La Ligue canadienne de hockey féminin cesse ses opérations

Les Canadiennes de Montréal et l’Inferno de Calgary se sont affrontés en finale de la Ligue canadienne de hockey féminin, le 24 mars dernier.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Les Canadiennes de Montréal et l’Inferno de Calgary se sont affrontés en finale de la Ligue canadienne de hockey féminin, le 24 mars dernier.

Au cours des derniers jours, Danièle Sauvageau a repris avec fierté sur sa page Twitter un gazouillis annonçant que 175 000 téléspectateurs avaient regardé la finale de la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF) entre les Canadiennes de Montréal et l’Inferno de Calgary, dimanche dernier. Exactement une semaine après la victoire de 5-2 de la formation albertaine, elle apprenait une nouvelle qu’elle n’avait pas vue venir et qui a semé le désarroi dans l’ensemble de la communauté du hockey féminin.

Dans un communiqué publié sur son site Internet dimanche matin, la LCHF a annoncé la fin de ses opérations à compter du 1er mai 2019, après 12 ans d’existence.

« Malheureusement, bien que le produit sur la glace soit exceptionnel, le modèle d’affaires était devenu insoutenable économiquement », a précisé le conseil d’administration de la LCHF dans son communiqué.

La nouvelle a créé un choc parmi plusieurs étoiles du hockey féminin, qui ont exprimé leur tristesse et leur inquiétude par la voix de leur compte Twitter.

Parmi elles, Marie-Philip Poulin, la grande vedette des Canadiennes.

« Ce matin, nous avons été informées que la LCHF va cesser ses opérations, a d’abord écrit Poulin, en anglais. En tant que joueuses, nous allons faire de notre mieux pour trouver une solution pour que ça ne soit pas notre dernière saison de hockey, mais c’est difficile de demeurer optimistes. #NoLeague »

Lors d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne dimanche matin, Danièle Sauvageau, analyste de hockey et l’une des plus grandes figures du hockey féminin en Amérique du Nord, a dit avoir elle aussi été secouée par ce dénouement.

Un choc

« C’est un peu le choc ce matin d’apprendre que la Ligue canadienne de hockey féminin ne reprendra pas affaire en septembre prochain. C’est surtout un choc pour les 130 athlètes et évidemment joueuses qui faisaient partie de cette ligue, a-t-elle précisé. Je vous rappelle que plusieurs d’entre elles ont quitté leur pays d’origine ou leur province pour venir se joindre aux différentes équipes à travers le Canada. Alors oui, c’est un choc. »

Après sa réaction initiale, à l’image de joueuses comme Marie-Philip Poulin, Danièle Sauvageau dit garder espoir que quelque chose viendra remplacer la LCHF. En fait, elle en est persuadée.

« C’est ce que je veux continuer de croire ce matin. Il y a eu un long et pénible chemin d’effectué, mais maintenant que la demande est là, maintenant que le hockey féminin à ce niveau-là fait partie du paysage canadien, ça va continuer avec un groupe différent, j’en suis convaincue. »

Il y a eu un long et pénible chemin d’effectué, mais maintenant que la demande est là, maintenant que le hockey féminin à ce niveau-là fait partie du paysage canadien, ça va continuer avec un groupe différent, j’en suis convaincue

La LCHF avait été fondée en 2007 dans le but de faire croître le hockey féminin. Elle comptait six équipes, quatre au Canada, une aux États-Unis et une en Chine.

La ligue était propriétaire des équipes et s’occupait de leur gestion. Elle avait commencé en 2017-2018 à payer les salaires des joueuses, qui pouvaient varier de 2000 $ à 10 000 $. Le budget total se chiffrait à 3,7 millions de dollars.

« Il existe un grand nombre d’organisations qui ont manifesté leur soutien à l’endroit du hockey féminin et leur désir de voir le sport continuer de grandir », a déclaré Jayna Hefford, la commissaire par intérim et ancienne grande vedette du hockey féminin canadien.

« Notre espoir est que ces organisations, à l’aide de moyens pouvant être mis en pratique, se lèveront pour continuer de faire avancer le sport national du Canada », a-t-elle renchéri.

Lauren Walzak, présidente du conseil d’administration de la LCHF, a déclaré dimanche que la ligue a besoin de plus de revenus. Toutefois, Hefford a insisté pour dire que la ligue ne reprendra pas les activités même si de l’argent devait venir de sources de dernier secours.

« La LCHF ne sera pas en activité l’année prochaine », a tranché Hefford.

La Ligue nationale de hockey et la NWHL, une ligne établie aux États-Unis, sont les deux organisations les plus susceptibles de prendre la relève.

La LNH détient les droits sur la marque déposée « WNHL ».

« Nous sommes conscients que le fait d’avoir des options professionnelles est important pour les jeunes femmes qui aspirent à jouer au hockey, a déclaré Bill Daly, commissaire adjoint de la LNH, dans un courriel. Si ces options devaient devenir indisponibles, la LNH étudierait la possibilité d’aider pour créer des solutions de rechange. »

Danièle Sauvageau espère qu’une nouvelle structure verra le jour aussi rapidement que possible.

« Ça doit se faire à court terme pour continuer, justement, de bâtir sur le momentum. Montréal, entre autres, a probablement les meilleurs fans dans le hockey féminin, que ce soit au niveau professionnel ou universitaire. Alors, je pense qu’on ne peut pas attendre pour que ce soit remplacé. »

L’ancienne entraîneuse-chef d’Équipe Canada, décorée de la médaille d’or aux Jeux olympiques de 2002, est même prête à apporter sa contribution.

« Où je suis rendue dans ma vie, je veux m’associer avec des gens qui croient, qui veulent avancer, qui ont un certain sens de la vision et d’affaires. Alors, je ne dis pas non. »