À l'assaut des toits du monde

Monique Richard s’entraîne sous la supervision du kinésiologue Stéphane Goyette.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Monique Richard s’entraîne sous la supervision du kinésiologue Stéphane Goyette.

Tout a commencé dans le bureau d'une psychothérapeute, il y a cinq ans. Propriétaire d'un bistrot, Monique Richard n'était pas heureuse: la gestion de mille détails, l'absence de temps libres, cela lui pesait, à tel point qu'elle avait décidé de consulter une spécialiste. Elle lui disait qu'elle avait besoin de simplicité, envie de partir, de voyager. «Elle m'a parlé du chemin de Compostelle. Ç'a fait un clic dans ma tête.» Quelques semaines plus tard, elle est partie. Deux mois à marcher toute seule sur les routes de France et d'Espagne. Une bagatelle: 1600 kilomètres. «J'ai vu que c'était vraiment de ça que j'avais envie», raconte-t-elle.

Elle a vendu son commerce. Comme elle aime marcher et être dehors, elle a obtenu un emploi de factrice à Postes Canada. Puis, profitant de ses moindres congés, elle est repartie. Compostelle encore. Puis, en 15 jours et hors saison, le sentier de grande randonnée GR 20, en Corse, réputé le plus exigeant d'Europe. «Ç'a été le coup de foudre avec la montagne, dit-elle. J'ai pris conscience de mes aptitudes, de combien j'aimais ça, grimper, marcher vite, de combien je m'épanouissais là-dedans. Je me suis donc lancé un défi, celui d'aller plus haut.» La montagne allait carrément devenir sa compagne de vie.

Aller plus haut, cela signifierait d'abord l'ascension des 5892 mètres du mont Kilimandjaro, en Tanzanie, en novembre 2009. Ensuite, l'Elbrouz, en Russie. En janvier dernier, l'Aconcagua, en Argentine. En juin, le McKinley, en Alaska. Il y a quelques semaines, le Puncak Jaya, aussi appelé pyramide Carstensz, en Indonésie. Demain, dimanche, Monique Richard s'envolera pour le Népal et s'attaquera, en octobre, au toit du monde, l'Everest, sixième étape de sa tentative un peu folle de devenir la première Québécoise à vaincre le plus haut sommet de chacun des sept continents. Le tout en deux ans et des poussières.

«Monique est très forte mentalement»

Un matin d'août, la Montréalaise de 36 ans s'entraîne au Midtown Le Sporting Club Sanctuaire sous la supervision du kinésiologue Stéphane Goyette, expert en conditionnement physique, comme elle le fait plusieurs fois par semaine. Celui-ci la soumet à une série d'exercices visant, explique-t-il, à développer son endurance, mais aussi à la déstabiliser et à la forcer à s'adapter, tout comme la haute montagne présente des embûches imprévues dont il faut se dépêtrer rapidement. La machine est poussée à bout. L'alpiniste sue à grosses gouttes. Mais jamais elle ne songe à abandonner. «Monique est très forte mentalement. Quand elle a quelque chose dans la tête, elle ne l'a pas dans les pieds», dit-il. Et ce qu'elle a en tête, ajoute-t-elle, c'est «l'occasion de ma vie de me dépasser, d'aller au bout de moi-même et de voir ce que j'ai dans les tripes».

Quand elle a conquis le Kilimandjaro, Monique Richard n'entretenait pas encore l'ambition de s'offrir les sept sommets. Il s'agissait plutôt d'un baptême du feu, en quelque sorte. «Comme première montagne, c'est super, parce que ce n'est pas technique, et tu peux voir comment ton corps s'acclimate en haute altitude sans avoir vraiment d'expérience en alpinisme. J'ai adoré la sensation. Partir la nuit pour se rendre au sommet. Regarder le soleil se lever au-dessus des nuages, c'est un moment privilégié. Un tas de sensations que je n'avais jamais éprouvées avant. Il y a une réelle ivresse de l'altitude», souligne-t-elle.

Redoubler d'ardeur

Rentrée à la maison, elle a assisté à des conférences sur l'alpinisme et lu des livres sur le sujet. Elle fut invitée à une expédition sur l'Aconcagua, mais les circonstances firent en sorte que l'Elbrouz (5642 m) se retrouva d'abord sur son itinéraire. «Après l'Elbrouz, je ne me trouvais pas assez expérimentée. À ce moment, les sept relevaient bien davantage du rêve que du projet. Je commençais à penser à l'Everest, mais je me disais que ce serait pour beaucoup plus tard», dit-elle.

