Construire un van à son image

À bord de leur van acheté, loué ou fabriqué, certains partent à l’aventure dans le confort de leur bulle familiale, d’autres y voient un nouveau mode de logement.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir À bord de leur van acheté, loué ou fabriqué, certains partent à l’aventure dans le confort de leur bulle familiale, d’autres y voient un nouveau mode de logement.

En plein essor ces dernières années grâce à Instagram, le mouvement vanlife a connu un bond de popularité sans précédent pendant la pandémie au Québec. À bord de leur van acheté, loué ou fabriqué, certains partent à l’aventure dans le confort de leur bulle familiale, d’autres y voient un nouveau mode de logement. Pour le deuxième texte de cette série, Le Devoir est parti à la rencontre de trois couples qui ont décidé de faire un van de leurs mains. Un dossier d’Annabelle Caillou

Christine Aubé, Pascal Maisonneuve et Charlie Maisonneuve

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir «On est partis de zéro, mais Internet nous a beaucoup aidés», dit Chrisine Aubé, ici avec son conjoint, Pascal Maisonneuve, et leur fille Charlle.

« Avec la pandémie et le confinement, on a compris que ce sont nos dernières années à profiter de moments avec notre fille de 11 ans avant qu’elle soit ado et que ça devienne plate de rester avec ses parents. Alors, on s’est dit : “OK, let’s go, on s’achète un van, on le fait par nos propres moyens et on fait plein de petits road trips ensemble” », explique Christine Aubé.

C’est ainsi, sur un coup de tête, qu’elle et son conjoint, Pascal Maisonneuve, sont partis à la recherche d’un van d’occasion cet hiver. Un coup de tête quand même réfléchi, précise-t-elle. « On a toujours aimé les road trips, mais on commençait à haïr ça, camper en tente. Tu pognes toujours la pluie, tu passes plus de temps à préparer et à ranger qu’à profiter du camping. On se disait qu’un van, ce serait l’idéal : du confort, de l’autonomie, de la liberté, de la simplicité. Mais on n’avait jamais franchi le cap. » La pandémie leur a donné le petit coup de pouce dont ils avaient besoin pour se lancer dans ce projet de longue haleine.

Coincé à la maison en raison du confinement, le couple de Saint-Jérôme a pris le temps d’éplucher toutes les petites annonces sur Kijiji ou Marketplace pour trouver la perle rare… et pas chère. L’objectif était de se doter d’un véhicule motorisé et de le convertir pour moins de 15 000 $ en tout. « On a fini par trouver pour 4500 $ un van de 2001, un Fourgon Savana, avec encore une bonne mécanique. Il était vraiment sale par contre, c’était difficile de le regarder et de se projeter, mais on ne s’est pas découragés », précise-t-elle.

Malgré le froid et la neige, ils se sont tout de suite mis à retaper leur van chaque week-end. « On est partis de zéro, mais Internet nous a beaucoup aidés. Mon conjoint est un grand débrouillard et, moi, j’apprends vite, dit-elle. C’était important de pouvoir tout faire nous-même. C’était une façon de sortir de notre zone de confort, de nous lancer un défi et d’avoir un beau projet de couple. Et bien sûr, on voulait aussi économiser de l’argent. »

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir

Comme pour beaucoup, c’est l’installation du système électrique qui a été le plus grand défi et leur a causé des maux de tête. Enlever la rouille et refaire la carrosserie du véhicule a également nécessité de nombreuses heures de travail.

« Il y a plein de détails auxquels on ne pense pas en amont qui ont aussi pris un temps fou, par exemple fixer le frigidaire pour que ce soit sécuritaire quand on roule. Plein de petites choses comme ça nous ont retardés », indique Christine Aubé.

La fin des travaux initialement prévue pour début mai a dû ainsi être décalée à juin, puis à juillet. Au moment où Le Devoir l’a contactée, la famille était justement sur le point de profiter du long congé de la fête du Canada pour faire une première sortie officielle dans Charlevoix.

« On est pas mal fiers du résultat final. On a réussi à faire un van à notre image, dans lequel on va être bien à trois. On a même installé une petite terrasse sur le toit. Je nous y vois déjà », ajoute-t-elle, ne pouvant plus cacher sa hâte d’enfin partir à l’aventure avec sa famille.

