Thierry Henry accueilli en sauveur de l’Impact à Montréal

Le nouvel entraîneur-chef de l’Impact de Montréal, Thierry Henry, a été accueilli par une salle comble, lundi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nouvel entraîneur-chef de l’Impact de Montréal, Thierry Henry, a été accueilli par une salle comble, lundi à Montréal.

L’accueil est à la mesure des attentes, de l’espoir pour ne pas dire de l’espérance en odeur de sainteté libératrice.

Le Français Thierry Henry, nouvel entraîneur de l’Impact et donc messie rédempteur putatif du soccer montréalais, au bord du gouffre infernal, a attiré des dizaines de partisans à son arrivée à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau jeudi dernier. L’équipe affirme que les ventes d’abonnements connaissent un regain depuis quelques jours. Sa première conférence de presse, lundi matin, a attiré une des plus grandes meutes de reporters de son histoire.

« Il y a pas mal de choses que je ne contrôle pas », a répondu M. Henry à un collègue qui lui demandait comment il se sentait dans le rôle du Saint-Sauveur du ballon rond.

« Je suis un être humain normal et je sais que j’ai un vécu. Ça fait partie du passé. C’est bien souvent que l’on a besoin du passé pour être présent dans le futur, mais il y a des choses que je n’arrive pas à contrôler. Je m’attendais à deux, trois personnes à l’aéroport. Je vois qu’il a beaucoup de monde devant moi maintenant. Bien sûr que ça me rend heureux. En tant qu’entraîneur, ça commence. Mais on est d’abord là pour le club. »

Thierry Henry conçoit bien ce qu’il exprime clairement dans les deux langues officielles de son nouveau pays. On est loin du vestiaire des Canadiens, pour le dire autrement.

Les journalistes habitués à fréquenter la glace et la pelouse, tous sauf un, ont donné du « Thierry » à M. Henry tout en le vouvoyant. Il n’y avait qu’une poignée de femmes dans la salle de conférence du centre d’entraînement de l’équipe, la routine, quoi.

Reconstruire

L’Impact est à nouveau en reconstruction après avoir fini, il y a cinq semaines, une troisième saison de suite sans participation aux séries éliminatoires — une saison toutefois agrémentée d’une victoire dans le Championnat canadien synonyme d’un retour l’an prochain en Ligue des champions de la CONCACAF. La nomination du nouvel entraîneur s’arrime à celles de Kevin Gilmore à titre de président et chef de la direction (en janvier) et d’Olivier Renard comme directeur sportif (en septembre).

« En janvier de cette année, je me suis assis devant vous et j’ai annoncé que cette équipe allait changer son approche et son parcours, a dit M. Gilmore aux journalistes. Pour y arriver, il nous fallait agir comme un club des ligues majeures, dans une des villes sportives les plus importantes d’Amérique du Nord. »

Dont acte et CQFD : Thierry Henry a été choisi et vice versa, « vers la mi-octobre » selon la version de la direction. « Il a choisi, cette ligue, ce club et cette ville », a répété comme un leitmotiv M. Gilmore en présentant sa nouvelle recrue hypervedette.

L’élu a repris chacun de ces éléments de choix, y compris la nécessité de renflouer une équipe en perdition qui dévore ses dirigeants, une chose expliquant l’autre. « Je n’ai pas peur de venir ici. Je vois le côté positif, résume Thierry Henry. […] C’est important de se battre. L’important, ce n’est pas de tomber, mais de se relever, d’apprendre de ses erreurs. »

Il a appuyé deux fois plutôt qu’une sur son bonheur de s’installer à Montréal. « C’est très simple, a-t-il répété en anglais. Si vous tirez le meilleur de l’Europe et le meilleur de l’Amérique du Nord, vous arrivez à Montréal », a-t-il dit en prononçant le nom de sa cité d’adoption professionnelle à la française.

« La ville est exceptionnelle, les restaurants sont exceptionnels et les gens […] sont gentils. Comme on le dit en français, c’est une ville de coeur. »

Un footballeur

Thierry Henry, lui, est un homme de foot.Comme on dirait star de réputation mondiale. M. Renard a ajouté que si on déballait le CV de son nouveau collègue « on en aurait pour des heures ».

Son nom seul impose le respect. Thierry Henry, attaquant aux vingt saisons (1994-2014), notamment avec Arsenal, les Red Bulls de New Yorket le FC Barcelone, équipe avec laquelle il a remporté en 2009 un sextuplé de trophées inédit dans l’histoire du jeu (Coupe d’Espagne, Ligue des champions, coupe du monde des clubs, etc., toutes d’un coup). Thierry Henry, seul joueur français à avoir participé à quatre Coupes du monde, de la victoire de 1998 au fiasco de 2010 en Afrique du Sud.

Après avoir suivi une formation, il a été entraîneur adjoint de l’équipe nationale de Belgique (2016-2018) puis brièvement à la barre de l’AS Monaco en Ligue 1 française lors de la dernière saison. Les échos monégasques évoquaient des relations pénibles avec les joueurs. L’entraîneur-chef Henry a été congédié en janvier avec une généreuse indemnité de départ estimée entre 10 et 15 millions d’euros par The Guardian.

« J’ai appris beaucoup là-bas, dit-il. Ce qui me fait revenir sur le terrain, c’est ma passion, c’est ma vie. Maintenant, il y a un nouveau départ. On doit regarder droit devant. Il va falloir travailler dur, être patient et on sait ce qu’on veut faire. Il faudra aussi ramener la communauté avec nous. Les supporters ont besoin de se voir dans l’équipe, de voir que l’équipe représente la ville et la communauté. On ne construit pas un héritage en deux mois, trois mois, voire un an. »

Le sauveur a signé une entente de deux ans avec Montréal assortie d’une option pour la saison de 2022.