La LHJMQ accusée de fabriquer des «bien-être sociaux»

Match entre l'Armada de Blainville-Boisbriand et les Voltigeurs de Drummondville, en 2017. Le sort des joueurs de la LHJMQ a été débatu ce jeudi à Québec.
Photo: Minas Panagiotakis Getty Images / AFP Match entre l'Armada de Blainville-Boisbriand et les Voltigeurs de Drummondville, en 2017. Le sort des joueurs de la LHJMQ a été débatu ce jeudi à Québec.

L’agent de joueurs Gilles Lupien accuse la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) de fabriquer des « bien-être sociaux » en série, notamment en leur versant une maigre allocation hebdomadaire.

Pire, le gouvernement libéral se fait désormais son complice en soustrayant les hockeyeurs qui fréquentent l’école à la Loi sur les normes du travail, ajoute-t-il.

« Les joueurs de hockey, à 15 ans, 16 ans, 17 ans, c’est […] des gagnants, c’est des gars qui travaillent en équipe, c’est des gars qui sont prêts à tout faire pour une compagnie. On ne les instruit pas, on fait des bien-être sociaux avec eux. Je sais que ça choque, mais c’est la vérité », laisse tomber M. Lupien lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale jeudi.

L’article 3 de la Loi énumère les travailleurs non visés par les normes du travail : les travailleurs autonomes, les employés des Forces armées, les stagiaires, etc.

La ministre du Travail, Dominique Vien, veut y ajouter au moyen de l’article 1 du projet de loi 176 — actuellement à l’examen de l’Assemblée nationale — les « athlète[s] dont l’appartenance à une équipe sportive est conditionnelle à la poursuite d’un programme de formation scolaire ». « C’est un article qui, en un coup de crayon, vient rayer les droits du travail de centaines de jeunes athlètes québécois », dénonce Gabriel Nadeau-Dubois.

Appui de QS

Le co-porte-parole de Québec solidaire appelle à la tenue d’« un vrai débat de société sur le statut de ces jeunes sportifs ».

« On ne demande pas que les normes du travail soient appliquées uniformément aux jeunes joueurs de la Ligue junior majeur parce que la réalité du hockey est particulière. […] Dans cette discussion-là, on pourra se poser les questions : qu’est-ce qu’une heure de travail dans ce domaine-là ? Est-ce que c’est une heure de voyagement, une heure d’entraînement ? Est-ce que c’est une heure de match ? » explique-t-il.

Pour l’heure, il exhorte Mme Vien à retrancher l’article 1, qui instaure selon lui une « discrimination basée sur le statut d’étudiant ». La ministre n’entend pas faire marche arrière, indique son attaché de presse, Florent Tanlet.

Finances précaires

Les joueurs ne sont pas des « travailleurs », mais plutôt des athlètes étudiants, martèle la LHJMQ. Celle-ci n’a pas rappelé Le Devoir jeudi. Les jeunes hockeyeurs ne paient pas un sou pour leur équipement, leur hébergement et leur transport. Ils reçoivent une allocation hebdomadaire de 60 à 150 $.

« Rendu à ce niveau-là, on ne joue plus, on travaille », soutient M. Lupien, ex-hockeyeur professionnel. « Il faut que tu sois à l’heure. [Quand] tu ne t’entraînes pas, tu es puni. Quand tu joues mal, tu es dans les journaux. Ça va mal. Il y a un stress énorme pour ces jeunes-là, à 60 $ par semaine. »

La survie de plusieurs équipes, dont les finances sont précaires,serait à coup sûr menacée si elles étaient contraintes d’améliorer les conditions de travail des hockeyeurs, soutient la LHJMQ.

M. Nadeau-Dubois souligne que les équipes de hockey junior majeur « rémunèrent tout le monde », dont des entraîneurs jusqu’à 250 000 $, « sauf les jeunes qui produisent le spectacle ».