avons exigé que l’événement ait lieu à huis clos, a souligné Ariane Doucet, conseillère aux relations médias du CISSS du Bas-Saint-Laurent. Même si l’événement avait lieu dans une salle de réception d’un hôtel et non dans un aréna comme à Shawinigan, le profil épidémiologique de notre région aurait permis la tenue de cet événement devant spectateurs. Mais comme nous voulions éviter les risques de contamination avec plusieurs des intervenants provenant de zones rouges, nous avons exigé le huis clos. »

L’expérience réussie de Shawinigan a bien servi EOTTM.

« C’est certain que nous avons communiqué avec les gens du CISSS de la Maurice et du Centre-du-Québec à la suite du gala du 10 octobre. L’ensemble des mesures qui avaient alors été imposées nous satisfaisait, a indiqué Mme Doucet. Le fait qu’il n’y ait pas eu de cas de contamination à la suite de cet événement a aussi pesé dans la balance. »

« Ici, elles étaient plus pointues qu’à Shawinigan, a dit Estephan au sujet des mesures exigées pour le gala de Rimouski. [Les responsables de la santé publique] ont pu regarder cette expérience et ont demandé certaines améliorations, bien que ça ait été un succès sur toute la ligne en Mauricie. Ils sont plus pointus sur la visière ou des lunettes, notamment. Plus de personnes devront en porter, dont les gens de la RACJ [Régie des alcools, des courses et des jeux]. »

Comme à Shawinigan, tous les visiteurs — athlètes, membres de l’organisation, personnel de la Régie des alcools, des courses et des jeux ou journalistes — ont dû signer un consentement sanitaire, en plus de remplir quotidiennement un questionnaire médical. Les boxeurs et membres de leurs clans ont subi deux autres tests de détection du coronavirus avant de pouvoir se livrer à la pesée, vendredi.

Celle-ci est d’ailleurs beaucoup plus compliquée, puisque chaque clan ne peut se croiser afin d’aller signer son contrat auprès de la RACJ et monter sur le pèse-personne. Pour un gala de quatre combats, l’opération a duré plus de deux heures, temps pendant lequel on peut habituellement effectuer la pesée pour une carte d’une dizaine de combats.

Un cran de plus

Le jour de gala, les mesures se resserrent d’un cran. Tout le monde devra faire prendre sa température, et ceux qui n’ont pas de masque médical jetable s’en verront remettre un à la place de leur masque de tissu. Personne n’entrera alors dans la salle de réception où auront lieu les combats, sauf ceux devant s’y trouver.

L’espace restreint de la salle à Rimouski a fait en sorte que seule l’équipe de description télé a eu accès à la salle ; le 91,9 Sports, qui retransmettait les combats à la radio, l’a fait de ses studios de Montréal. Les journalistes étaient aussi rassemblés dans une salle de presse à l’extérieur de la salle. Tour à tour, ils ont pu assister à quelques rounds en direct, mais le plus gros de leur soirée s’est passé dans cette salle de visionnement.

Pour les entrevues d’après-combat, les boxeurs étaient amenés un à un dans une autre salle aménagée à cet effet, où les journalistes devaient respecter les règles de distanciation entre eux et avec les pugilistes. Entre chaque entrevue, François Pratte, relationniste d’EOTTM, se transformait en M. Net afin de désinfecter la chaise occupée par l’interviewé.

En début de soirée, les organisateurs ont également reçu la visite de huit agents de la Sûreté du Québec. Ces derniers sont venus s’assurer que les règles de la Santé publique étaient respectées. Une inspectrice de la CNESST est quant à elle venue s’assurer que tous les corps de métier travaillaient en toute sécurité. François Pratte a cette fois dû sortir son ruban à mesurer afin de s’assurer que 2 mètres séparaient les scribes dans la salle de travail.

Le gala maintenant terminé, les boxeurs et leur clan se mettront en quarantaine pour 10 jours supplémentaires.

« Notre protocole fait 28 pages, a dit avec assurance Estephan. C’est le plus solide au Québec, et nous croyons aussi que c’est le premier présenté à la Santé publique, tous sports confondus.

« Après Shawinigan, il n’y a eu aucun cas de COVID-19, poursuit Estephan. C’était important : on voulait prouver à la Santé publique que c’était plus sécuritaire d’aller à la boxe qu’au Costco.

« À Shawinigan on aurait pu vendre 50 billets. On a dit non : le risque était trop grand. On ne voulait pas avoir de cas et se faire pointer du doigt. Ici, c’était une des conditions supplémentaires, mais ce n’est pas un problème pour nous. L’achalandage sur notre plateforme de distribution [PunchingGrace.com] est excellent. »

Le protocole d’Eye of the Tiger sera de nouveau mis à l’épreuve avant la fin de 2020: le promoteur espère tenir un autre événement le 18 ou 19 décembre, dans un endroit qui reste à déterminer.

Estephan a promis que le gala aurait de nouveau lieu à huis clos, même si les règles en vigueur lui permettent de vendre des billets.