Plus de violence conjugale pendant la Coupe du monde

Des partisans anglais célèbrent la victoire des Three Lions après le match contre la Suède à la Coupe du monde de soccer, en Russie.
Photo: Maxim Zmeyev Agence France-Presse Des partisans anglais célèbrent la victoire des Three Lions après le match contre la Suède à la Coupe du monde de soccer, en Russie.

Qualifiée pour la demi-finale de la Coupe du monde, l’Angleterre affrontera la Croatie mercredi. Un rendez-vous attendu par les passionnés de soccer, mais redouté par de nombreuses femmes, plus à risque d’être victimes de violence conjugale pendant les grands événements sportifs.

« Si l’Angleterre est battue, elle le sera aussi », indique une publicité-choc qui représente une femme dont les coups portés au visage ont tracé une croix rouge de sang sur sa bouche, dessinant ainsi le drapeau britannique.

La campagne de prévention a été lancée par le National Centre for Domestic Violence (NCDV) au Royaume-Uni, pendant que les Three Lions multipliaient leurs exploits sur le terrain en Russie. L’organisme souhaite sensibiliser la population en rappelant que les cas de violence conjugale augmentent de 26 % lorsque l’Angleterre gagne et de 38 % quand elle perd.

Les chiffres s’appuient sur une étude de l’Université de Lancaster, publiée dans le Journal of Research in Crime and Delinquency en 2014, et qui se base sur les plaintes signalées à la police lors des dernières Coupe du monde, en 2002, en 2006 et en 2010.

Un phénomène alarmant qui trouve écho dans le monde entier. La campagne du NCDV montre aussi la photographie d’un pansement qui recouvre une blessure rougeâtre prenant la forme du drapeau suisse sur le visage d’une femme. Ou encore celle d’un gros hématome sur une épaule, à l’image du soleil rouge sur le drapeau du Japon.

Au Canada, une étude de l’Université de Calgary publiée en 2017 a également constaté que les violences conjugales augmentaient dans d’autres sports. C’est le cas durant le Stampede — le plus grand rodéo en plein air du monde — et quand l’équipe de football de Calgary se retrouve sur le terrain.

Les chercheurs ont noté une hausse de 15 % quand les joueurs du Stampede de Calgary affrontent leur principal ennemi, les Eskimos d’Edmonton. Les chiffres grimpent à 40 % si l’équipe atteint la finale de la coupe Grey.

Plusieurs facteurs

Le sport en soi n’est pas un déclencheur de ces violences, notent les différentes études. L’alcool qui coule à flots pendant ces moments particulièrement remplis d’émotion serait davantage un facteur à considérer.

« On parle d’hommes qui ont déjà un potentiel de violence à l’intérieur d’eux. Quand leur équipe joue il y a cette idée de masculinité et de rivalité, l’alcool n’aidant pas, ils se désinhibent complètement et perdent toute notion de responsabilité », explique Stéphanie Vallée, présidente de L’R des centres de femmes du Québec, qui vient en aide aux victimes de violence conjugale.

De son côté, la responsable du soutien clinique pour SOS Violence conjugale, Claudine Thibaudeau, montre du doigt l’ambiance sexiste dans laquelle baignent les événements sportifs. « Il y a beaucoup de publicités qui viennent augmenter ce sentiment de légitimité du pouvoir de l’homme, avec des publicités sexistes qui dévalorisent les femmes. »

Elle précise qu’il est difficile de faire le lien entre la violence conjugale et le sport au Québec, puisque peu d’études se sont penchées sur le sujet. Les hausses d’appels qu’enregistre son organisme sont plutôt liées à des événements médiatisés. « On a eu plus d’appels quand on parlait de l’affaire Guy Turcotte. Des fois, c’est en lien avec des téléromans qui parlent de violence conjugale, ça encourage à appeler », indique-t-elle.