Julie Beaulieu et Alexis Dubé-Duquette

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Encore étudiants à la maîtrise, Julie Beaulieu et Alexis Dubé- Duquette n’ont pas compté leurs heures de travail consacrées à imaginer et à transformer ce van vide en une petite maison sur roues.

« On est bons en science, mais la construction, c’est vraiment pas notre domaine », dit Julie Beaulieu en riant.

La jeune femme de 26 ans s’est lancée avec son conjoint, Alexis Dubé-Duquette, dans un projet de conversion de van ces derniers mois. Le couple, qui termine sa maîtrise en sciences à l’Université de Sherbrooke, rêvait de partir après ses études pour un long voyage de six à huit mois. « Vu qu’on veut faire le Canada, les États-Unis et le Mexique, on s’est dit que l’idéal, pour ne pas dépendre du bus qui coûte cher à la longue, c’était de partir en van. Mais quand j’ai vu que neuf, ça pouvait aller jusqu’à 100 000 $, on s’est dit qu’on allait le faire nous-même », précise-t-elle.

Leurs recherches ont commencé l’automne dernier. Grâce à une petite annonce sur Facebook, ils ont trouvé en octobre un van d’occasion à 36 000 $. Le couple compte y investir 18 000 $ de plus pour la conversion. « J’ai passé des mois à magasiner les matériaux, dont les prix ont beaucoup augmenté durant la pandémie. Je sautais sur les rabais, je cherchais l’endroit qui proposait les prix les moins chers. En ce moment, on est même en dessous de notre budget. »

C’est compter sans les nombreuses heures de travail consacrées à imaginer et à transformer ce van vide en une petite maison sur roues. Les travaux ont commencé début mai, lorsque Julie Beaulieu est retournée vivre chez ses parents, à Mercier, profitant de leur garage pour stationner son van et y commencer les travaux. La jeune femme ne peut toutefois s’y consacrer autant qu’elle voudrait. « Je travaille trois jours par semaine. Ensuite, les journées où il pleut, je suis sur mon mémoire de maîtrise et, lorsqu’il fait beau, je travaille sur le van. Oui, MétéoMédia gère ma vie », ajoute-t-elle en éclatant de rire.

Elle peut heureusement compter sur l’aide de son père et de son conjoint, qui la retrouve chaque fin de semaine. « YouTube est devenu notre meilleur ami, on y trouve notre inspiration pour l’aménagement et on apprend comment faire les travaux. »

Il a fallu commencer par nettoyer le véhicule et enlever la rouille avant de commencer à isoler l’intérieur, explique-t-elle. Au moment de l’entrevue, ils terminaient de poser le système électrique pour ensuite s’attaquer à la finition des murs. « C’est la partie la plus longue, les fils électriques. C’est complexe, et tu veux bien faire ça, parce que tu ne peux pas revenir en arrière. Il faut tout planifier. »

Malgré les questionnements, les doutes et les impasses, Julie Beaulieu dit adorer son expérience. « C’est un projet un peu fou, mais qui nous tient à cœur. À force, on s’est même attachés au van. On l’a nommé Galaxie. On s’y est même fiancés récemment. Nos souvenirs commencent déjà », confie-t-elle.

Le défi reste maintenant de finir la conversion dans les temps. Le couple souhaite partir début septembre, juste après avoir reçu la deuxième dose du vaccin contre la COVID-19.

Patrick Dussault et Caroline Lajoie

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «C’est encore plus difficile qu’une maison, parce qu’il n’y a rien de droit», souligne Patrick Dussault, ici avec Caroline Lajoie et leur chat.

« Je suis rendu à la retraite, alors pourquoi ne pas me faire un van ? J’ai bien été capable de me bâtir une maison écoénergétique », dit Patrick Dussault.

Cela fait des années qu’il passe ses vacances sur les routes du Canada avec sa conjointe, Caroline Lajoie. Des véhicules motorisés, ils en ont loué beaucoup. Ils en ont aussi acheté — et revendu — cinq. Mais chaque fois, ils avaient ce sentiment de ne pas être complètement satisfaits : un air climatisé qu’ils ne supportent pas, un lit à faire et à défaire chaque jour, un véhicule trop gros, un espace mal aménagé pour leurs besoins. « C’était toujours beaucoup de compromis. »

L’idée de convertir un van de ses propres mains a finalement commencé à germer dans la tête de Patrick
Dussault en décembre dernier. « J’ai commencé, pour le fun, à faire des plans. Ça prenait forme, et le rêve montait tranquillement dans ma tête. J’ai fini par me décider, même si c’est un peu épeurant de se lancer dans le vide », raconte-t-il.

