La médaille des perdantes

Pour certains athlètes, monter sur le podium est l’objectif ultime. Une médaille olympique en ski de fond, peu importe la couleur, comblerait par exemple de bonheur un Alex Harvey, qui se mesure toute l’année à des dizaines de compétiteurs féroces, ou un Olivier Rochon, qui sait à quel point une victoire en ski acrobatique tient parfois à bien peu de chose.

Pour d’autres, le simple fait d’avoir une médaille d’argent autour du cou est tout simplement intolérable.

Entourée de ses coéquipières au centre de la glace après cette défaite crève-coeur subie dans la nuit de mercredi à jeudi aux mains des Américaines, la hockeyeuse canadienne Jocelyne Larocque a retiré sa récompense aussitôt qu’on la lui a remise.

Larocque, comme plusieurs autres Canadiennes, a vécu l’extase de l’or à Sotchi et ne pouvait pas trouver de quoi se réjouir avec cette deuxième place.

Son geste a aussitôt provoqué une tempête virtuelle dont les réseaux sociaux ont le secret : certains ont dénoncé un flagrant manque d’esprit sportif, alors que d’autres y ont vu la preuve que cette athlète est passionnée.

Quand on vise l’or, l’argent fait mal, tout particulièrement dans un sport où on peut deviner l’identité des finalistes avant même qu’une rondelle ait été mise en jeu.


 

Cette défaite des Canadiennes en grande finale du tournoi olympique est d’autant plus difficile à avaler que les Américaines leur ont servi cette année une médecine semblable à celle à laquelle elles avaient elles-mêmes goûté quatre ans plus tôt.

À Sotchi, c’est Marie-Philip Poulin qui a joué les héroïnes en marquant deux buts consécutifs, dont le filet gagnant en prolongation.

Cette fois, ce sont plutôt les jumelles Lamoureux — deux Américaines qui n’ont de français que le nom — qui se sont chargées du spectacle, Monique marquant le but égalisateur en fin de troisième période et sa soeur Jocelyne inscrivant le filet vainqueur lors de la séance de tirs au but grâce à une feinte des grands soirs.

Une manoeuvre tellement impressionnante qu’elle porte un nom, a expliqué la joueuse américaine après sa victoire : Oops ! I Dit It Again, comme le titre de cette chanson de Britney Spears. Apparemment, c’est l’un des entraîneurs de Lamoureux qui a proposé le sobriquet alors que la joueuse évoluait avec l’Université du Dakota du Nord.

L’histoire ne dit pas pourquoi il a été inspiré par le titre de cette chanson à succès, mais les paroles offrent peut-être une piste de réponse. Britney y raconte qu’elle a joué avec le coeur d’on ne sait quel homme. Et mercredi soir, Jocelyne Lamoureux a assurément brisé celui de ses adversaires.


 

Lorsque la poussière aura retombé, les hockeyeuses canadiennes contempleront leur médaille argentée et se résigneront sans doute à l’exposer à côté de celles qui ont une couleur plus glorieuse.

Elles n’ont peut-être pas remporté un cinquième titre olympique consécutif, mais elles ont joué de manière inspirée et ont dû s’incliner devant des joueuses qui l’étaient tout autant.

Lors du prochain cycle olympique qui s’amorce déjà en vue des Jeux de Pékin, en 2022, le camp canadien réfléchira sans doute à ce qu’il peut améliorer, peaufiner, revoir. On voudra réviser la recette et trouver la bonne pour reprendre le titre perdu.

Faut-il faire plus de place aux vétérantes ou au contraire ouvrir grande la porte aux jeunes ?

Doit-on améliorer le développement des joueuses en renforçant les programmes de hockey au sein du réseau universitaire canadien, au moment où les universités américaines tentent de recruter les meilleurs espoirs ?

Et peut-on accroître la visibilité du hockey féminin en offrant une plus grande vitrine à des équipes comme les Canadiennes de Montréal, dont les performances demeurent encore trop largement méconnues ?

Il faudra sans doute faire un peu de tout cela, mais il faut surtout espérer que, d’ici le prochain tournoi olympique, l’émergence de nouvelles prétendantes au titre permettra enfin de donner toute la valeur qui revient à cette médaille d’argent olympique, peu importe qui aura à l’enfiler autour de son cou.


 
4 commentaires
  • Robert Morin - Abonné 23 février 2018 05 h 11

    Le hockey féminin...

    ...vraiment plus passionnant que le hockey truffé d'accrochages, de jambettes et de mises en échec inutiles. Il mériterait effectivement beaucoup plus de visibilité, et pourquoi pas en profiter pendant que la Sainte-Flanelle à saveur anglo touche le fond du baril?

  • Antoine W. Caron - Abonné 23 février 2018 11 h 31

    Un beau match

    Passionnant à voir! Ça nous change de la NHL (que je ne regarde plus d'ailleurs). Par contre, pour les Canadiennes, il faut accepter la défaite: ça fait partie du fair-play. Elles ne sont pas propriétaires de la médaille d'or à vie! Les Américaines ont simplement mieux joué dans ce match, en particulier le jeu de passes et de position. A la prochaine fois!

  • Andres Ponce De Leon - Abonné 23 février 2018 17 h 56

    Faisons le test!

    Ce que cette joueuse a fait, n'a de sens que si elle avait été disposée à retirer de son cou la médaille d'or gagnée dans une circonstance inversée, où l'équipe canadienne décroché l'or.

  • André Joyal - Inscrit 23 février 2018 21 h 00

    Français que de nom...

    les deux Lamoureux. Oui, mais c'est le même constat du côté canadien où on ne compte plus les athlètes et entraineurs qui portent des noms typiquement québécois et qui ne parlent pas un mot de français.L'anglicisation dans le ROC a fait son oeuvre.Triste.