Après de petites (!) virées du côté du mont Blanc, du camp de base Everest et du Lobuche, au Népal, elle attaque l'Aconcagua. Ce ne sera pas précisément une balade d'agrément. «J'ai failli ne pas réussir. Les derniers mètres, j'étais malade, j'avais mal à la tête, je vomissais pratiquement à chaque pas. Ça m'a donné toute une leçon. Je me suis dit que la prochaine montagne, il allait falloir que je la gère.» Elle redouble d'ardeur à l'entraînement, convaincue dès lors qu'elle allait tenter les sept sommets. «Et au McKinley, c'était beaucoup plus technique que tout ce que j'avais fait jusque-là. Mais cette fois, j'étais prête.»

Mais on ne contrôle pas toujours son environnement. Pour gravir le Puncak Jaya, dans l'île de Nouvelle-Guinée, elle a choisi de passer par la jungle, «et 85 % du parcours était fait de boue». À la descente, des troubles civils dans l'agglomération située au bas de la montagne les ont forcés, ses accompagnateurs et elle, à emprunter un autre versant. Interdits de passage à travers une mine, ils ont été coincés pendant six jours dans un espace d'une centaine de mètres et ont dû coucher dans un conteneur. Il a finalement fallu que l'ambassade canadienne intervienne. Pendant de longs moments, elle a cru son aventure himalayenne compromise.

La fenêtre météo la plus difficile

Pour l'ascension de l'Everest, «l'inaccessible étoile», elle a opté pour le versant sud, népalais. Elle a aussi retenu la fenêtre météo la plus difficile, octobre plutôt que mai-juin. Les journées sont plus courtes, les alpinistes, beaucoup moins nombreux et les risques, plus élevés. Et c'est la première fois qu'elle devra utiliser des bonbonnes d'oxygène. «Je sais que j'ai une bonne étoile. Je sais que les décisions que j'ai prises m'ont toujours rapporté. Je suis très motivée. Je vais tout faire pour réussir, mais je ne m'en vais pas me tuer», dit-elle.

Et si elle réussit, il lui restera à conquérir le massif Vinson (4892 m), en Antarctique. Elle pourrait s'y rendre dès décembre — «une forte possibilité» — et même tenter de rallier le pôle Sud à ski, mais tout dépendra du financement. Car la passion de Monique Richard lui coûte cher, n'hésite-t-elle pas à confier: les frais de son expédition au Népal s'élèvent à 47 000 $ en tout. «J'ai vendu mon auto, j'ai vendu ma moto, j'ai vendu mon condo et j'ai vidé mon compte de banque», explique-t-elle. Si elle a du temps grâce aux congés sans solde que lui accorde Postes Canada, «il faut qu['elle] trouve de l'argent. [Elle] cherche des commanditaires»!

Et si tout se déroule comme espéré, qu'y aura-t-il après? Elle continuera de porter son foulard évoquant la peau du léopard, animal qu'elle a aperçu lors d'un safari et qu'elle a adopté comme fétiche. Pour le reste: «Je ne sais pas, on verra. Je vais continuer à faire de l'escalade, mais à un rythme moins soutenu. Peut-être un livre, peut-être un film. J'ai fait beaucoup de sacrifices depuis deux ans. Je me suis mis beaucoup de pression, mais je l'assume. Je veux m'amuser. M'amuser et partager.»
 
2 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 27 août 2011 14 h 11

    Quelle histoire extraordinaire

    Monique, propriértaire d'un bistrot, n'était pas heureuse.
    Elle consulte une psychothérapeute qui lui parle du chemin de Compostelle, ce qui fait clic dans la tête de Monique. En marchant, "j'ai pris conscience de mes aptitudes", dit Monique.
    Cinq ans plus tard, elle grimpe sur tous les toits du monde.

    Question: cette psychothérapeute, elle voudrait pas devenir premier minstre?

  • michel@leportageur.com - Inscrit 27 août 2011 21 h 04

    Bravo! Monique!

    J'aimerais bien la suivre! après le Kilimandjaro l'été dernier , je n'attends que la prochaine occasion de faire une ascension . L'Anacongua est sur la liste. l'Everest est beaucoup plus dangereux , Bonne chance Monique!