La densification du Grand Montréal est «sur la bonne voie»

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
En une décennie, le PMAD a déjà réussi à atteindre l’une de ses cibles initiales de densification.
CCM En une décennie, le PMAD a déjà réussi à atteindre l’une de ses cibles initiales de densification.

Ce texte fait partie du cahier spécial Grand Montréal

À mi-chemin de l’horizon établi par le Plan métropolitain d’aménagement de développement (PMAD), les résultats sont déjà au rendez-vous. La croissance urbaine est de mieux en mieux maîtrisée dans la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), mais des défis se pointent à l’horizon.

Créer des quartiers à dimension humaine autour de projets de transports collectifs, densifier les milieux urbains, protéger les milieux naturels et agricoles : les objectifs du PMAD, lancé en 2011, sont ambitieux. Dix ans plus tard, force est de constater que les 82 municipalités, ainsi que les 14 MRC et agglomérations, vont dans la bonne direction, et que le territoire est reconnu, enfin, comme une richesse collective. « Ce n’était pas évident qu’on réussirait à rallier [tout le monde] », précise Jérôme Normand, membre du conseil de la Ville de Montréal et président de la Commission de l’aménagement de la CMM.

Ce succès s’explique entre autres par la prise en considération des réalités de chacun. « Le PMAD a permis de fédérer les élus municipaux et les citoyens autour d’une vision et d’un plan commun de développement du territoire métropolitain », résume la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Alors qu’historiquement, les villes devaient toutes se battre pour de nouvelles façons de récolter des revenus, une telle entente est importante puisqu’elle a réussi à établir une vision globale, au-delà des intérêts individuels.

Des objectifs ambitieux atteints ou en voie de l’être

Le PMAD avait pour objectif d’orienter 40 % de la croissance démographique à proximité des points d’accès au transport collectif, dans ce qu’on appelle des aires TOD (transit oriented development). Une décennie plus tard, on constate que ce seuil est déjà atteint. L’objectif a donc été révisé à la hausse, et l’on souhaite que 60 % des nouveaux ménages s’établissent dans l’une des 159 aires TOD de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). L’atteinte de ce nouvel objectif sera intimement liée aux investissements en transport collectif.

Même les couronnes nord et sud de Montréal se sont densifiées, et la croissance repose de moins en moins sur la maison individuelle. « Ça nous donne une première indication qu’on est sur la bonne voie », a confié Massimo Iezzoni, directeur général de la CMM, lors d’un webinaire dans le cadre de la 4e édition de l’Agora métropolitaine. L’atteinte de ces objectifs montre qu’il est possible de freiner l’étalement urbain lorsqu’on fixe des objectifs et qu’on suit leur progression.« On peut dire que l’expérience du PMAD démontre qu’il est possible de se doter d’orientations et d’objectifs communs pour un aménagement et un développement durable », ajoute Jérôme Normand. Favoriser la densité résidentielle permet d’offrir des milieux de vie de qualité, de réduire la pression sur le territoire agricole, et de favoriser le transport actif.

Photo: CMM La CMM doit composer avec des municipalités aux réalités très différentes alors que certaines sont urbaines et d’autres rurales, notamment.

La pandémie a par ailleurs donné un coup dur dans l’utilisation du transport collectif, dont l’évolution de la part modale était déjà faible (25 % en 2008, à 26 %, en 2018). Les objectifs du PMAD pour hausser la part modale à 35 % seront peut-être difficiles à atteindre, selon la durée des effets de la crise. « On est vraiment en retard, mais on n’a jamais eu autant de projets en transports collectifs », souligne toutefois Mme Plante.

La pertinence du PMAD

Malgré la pandémie, les efforts effectués dans le cadre du PMAD sont plus que jamais pertinents. « Le PMAD va dans la bonne direction », estime la mairesse. Si la crise sanitaire a accéléré certaines tendances, comme l’exode urbain, elle a rendu possibles des expériences urbaines qu’on croyait impensables, et mis en lumière l’importance de l’achat local et de la souveraineté alimentaire, la découverte de son quartier et la réappropriation des parcs urbains.

Le PMAD a ainsi démontré que les objectifs de densité territoriale, l’accent mis sur les transports collectifs, la protection des terres agricoles et des milieux naturels peuvent cohabiter. Mais la clé de son succès réside surtout dans l’adhésion des élus, de même que dans la consultation des citoyens. « Les bons outils et l’adhésion sont le gage du succès du Plan », ajoute Mme Plante.

Accélérer la cadence

Si la densification de Montréal et de ses environs est sur la bonne voie, les objectifs de protection des terres agricoles et des milieux naturels sont plus difficiles à atteindre. Seulement 10 % du territoire a été protégé, sur un objectif de 17 %, une mince amélioration depuis dix ans.

Les défis financiers sont également multiples, notamment en ce qui concerne le transport en commun, si on veut offrir plus de logements dans les aires TOD. L’offre de transport collectif est conditionnelle à des milieux denses pour que celui-ci soit efficace et rentable.

Si les 82 agglomérations soumises au PMAD ont pu contrôler leur densification, le problème semble s’être déplacé à l’extérieur des couronnes. L’étalement urbain gagne maintenant les pourtours de la CMM, en territoire périmétropolitain. Le développement résidentiel y repose encore sur la faible densité, avec la part de la maison individuelle à 35 %.

« Il faut maintenant commencer à regarder comment améliorer ce score en travaillant ensemble […], et réussir à freiner l’étalement urbain », souligne M. Iezzoni. Les acteurs appellent à un dialogue et à la mise en place d’ententes avec ces municipalités en périphérie, question que les gains acquis grâce au PMAD ne s’annulent pas. En effet, comme un bon pourcentage des gens qui habitent l’extérieur de la CMM y travaille (32 %), leurs comportements (94 % s’y rendent en voiture) ont un impact sur le territoire de la CMM : augmentation des coûts de gestion, du temps de déplacement et des émissions de gaz à effet de serre, en plus de la pression sur les infrastructures centrales (routes, infrastructures sportives, etc.).

Le Cadre d’aménagement provincial pour les MRC limitrophes n’est pas parvenu à freiner cet étalement. Il faut donc réfléchir aux outils à utiliser collectivement pour favoriser un aménagement durable pour la zone périmétropolitaine. Le gouvernement du Québec semble lui-même vouloir s’attaquer plus globalement au phénomène et lancera une conversation nationale pour établir une Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement du territoire.

Et comme l’a démontré le PMAD, c’est ensemble que nous réussirons à construire des villes agréables et fonctionnelles, tout en léguant aux générations futures des territoires habitables, cultivables et protégés. « C’est là que tout devient possible », conclut Mme Plante.



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