Airbnb et le CIO font désormais équipe

Le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach (à gauche), et le cofondateur d'Airbnb, Joe Gebbia, prennent la parole lors d'un événement à Londres pour annoncer qu'Airbnb serait l'un des principaux partenaires des Jeux olympiques.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach (à gauche), et le cofondateur d'Airbnb, Joe Gebbia, prennent la parole lors d'un événement à Londres pour annoncer qu'Airbnb serait l'un des principaux partenaires des Jeux olympiques.

Airbnb et le Comité international olympique (CIO) font maintenant équipe. Le géant de la location de logements en ligne sera l’un des principaux partenaires des cinq prochains Jeux olympiques. Une alliance qui allégera — en partie — le fardeau financier des villes hôtesses, mais qui soulève surtout son lot de risques, selon des experts.

Le partenariat a été dévoilé en grande pompe lundi par le cofondateur d’Airbnb, Joe Gebbia. Et pour cause : d’une valeur de 500 millions de dollars, selon le Financial Times, l’entente s’étire jusqu’en 2028, allant des Jeux olympiques de Tokyo (l’été prochain) à ceux de Los Angeles, huit ans plus tard. Airbnb rejoint ainsi le cercle fermé du programme des partenaires olympiques, aux côtés des Coca-Cola et Visa de ce monde.

« Ce partenariat novateur renforce notre stratégie, qui est de s’assurer que l’organisation efficace des Jeux olympiques est durable et laisse un héritage à la communauté hôte », a fait valoir lundi le président du CIO, Thomas Bach. Il assure que cette entente réduira entre autres la nécessité pour les villes d’investir dans la construction d’hôtels.

« Pour le CIO, c’est un passage obligé, observe de son côté Jacques Nantel, professeur émérite à HEC Montréal. Il y a moins de compagnies traditionnelles pour sponsoriser les Jeux : les géants, ce sont Google, Airbnb et Uber maintenant. » Et pour Airbnb ? « Il y a une question de prestige à se placer dans la cour des grands », dit-il.

Selon plusieurs observateurs, Airbnb cherche aussi à redorer son image, lui qui a maintes fois été montré du doigt, taxé d’être un mauvais citoyen entrepreneurial. Hausse des loyers, transformation de quartiers entiers en zones touristiques, délinquance fiscale : plusieurs grandes villes du globe entendent présentement lui serrer la vis, voire lui barrer la route.

Il y a moins de compagnies traditionnelles pour sponsoriser les Jeux : les géants, ce sont Google, Airbnb et Uber maintenant

 

C’est le cas de la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, qui a grincé des dents lundi. Celle qui est candidate à sa réélection a envoyé une lettre à Thomas Bach afin de l’avertir des « risques » et des « conséquences » d’une telle alliance.

Airbnb crée une pression à la hausse sur le prix des loyers et aggrave la pénurie d’appartements, ce qui pénalise surtout la classe moyenne, déplore-t-elle dans sa missive. Mme Hidalgo réitère en outre son souhait de sonder ses citoyens sur une éventuelle interdiction du géant dans les arrondissements centraux de la ville, où quelque 26 000 logements auraient été retirés du marché locatif.

De son côté, Airbnb assure que son partenariat avec le CIO permettra notamment aux « résidents » et aux « hôtes locaux » de toucher un « revenu direct » pendant la tenue des Jeux à la maison.

Pression sur les prix

Airbnb n’en est pas à sa première expérience olympienne. La multinationale a pour la première fois signé en 2016 un partenariat avec la Ville de Rio de Janeiro, au Brésil. Elle devait ainsi fournir plusieurs milliers de logements pendant la tenue des Jeux olympiques. Résultat ? Le prix des locations affichées sur la plateforme a bondi, tout comme celui des chambres d’hôtel.

À l’orée du grand rendez-vous, en août 2016, le média américain Bloomberg rapportait que la capitale brésilienne trônait désormais au sommet des villes les plus chères au monde sur Airbnb, devant Miami et San Francisco. Le prix moyen d’une nuitée : 206 $US.

Airbnb soutient pour sa part que, lors des Jeux de Rio, la multinationale avait offert une capacité d’hébergement supplémentaire équivalant à 257 hôtels. Deux ans plus tard, lors des JO de Pyeongchang, en Corée du Sud — où là aussi Airbnb s’est entendu avec le comité organisateur —, c’est l’équivalent de 46 hôtels qui a été fourni par la plateforme américaine.

Les prix de logements affichés sur Airbnb risquent fort d’exploser dans la foulée des prochaines olympiades, observe néanmoins au bout du fil Pier-André Bouchard St-Amant, professeur à l’ENAP. « Là où ça devient plus dangereux, c’est qu’Airbnb peut faciliter l’augmentation des prix par le rachat de concurrents », ajoute-t-il, ce que le géant s’emploie déjà à faire.

Et maintenant que le CIO lui ouvre grandes les portes, les velléités monopolistiques du géant américain sont d’autant plus inquiétantes, dit le professeur, alors qu’il pourrait « avantager certains fournisseurs » et « faire évoluer les prix pour aller chercher plus de profits ». « C’est à mon sens un enjeu beaucoup plus problématique que ses dépenses en marketing [pour le partenariat]. »

Réduire les coûts

Ce partenariat ne surprend en rien Romain Roult, professeur au Département d’études en loisir, culture et tourisme de l’Université du Québec à Trois-Rivières. « Le président du CIO n’a plus le choix désormais ― surtout pour le bassin traditionnel des candidatures occidentales ― de se positionner ainsi. »

L'« exubérance » d’olympiades récentes — celle de Sotchi, par exemple, qui a coûté à la Russie plus de 50 milliards — a amené des villes d’Europe et d’Amérique du Nord à faire marche arrière, si ce n’est carrément à refuser de poser leur candidature.

Parmi elles : Calgary. La métropole albertaine était en lice pour les olympiades d’hiver de 2026, mais ses citoyens ont voté contre le projet lors d’un référendum l’an dernier, inquiets de se voir refiler une facture salée pour la construction d’installations qui accumuleront ensuite la poussière.

Les Jeux ont finalement été octroyés à Milan / Cortina d’Ampezzo, le CIO préférant la candidature italienne à celle de Stockholm, en Suède.

Les villes peuvent donc espérer sauver des sous dans la construction des commodités d’accueil pour touristes et familles d’athlètes, mais elles devront tout de même sortir le chéquier : pour les équipements sportifs, d’une part, mais aussi pour la construction d’un « village olympique » — dont l’existence n’est pas remise en cause par le nouveau partenariat, a précisé lundi M. Bach.

« Les athlètes se doivent de rester dans des complexes ultra-sécurisés pendant les Jeux. Et ça, ça ne changera pas », renchérit le professeur Roult, soulignant que la sécurité est désormais centrale dans le budget des villes hôtesses, exposées au risque qu’un acte terroriste survienne durant les Jeux.