L’AMA renonce à sanctionner la Russie, mais maintient la pression

Le président de l’Agence mondiale antidopage, Craig Reedie
Photo: Jean-Christophe Bott Keystone / Agence France-Presse Le président de l’Agence mondiale antidopage, Craig Reedie

La Russie a échappé mardi à de nouvelles sanctions de l’Agence mondiale antidopage (AMA), à laquelle elle avait tardé à fournir des données cruciales sur le dopage institutionnel des années 2011-2015, mais elle restera sous haute surveillance de cette instance dans les prochains mois.

La décision est tombée mardi à l’issue d’un comité exécutif du gendarme mondial de la lutte antidopage : le dépassement de deux semaines de la date butoir du 31 décembre pour ouvrir son ancien laboratoire moscovite aux experts de l’AMA ne justifie pas une nouvelle suspension de l’agence russe antidopage RUSADA.

« Plusieurs membres du comité exécutif ont exprimé leur déception de voir que la date butoir n’avait pas été respectée, mais sont convenus qu’aucune sanction ne devait être imposée pour cela », a expliqué le président de l’AMA, Craig Reedie, dans un communiqué à l’issue du comité.

Le comité exécutif, organe politique composé de représentants des gouvernements et du mouvement olympique, a suivi les recommandations du comité de révision de la conformité (CRC).

Cette décision de ne pas sanctionner la Russie représente « un grand pas en avant dans la bonne direction », même s’il « reste beaucoup à faire », a estimé le directeur général Olivier Niggli lors d’une entrevue à l’AFP à Londres. « Ce devrait être une très bonne nouvelle pour les athlètes du monde entier. »

« La RUSADA a complètement changé, c’est une nouvelle organisation », a-t-il ajouté. « Et ce dont tout le monde a besoin, c’est un bon système antidopage en Russie, c’est la clé pour l’avenir. »

Entre 2015 et 2016, la Russie a été au centre d’un des plus grands scandales de l’histoire du sport, avec les révélations sur un système de dopage institutionnel qui a pu bénéficier à un millier de sportifs dans une trentaine de disciplines, selon le rapport du juriste canadien Richard McLaren, missionné par l’AMA.

L’agence mondiale, vertement critiquée pour sa mansuétude quand elle avait levé en septembre dernier les sanctions frappant la RUSADA, rappelle toutefois que le pays reste sous surveillance. Ainsi, Moscou doit toujours fournir les échantillons restés au laboratoire dont l’AMA aura besoin pour d’éventuelles réanalyses. Un processus qui doit se terminer le 30 juin, selon l’agence mondiale.

Le directeur de la RUSADA, Iouri Ganous, s’est immédiatement félicité de cette décision. « On peut continuer le travail, passer à la deuxième étape », a-t-il réagi lors d’une conférence de presse. « Aujourd’hui, nous travaillons. Nos sportifs pourront participer [aux compétitions], aucune sanction ne sera prise contre eux […] Il y a encore un travail essentiel devant nous. C’est un processus long. »

Mais pour le président de l’agence antidopage américaine (USADA), Travis Tygart, porte-voix des partisans d’une ligne dure contre les Russes, la décision de l’AMA était « malheureusement attendue ».

« Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que justice soit faite alors que les informations du laboratoire de Moscou doivent encore être authentifiées ou pas, a-t-il souligné dans un communiqué. De toute évidence, il faut changer ce système mondial qui demande des comptes aux athlètes de façon stricte, mais permet à des États de corrompre les Jeux olympiques et de tromper à grande échelle les athlètes et le public. »

La Russie peut donc souffler pour l’instant. Les sanctions imposées par l’AMA de novembre 2015 à septembre 2018 lui ont rendu la vie plus difficile pour l’attribution de grandes compétitions, après les JO d’hiver de Sotchi en 2014 et l’obtention, fin 2010, de la Coupe du monde de football 2018.

La Russie reste néanmoins bannie à ce stade de toute compétition par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF), qui suit son propre processus.

En annonçant le 20 septembre la levée de la suspension de la RUSADA en vigueur depuis 2015, l’AMA avait assorti cette décision controversée de conditions strictes. Parmi elles, la récupération des milliers de données enregistrées pendant les années 2011-2015 au coeur du scandale, devait intervenir avant fin décembre 2018.

Une première mission de l’AMA au laboratoire, mi-décembre, avait échoué, pour raisons « logistiques » selon le Kremlin. Une deuxième mission, dépêchée début janvier, a finalement permis à l’agence de récupérer les données juste au moment où le CRC étudiait ses recommandations mi-janvier. Soit deux semaines après la date butoir.

Les milliers de données brutes récupérées à Moscou doivent à présent être authentifiées et analysées par l’AMA, qui espère pouvoir ouvrir des dossiers disciplinaires solides contre des sportifs.

D’où l’importance de récupérer les échantillons restés au laboratoire de Moscou, en tout cas ceux qui n’ont pas été détruits. Lors d’une téléconférence avec des journalistes, le chef du département des enquêtes de l’AMA, Günter Younger, s’est montré optimiste : « Nous avons déjà identifié les cas les plus suspects […] nous savons exactement ce que nous cherchons. »