En une semaine, il a vendu son ancien van et s’est lancé dans la recherche d’un Dodge Caravan pour son projet. « Ça commençait mal parce que je ne savais pas qu’il y avait une rareté pour ce type de véhicule, il y avait un an et demi d’attente. Par chance, je suis tombé une semaine après sur l’annonce de quelqu’un qui vendait le sien à Repentigny. Ça ne m’a pas laissé le temps de me décourager. »

Les travaux n’ont toutefois pas pu commencer aussi vite qu’il l’aurait voulu. Sa maison à Oka n’ayant pas de garage, difficile de travailler sur son van en plein hiver. Il en a donc profité pour faire installer quelques morceaux par des professionnels, comme des fenêtres coulissantes et un système de ventilation.

Arrivé en mars, il était fin prêt à se mettre à l’ouvrage. Isolation, fils électriques, plancher, murs, meubles : Patrick Dussault s’est débrouillé par lui-même, en prenant seulement une ou deux fois des conseils sur Internet lorsqu’il était dans une impasse. « Plomberie, électricité, menuiserie, charpenterie… faire un van, c’est tout ça à la fois. […] C’est encore plus difficile qu’une maison, parce qu’il n’y a rien de droit, c’est arrondi par endroits. Un vrai casse-tête », confie-t-il, conseillant à tous ceux qui souhaiteraient l’imiter de s’armer de beaucoup de patience et de motivation.

Malgré ces deux mois et demi de dur labeur, à travailler temps plein sur le projet, à en rêver même la nuit, il ne regrette pas une seconde de l’avoir fait. « C’est un accomplissement incroyable, dit-il. On a
surtout un van à notre image. On a notre lit double fixe, les rangements nécessaires, notre coin lounge, des panneaux solaires pour être autonomes et s’arrêter où on veut. Et s’il y a le moindre pépin — parce qu’il y en a toujours —, je vais savoir comment le régler facilement. »

Et même si ce n’était pas un but absolu, son van aura coûté moins cher que les modèles neufs sur le marché, qui sont vendus en moyenne entre 80 000 et 150 000 $.

Lorsque Le Devoir l’a contacté, le couple s’apprêtait à plier bagage avec ses deux chats pour tout l’été. Direction Terre-Neuve.

Un mode de vie pas si récent

« Aménager son véhicule pour y passer des jours, des semaines ou y vivre à plus long terme ne date pas d’hier. On ne fait rien de nouveau, c’est juste une continuité, une modernisation de ce mode de vie », indique Dominic Arpin, auteur du livre Van Aventure : petit guide de la vanlife sans filtre, publié en juin. Il y raconte notamment l’histoire du van qui, contrairement à la croyance populaire, ne date pas de l’apparition du Westfalia dans les années 1950. C’est en 1855 que le premier véhicule récréatif moderne — encore tiré par des chevaux tout de même — voit le jour, créé par William Stables. « Il a le déclic en visitant la caravane d’une famille de gitans qu’il croise sur sa route. Inspiré par les yachts de luxe, il dessine les plans de ce qui allait devenir “The Wanderer”, une sorte de gros Winnebago victorien de luxe », écrit-il. Depuis, le van n’a cessé d’évoluer et de gagner en popularité. Au XXe siècle, ce sont les touristes qui prennent l’habitude de dormir dans leur voiture pour éviter de dépendre des horaires de trains et de dormir constamment à l’hôtel. En 1936, le premier campeur motorisé voit le jour, les Westfalia occupent ensuite le marché durant l’après-Seconde Guerre mondiale, devenant peu à peu l’icône de la génération des hippies. Il n’en faut pas plus pour que les constructeurs automobiles se lancent un à un dans le développement de leur propre modèle de van pour répondre à la demande. Bien sûr, la création du mot-clic #vanlife en 2012, par Foster Huntington, a fait décoller le mouvement à travers le monde. En 2021, il renvoyait à plus de 9 millions de publications sur Instagram.
 

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