Le Grand Prix de Montréal finalement annulé

Sans la possibilité d’accueillir un public, le Grand Prix du Canada n’était pas viable, selon ses organisateurs. Sur notre photo, le pilote de Red Bull Max Verstappen avait connu des ennuis sur le circuit Gilles-Villeneuve en 2017.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Sans la possibilité d’accueillir un public, le Grand Prix du Canada n’était pas viable, selon ses organisateurs. Sur notre photo, le pilote de Red Bull Max Verstappen avait connu des ennuis sur le circuit Gilles-Villeneuve en 2017.

Oubliez la tenue d’un Grand Prix de formule 1 à l’automne avec un paysage bucolique en toile de fond comme à l’époque de Gilles Villeneuve. En fait, oubliez tous les Grands Prix dans les Amériques en 2020.

Le Grand Prix du Canada n’aura finalement pas lieu cette année dans le contexte de pandémie de coronavirus, a annoncé le promoteur de l’événement François Dumontier, vendredi matin.

Dumontier a fait l’annonce d’une manière très sobre — voire rudimentaire —, devant une simple table installée à deux mètres des membres des médias et délimitée par un ruban rouge. Il s’est ensuite avancé, le visage couvert d’un masque, sur un petit « X » rouge.

« C’est symbolique. Nous avions reçu le “planning” de la F1 pour la distribution des garages aux équipes en vue d’une course cet automne, et ce “X” est situé tout juste au-dessus de celui qui aurait accueilli Lance Stroll », a expliqué Dumontier, en confirmant que la course, si elle avait eu lieu, se serait déroulée les 9, 10 et 11 octobre 2020.

C’est la première fois depuis 2009 qu’il n’y aura pas de Grand Prix du Canada sur le circuit Gilles-Villeneuve. La dernière fois, le promoteur et la F1 n’avaient pas réussi à trouver un terrain d’entente dans les négociations pour les droits de présentation de la course.

Cette fois-ci, les motifs de l’annulation sont bien différents.

« Le point tournant pour nous, il se situe au moment où les autorités publiques nous ont fait savoir [il y a trois semaines], à la F1 et à nous, que si le Grand Prix du Canada devait avoir lieu, alors il aurait lieu à huis clos », a expliqué Dumontier.

« À partir de ce moment-là, étant une entreprise privée, ce n’était pas viable. Ça nous empêchait aussi de contribuer aux frais de courses et à ceux de déplacement de la F1 vers l’Amérique qui, en temps de pandémie, étaient beaucoup plus élevés qu’habituellement. Ça, c’était le point tournant. »

Dumontier a indiqué en ce sens que les frais de transport auraient avoisiné en 2020 « une dizaine de millions de dollars », une hausse considérable attribuable à la situation sanitaire internationale. De plus, rappelons qu’il en coûte près de 20 millions de dollars annuellement au promoteur et aux contribuables pour accueillir une course de F1 sur le circuit Gilles-Villeneuve.

« À partir de ce moment-là, disons que nous étions pas mal moins optimistes. Et nous en sommes venus à la conclusion de l’annonce d’aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il n’y aura pas de Grand Prix en 2020 », a-t-il ajouté, avec une pointe d’amertume dans la voix.

Plusieurs scénarios

Néanmoins, le principal intéressé y a cru jusqu’à la dernière minute, et en ce sens de nombreux scénarios avaient été mis sur la table.

« Le gros enjeu, c’étaient les frais de transport, a répété Dumontier. Nous pensions pouvoir regrouper notre course avec le Grand Prix des États-Unis et partager ces coûts. » Sauf que les Grands Prix des États-Unis, du Mexique et du Brésil ont été annulés en même temps que le Grand Prix du Canada.

François Dumontier n’a pas caché qu’il aurait aimé recevoir plus de soutien de la part des divers ordres de gouvernement. En ce sens, il a notamment déploré lors de la conférence de presse de vendredi qu’il n’avait toujours pas reçu de nouvelles des gouvernements locaux concernant son plan.

« Pour le moment, on sait que l’interdiction des événements sportifs ou culturels est valide au Québec jusqu’au 31 août. Est-ce que ce sera prolongé ? On ne le sait pas encore, a-t-il dit. Ce que je trouve dommage, c’est que nous avons travaillé pendant des semaines sur un plan, étoffé, après avoir consulté les plans d’organisations américaines et européennes, mais que nous n’avons reçu aucun accompagnement local pour le faire. »

Plus tôt cette semaine, l’organisation responsable de la présentation de l’Indianapolis 500, qui se déroulera à la fin du mois d’août, avait notamment dévoilé son plan sanitaire de 95 pages. Dans celui-ci, on mentionnait que les gradins — qui comptent un total de 350 000 sièges — ne seront remplis qu’à 25 % de leur capacité lors de l’événement, et que les spectateurs devront tous porter un couvre-visage, sans exception. Des mesures qui étaient envisageables pour Dumontier, même s’il aurait préféré avoir des gradins remplis au maximum de leur capacité autour du circuit Gilles-Villeneuve cet automne.

Réactions

Peu après l’annonce, Stroll a réagi par voie de communiqué publié par l’écurie Racing Point.

« Ça me brise le cœur de ne pas pouvoir y aller cette année, mais nous comprenons la situation, a déclaré le Québécois. J’ai une pensée pour tous les amateurs de course du Canada. Montréal est certainement l’un des week-ends les plus excitants du calendrier et tout ce que je peux dire, c’est merci pour votre soutien, et j’ai déjà très hâte à l’an prochain. »

La F1 a plutôt pris la décision de poursuivre sa saison en Europe après le Grand Prix de Russie le 27 septembre. Trois nouvelles épreuves ont été ajoutées au calendrier, notamment une course sur le circuit du Nürburgring, en Allemagne, le 11 octobre, date qui était pressentie pour l’épreuve montréalaise.

Le Grand Prix de Portimão, au Portugal, et le Grand Prix d’Imola suivront au calendrier.

Dumontier a assuré que l’avenir de son organisation ainsi que celui du Grand Prix du Canada n’étaient pas remis en question à cause de l’annulation de la course en 2020.

« L’année 2020 devait être LA fameuse année, avec deux pilotes canadiens inscrits au championnat [avec Nicholas Latifi]. Quand la pandémie a commencé, à la mi-mars, nous étions en avance d’environ 30 % sur nos ventes de billets par rapport à 2019 », a d’abord rappelé le patron d’Octane Management.

« Il va falloir qu’on tienne les cordons de la bourse serrés au cours des prochains mois, a-t-il ajouté. Ça ne met pas l’entreprise en péril, même si ça fait quelques mois déjà que nous n’avons plus aucun revenu. De plus, on ne sait pas à quel moment on pourra remettre des billets en vente. Mais oui, il va falloir qu’on fasse attention au cours des prochains mois. »

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