Un nouveau code du bâtiment pour un nouveau climat

Si un nouveau Code national du bâtiment est élaboré, cela ne veut pas dire qu’il sera immédiatement appliqué, car ce sont d’autres ordres de gouvernement qui organisent son entrée en vigueur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Si un nouveau Code national du bâtiment est élaboré, cela ne veut pas dire qu’il sera immédiatement appliqué, car ce sont d’autres ordres de gouvernement qui organisent son entrée en vigueur.

Nos maisons et nos immeubles ne sont pas toujours bien construits pour résister aux impacts des changements climatiques. Les règles de construction au Canada seront réformées pour s’adapter aux inondations, incendies, vagues de chaleur et tempêtes de vent. Mais des architectes pensent qu’il faut aller encore plus loin.

Le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) veut que les changements climatiques et les phénomènes météo extrêmes soient pris en considération quand viendra le temps de construire ou de réhabiliter des bâtiments, des routes ou des ponts.

Cela fait quelques années que l’organisme travaille sur le projet. De nouvelles règles sont déjà appliquées alors que d’autres sont encore en élaboration et pourraient voir le jour en 2025, dont une modernisation du Code national du bâtiment. Mais selon Antoine Mathys, architecte à L’Abri, le pays devrait aller beaucoup plus loin.

« Ce qu’ils élaborent est surtout palliatif, mais ce n’est pas préventif. Ce qu’ils proposent est nécessaire parce que les changements climatiques sont là, mais il faut des mesures pour endiguer à la source le problème. Et là, on tombe dans la question de l’efficacité énergétique et la carboneutralité », lance-t-il.

Il s’agit donc de faire des bâtiments qui génèrent moins de gaz à effet de serre et qui ont un impact positif sur l’environnement. « Les codes sont dépassés quand on parle d’atteindre des objectifs d’émission de gaz à effet de serre », estime M. Mathys. Il précise qu’au Québec, le secteur du bâtiment représente 30 % de la consommation totale d’énergie et génère 12 % des émissions de GES.

Son collègue à L’Abri, Francis Martel-Labrecque, voit de prime abord d’un bon oeil le fait que le fédéral se concentre sur la résilience climatique. « Ça implique des bâtiments plus solides et des fondations plus imperméables pour se protéger en cas d’inondations. On parle aussi de toitures plus résistantes aux vents forts et aux tornades », explique-t-il.

Mais il pense que les changements proposés sont très progressifs et qu’ils ne vont pas assez loin quand on se compare à des pays européens, qui ont des codes du bâtiment très exigeants.

Le Québec en retard

Si un nouveau Code national du bâtiment est en cours d’élaboration, cela ne veut pas dire qu’il sera immédiatement appliqué une fois mis en place, car ce sont d’autres ordres de gouvernement qui organisent son entrée en vigueur. À la firme d’architecture de Jonathan Bisson, à Québec, une équipe suit de près l’évolution des codes. « Le Code du Canada est renouvelé tous les cinq ou dix ans, mais il n’est pas toujours adopté instantanément par les provinces. Donc le Code national est toujours en avance », explique M. Bisson.

Et, parfois, cela peut être très long avant que le code le plus récent soit mis en oeuvre, explique Francis Martel-Labrecque. « Au Canada, le Code qui s’applique est celui de 2015. Mais celui utilisé par la plupart des municipalités date de plus loin. À Montréal, c’est le Code de 2005 et à Saint-Lambert, c’est celui de 1995 », expose-t-il.

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

Et si on se compare, on ne se console pas. Selon Jonathan Bisson, le Québec est à la traîne sur certains aspects et des provinces ont des codes supérieurs, comme la Colombie-Britannique et l’Ontario. « La Colombie-Britannique a des exigences de performance au-dessus de LEED. Par exemple, pour toutes les nouvelles constructions, particulièrement pour celles qui impliquent un changement de zonage ou des dérogations, on demande la carboneutralité », dit-il.
 

Mais selon lui, les changements à prévoir au fédéral vont inciter à la construction de bâtiment aux performances supérieures au Québec.

Et pourquoi cette différence entre les provinces ? Le coût de l’électricité est le facteur principal, selon Antoine Mathys. « Au Québec, nous sommes en retard parce que l’énergie ne coûte presque rien. L’énergie coûte cinq fois plus cher en Colombie-Britannique, alors ça donne un incitatif direct à proposer des mesures efficaces », dit-il. Les bâtiments sont donc mal isolés au Québec, ce qui entraîne plus de gaspillage d’électricité…

Des bâtiments mieux isolés

Les experts en bâtiment interrogés par Le Devoir s’entendent sur le fait qu’il faudrait des constructions plus étanches et mieux isolées.

« Selon nos calculs, les codes sont à la moitié de leur potentiel d’isolation thermique. On pourrait consommer beaucoup moins d’énergie. Les codes sont un strict minimum, mais c’est ça qui est suivi en réalité », explique Emmanuel Cosgrove, directeur de l’OBNL Écohabitation.

Or, ces considérations font partie des éléments pris en compte par le CNRC dans l’élaboration de « nouvelles lignes directrices sur la conception durable de l’enveloppe du bâtiment ». Il s’agit donc de voir comment isoler adéquatement un bâtiment et empêcher la chaleur d’aller à l’extérieur.

Les codes sont dépassés quand on parle d’atteindre des objectifs d’émission de gaz à effet de serre

Mais selon Antoine Mathys, il faudra voir de quelle façon ces intentions vont se concrétiser.

L’épineuse question des coûts

Construire des bâtiments mieux adaptés et plus efficaces coûte toutefois plus cher, et c’est généralement là où le bât blesse.

« On voit que les consommateurs peuvent faire les bons choix. Les constructeurs par contre, les promoteurs, sont dans un marché compétitif. Ils vont toujours descendre au plus bas dénominateur pour garder des prix concurrentiels », affirme Emmanuel Cosgrove. Selon lui, c’est là que les codes ont un rôle à jouer pour obliger l’utilisation de matériaux plus appropriés.

Selon Francis Martel-Labrecque, des normes très sévères peuvent causer des dépassements de coûts parfois élevés. À titre d’exemple, l’industrie s’entend pour dire qu’au Québec, les coûts liés à une construction Passive House, une certification écologique très élevée, sont supérieurs de près de 15 %. « C’est vrai au début, nuance-t-il. Les premiers qui vont faire ces maisons-là, ça va être plus complexe pour eux et coûter plus cher. »

Mais l’industrie peut s’adapter, pense-t-il. « En Belgique, en Allemagne, en Suisse et en Autriche, il y a une culture du bien construit. Les gens se sont adaptés. Quand ça devient la loi, les gens continuent à avoir besoin de maisons et ils construisent des bâtiments plus performants », dit-il.

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