Tour de France: Bernal se rapproche du graal un jour de grêle

Aucun coureur n’a été déclaré vainqueur de la 19e étape ce dimanche, mais Egan Bernal est bien parti pour devenir le premier Colombien vainqueur du Tour de France.
Photo: Christophe Ena Associated Press Aucun coureur n’a été déclaré vainqueur de la 19e étape ce dimanche, mais Egan Bernal est bien parti pour devenir le premier Colombien vainqueur du Tour de France.

Journée de folie sur le Tour de France vendredi : la 19e étape a été arrêtée avant la fin pour cause de route impraticable, mais le maillot jaune est passé sur les épaules du prodige colombien Egan Bernal (Ineos).

À situation extrême, décision d’exception. Faute de ligne d’arrivée, aucun coureur n’a été déclaré vainqueur de l’étape. Mais les efforts consentis dans l’Iseran, le plus haut col du Tour, ont été pris en compte dans ce Tour incroyable, qui s’est sans doute joué dans ce deuxième des trois actes alpestres.

À la veille de la dernière étape de montagne à Val Thorens et à deux jours de l’arrivée à Paris, Bernal possède une avance de 48 secondes sur le Français Julian Alaphilippe, qui a perdu son maillot jaune, et de 1 min 16 sec sur le vainqueur sortant, le Gallois Geraint Thomas, coleader de l’équipe Ineos au départ.

Une violente averse de grêle suivie d’un éboulement a rendu la route tout à fait impraticable à la sortie d’un tunnel, peu avant Val d’Isère, à 20 kilomètres de l’arrivée prévue à Tignes. Confronté à une situation inédite, le jury des commissaires a tranché : les temps ont été pris au sommet de l’Iseran, le « toit » du Tour à l’altitude de 2770 mètres.

À ce moment-clé, Bernal, le jeune « condor » (22 ans) venu des Andes, planait sur la course. Avec plus d’une minute d’avance sur le groupe des favoris (Thomas et Kruijswijk notamment) et plus de deux minutes sur le porteur du maillot jaune, le Français Julian Alaphilippe.

Dans la descente, le Colombien de l’équipe Ineos a vu revenir le Britannique Simon Yates. Les deux hommes, qui ignoraient tout des dégâts causés sur la route en contrebas, ont été arrêtés en plein effort à l’avant de la course.

Ils ont vu ensuite arriver leurs poursuivants, tout aussi étonnés qu’eux.

Grêlons et coulée de boue

« C’était infranchissable », a expliqué ensuite le directeur du Tour, Christian Prudhomme. « Dans un premier temps, des orages de grêle très localisés sur 5 kilomètres mais très violents, des grêlons comme des balles de ping-pong. Ensuite, une coulée de boue de 50 centimètres d’épaisseur sur 20 mètres de long. La route était coupée ».

« On a fait en sorte de prévenir les coureurs le plus vite possible. On n’avait pas le choix », a ajouté le directeur du Tour. Ils ne pouvaient pas comprendre sur le moment mais, après, quand ils ont vu les images… ».

   

L’Iseran, que le Tour de France a rarement emprunté dans son histoire, a tout d’un col maudit. Le plus haut col routier de toutes les Alpes n’avait pu être franchi en 1996, alors que la course devait le franchir dans l’autre sens. La raison ? La neige, qui avait déjà rendu la route impraticable.

Pour les Français, la journée — décisive — a été noire. Thibaut Pinot, diminué par une lésion à la cuisse gauche, a été contraint à l’abandon après une heure de course. « Il a évité une chute il y a deux jours et il a tapé le guidon », a expliqué son directeur sportif, Philippe Mauduit.

« J’ai pris un petit coup à l’arrivée à Nîmes (mardi), mais je ne suis pas sûr que ce soit ça », a déclaré en fin d’après-midi Pinot, en pleurs. « Je me suis toujours battu, j’y croyais. Je sentais depuis dimanche, après les Pyrénées, que j’étais capable de le faire. Mais on ne le saura jamais. Cela va prendre du temps [de s’en remettre]. »

Pour ce qui est de la course, Alaphilippe, en jaune depuis la première semaine, a payé l’addition dans l’Iseran. « J’ai été battu par plus fort que moi, c’est comme ça », a déclaré Alaphilippe. « Je ne peux pas avoir de regrets. »

Il ne reste plus au Colombien qu’à franchir sans encombre la dernière étape de montagne, samedi, à Val Thorens, pour être quasiment certain de devenir le premier Colombien vainqueur du Tour.

Pour l’essentiel, une course de côte puisque trois coulées de boue dans la descente du Cormet de Roselend, dont l’une a endommagé la route, ont contraint en soirée les organisateurs à raccourcir l’étape de 130 à 59 kilomètres. Christian Prudhomme le soulignait dans l’après-midi : « Contre la nature, on ne peut rien faire. »