Les Croates refont le coup aux Anglais

Mario Mandzukic a semé l’hystérie dans le camp croate avec le but vainqueur.
Photo: Yuri Corte Agence France-Presse Mario Mandzukic a semé l’hystérie dans le camp croate avec le but vainqueur.

On imaginait déjà une finale France-Angleterre, un bon vieux duel entre les Français et les Anglais, mais c’est finalement le rêve de la Croatie, un pays deux fois moins populeux que le Québec, qui s’est concrétisé mercredi.

L’Islande a beaucoup fait parler d’elle depuis ses succès à l’Euro 2016, mais on oublie souvent à quel point d’autres nations parviennent à faire des miracles avec des bassins de joueurs très restreints. La Croatie et ses quelque 4,2 millions d’habitants l’ont plus que jamais démontré mercredi en battant l’Angleterre 2 à 1 en prolongation, accédant à la première finale de la Coupe du monde de la FIFA de leur histoire.

Mis à part l’Uruguay, qui compte aujourd’hui 3,4 millions d’habitants, jamais un pays ayant une aussi petite population que celle de la Croatie ne s’était qualifié pour la grande finale du prestigieux tournoi.

Cette équipe croate, qui aligne plusieurs joueurs évoluant dans les plus grandes ligues de la planète — Luka Modric avec le Real Madrid, Mario Mandzukic avec la Juventus, Ivan Rakitic avec le FC Barcelone —, a remporté son duel face à l’Angleterre de la manière avec laquelle elle s’est faufilée jusqu’en demi-finale : en travaillant d’arrache-pied et en ne baissant jamais les bras.

Face à une jeune et talentueuse équipe anglaise, qui a pris les devants dès la 4e minute grâce à un superbe coup franc du défenseur Kieran Trippier, c’est l’expérience croate qui a fait pencher la balance.

D’abord avec le but égalisateur d’Ivan Perisic (29 ans), marqué de la tête, puis grâce à la volée décisive de Mandzukic (32 ans) lors de la deuxième période de prolongation.

Ce dernier est l’un des joueurs les plus prolifiques de l’histoire du soccer croate, mais il a assurément inscrit mercredi le but le plus important de sa carrière internationale.

Quelques instants après s’être fait voler un but par le portier anglais Jordan Pickford, prétendant au titre de gardien du tournoi, il s’est à nouveau retrouvé seul devant la cage anglaise et a refusé de se faire dire non une seconde fois.

La constance porte ses fruits

Après la guerre tactique de la première demi-finale France-Belgique mardi, ce choc Angleterre-Croatie a donné lieu à un match plus décousu, marqué par des revirements, des bousculades et bien des chances bousillées.

Les Anglais n’ont apparemment pas su quoi faire de leur avance hâtive. Ils se sont repliés dans leur zone pendant une bonne partie de la rencontre et ont eu l’air complètement sonnés lorsque la Croatie est parvenue à ramener les deux équipes à la case départ à la 68e minute.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les supporteurs britanniques affichaient une mine déconfite au pub Burgundy Lion à Montréal.

Dans un match aussi ouvert, les Three Lions s’en voudront sans doute de ne pas avoir converti des occasions en or, comme ces deux chances ratées coup sur coup par l’as buteur Harry Kane à la 29e minute, ou encore cette tête de John Stones repoussée par un défenseur croate sur la ligne de but lors de la prolongation.

Au bout du compte, le but gagnant de la Croatie a récompensé une performance inspirée. Les Croates ont terminé la rencontre avec 22 tirs contre 11 pour les Anglais, dont 7 cadrés contre un seul. Ils ont aussi été dominants au chapitre de la possession de ballon, des tacles et des passes réussies.

Finaliste négligé

L’Angleterre affrontera donc la Belgique samedi, lors d’un match pour la troisième place opposant deux équipes qui ne voulaient que de la première. Reste maintenant à voir ce que fera la Croatie dimanche à Moscou face à la France, un adversaire qui est lui est en apparence bien supérieur.

Les Bleus, septièmes au monde selon le classement de la FIFA, sont des habitués des grands rendez-vous, tandis que la Croatie (20e) est l’équipe la moins bien classée à accéder à la finale de la Coupe du monde depuis que ce palmarès mondial a été publié pour la première fois en 1993.

Les Croates auront-ils assez d’énergie pour tromper la vigilance des Français après trois périodes de prolongation en autant de matchs ? Et parviendront-ils à contenir les attaques de la France, qui n’a jamais été à court de solutions depuis le début de la phase éliminatoire ?

En 2016, plus de 98 % des quelque 330 000 Islandais étaient devant leur téléviseur pour voir leur équipe nationale venir à bout de l’Angleterre et accéder aux quarts de finale de l’Euro. Les Croates auront sans doute besoin d’un soutien aussi massif pour surprendre la planète dimanche et soulever le trophée doré.