La fin des hôtesses sur la piste, mais pas dans les rues

Il suffit d’une brève promenade au centre-ville de Montréal pour constater que les hôtesses et les rutilantes voitures font encore bon ménage dans l’univers de la Formule 1.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Il suffit d’une brève promenade au centre-ville de Montréal pour constater que les hôtesses et les rutilantes voitures font encore bon ménage dans l’univers de la Formule 1.

Pour la première fois cette année, les grid girls, ces jolies hôtesses qui portent un panneau indiquant la position de chaque pilote sur la grille de départ, ne feront pas tourner les têtes sur la piste du circuit Gilles-Villeneuve dimanche. Le nouveau propriétaire de la Formule 1 a mis fin à cette vieille tradition, ce qui ne veut pas dire que les femmes en tenue moulante n’ont plus leur place en marge de l’événement.

Après avoir acquis la Formule 1 des mains de Bernie Ecclestone en septembre 2016, Liberty Media a procédé à plusieurs changements pour moderniser le sport automobile le plus prestigieux d’entre tous. L’un de ceux qui ont suscité le plus de réactions n’a pourtant rien à voir avec les courses, les voitures ou les pilotes.

En janvier, la société américaine a annoncé que les grid girls n’auront plus leur place en F1. « Employer des grid girls a été un élément de base pour les Grands Prix de Formule 1 pendant des décennies, mais nous avons le sentiment que cette coutume ne fait pas écho à nos valeurs, et qu’elle est clairement en contradiction avec les normes sociétales modernes, a déclaré le directeur commercial de la Formule 1, Sean Bratches. Nous ne pensons pas que cette pratique soit appropriée ou pertinente pour la Formule 1 et ses fans, anciens comme nouveaux, à travers le monde. »

Il a du même coup fait savoir que les séduisantes hôtesses seraient désormais remplacées par de jeunes pilotes automobiles, surnommés les « grid kids ».

Réactions opposées

Des groupes féministes et des associations qui défendent le sport féminin n’ont pas tardé à saluer la fin d’une pratique qui réduit selon eux la femme à un objet sexuel ou publicitaire, tandis que plusieurs grid girls sont montées au front pour défendre leur travail.

« Je suis outrée quand j’entends que les grid girls servent juste à se faire mater, a confié une de ces hôtesses au quotidien français 20 Minutes en février dernier. Il ne faut pas oublier que même si le public de Formule 1 est majoritairement composé d’hommes, il y a aussi des femmes, des enfants. […] Ils viennent voir les pilotes, les voitures, les grid girls. On fait partie d’une équipe, d’un tout, pour assurer un spectacle. »

Même certains pilotes, comme Max Verstappen (Red Bull) ou Nico Hülkenberg (Renault), se sont dits pour le maintien des hôtesses sur la piste.

Politique en vigueur

Au moment de dévoiler la programmation du Grand Prix du Canada il y a deux semaines, le promoteur de l’événement, François Dumontier, a salué l’entrée en scène des grid kids, tout en insistant sur les efforts que son organisation a déployés pour assurer le respect de la personne sur les sites où se tiennent des événements officiels.

Au début du mois de mai, les organisateurs du Grand Prix du Canada ont fait parvenir à tous leurs fournisseurs et partenaires une politique qui exige que « tous les exposants et autres participants commerciaux sur le site s’abstiennent de recourir aux services de représentantes féminines légèrement vêtues ».

« Seule sera estimée acceptable la présence sur le site et dans votre stand de personnel mixte et vêtu décemment », précise le document.

Petites tenues au centre-ville

Au centre-ville de Montréal, où se déroulent certaines des festivités entourant le Grand Prix du Canada, il suffit toutefois d’une brève promenade pour constater que les hôtesses et les rutilantes voitures font encore bon ménage dans l’univers de la F1.

Jeudi, en fin d’après-midi, plusieurs voitures de luxe sont exposées dans la rue Peel, sans autre artifice. Mais plus loin, au coin de la rue Saint-Catherine, chacun des véhicules disposés sur un long tapis rouge a son hôtesse. Les trois femmes vêtues d’une tenue noire moulante et de talons hauts sourient aux passants et prennent des photos avec ceux qui s’approchent.

« Les nanas qui étaient là, elles étaient toutes belles ! » lance un touriste français en allant rejoindre son ami.

Plus à l’ouest, sur Crescent, le portrait est semblable. À un endroit, de jeunes femmes légèrement vêtues interpellent les flâneurs pour les inviter à participer à un concours. À un autre, des hôtesses se tiennent devant les stands de bière pour tenter d’attirer des consommateurs.

La porte-parole du Groupe de course Octane, Sandrine Garneau, explique que le Grand Prix du Canada n’est pas l’organisateur des activités dans les rues Peel et Crescent, et qu’il ne peut donc pas imposer sa politique. Elle espère cependant que les responsables des festivités entourant la course iront « dans la même direction ».

La petite histoire des « grid girls »

L’origine des grid girls remonte aux années 1960. La mannequin et chanteuse japonaise Rosa Ogawa est considérée comme la première femme à avoir fait la promotion d’une course motorisée en apparaissant sur différentes affiches publicitaires. L’idée a ensuite été exportée et les hôtesses se sont multipliées dans les années 1970 et 1980. Eddie Jordan, patron de l’écurie de Formule 1 Jordan Grand Prix, a contribué à populariser la pratique dans les années 1990, a-t-il lui même déclaré dans un documentaire diffusé il y a quelques années. Son objectif annoncé était d’améliorer le spectacle, tout en offrant une vitrine aux commanditaires. Au fil des ans, plusieurs célèbres mannequins de leur époque ont pris place sur la grille de départ d’une course, comme Katie Price et Melinda Messenger.
2 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 9 juin 2018 07 h 06

    Le respect de quoi?

    Quand on nous chante la disparition des ''grid girls'' par respect pour la femme mais qu'en réalité il s'agit de répondre aux impératifs marketing de l'heure, et qu'elles seront remplacées par des ''grid kids'' pour démontrer un côté bon enfant on n'est pas innocents. D'autant plus qu'il est interdit d'adresser une question dans la angue maternelle d'un concurrent et d'un journaliste du pays et de la ville hôte, éh bien! Le fonds arrogant de ce sport d'élite et de riches affiche ses vraies couleurs.

  • Brigitte Des Rosiers - Abonné 9 juin 2018 08 h 13

    et le soutien-gorge

    Mesures féministes? Puritaines? On en perd notre latin. Doivent-elle porter le soutien-gorge?