Une ouverture en deux temps du nouveau pont Champlain

Du fleuve, on aperçoit le ciel qui s’immisce entre les trois corridors du pont, séparés les uns des autres par quelques mètres de vide.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Du fleuve, on aperçoit le ciel qui s’immisce entre les trois corridors du pont, séparés les uns des autres par quelques mètres de vide.

Le gouvernement du Canada a le sens de la fête : le nouveau pont Champlain accueillera ses premiers automobilistes le 24 juin en direction nord, puis le 1er juillet en direction sud. Une ouverture en deux temps qui permettra de garantir une transition sécuritaire et de finaliser la construction des voies d’accès.

À l’occasion d’une visite organisée pour la presse, lundi matin, journalistes, photographes et caméramans ont pu observer l’ouvrage, en bateau, à partir du fleuve Saint-Laurent.

Plus haut que l’ancien pont Champlain, la nouvelle structure s’étire sur 3,4 km avec comme point focal les haubans, qui lui confèrent élégance et finesse. Du fleuve, on aperçoit le ciel qui s’immisce entre les trois corridors du pont, séparés les uns des autres par quelques mètres de vide.

Le tablier du pont, qui emprunte une légère courbe, permet d’amplifier la vue vers le centre-ville.

Trois voies de circulation en plus d’une voie d’accotement composent les corridors nord et sud. Les voies d’accotement se transformeront en voies prioritaires pour les autobus pendant l’heure de pointe, d’ici à ce que le Réseau express métropolitain (REM) entre en service dans environ deux ans sur le corridor central du pont.

Une piste multifonctionnelle accueillera cyclistes et piétons le long du corridor nord (en direction de Montréal) et sera ponctuée de quatre belvédères. Elle devrait ouvrir d’ici la fin de l’été.

Pour l’instant, il est prévu que la piste multifonctionnelle sera fermée du 15 décembre au 15 mars. Mais des discussions sont en cours afin de permettre son ouverture toute l’année.

L’inauguration officielle du pont Samuel-De Champlain aura lieu le 28 juin en présence de nombreux dignitaires, dont l’architecte danois Poul Ove Jensen, qui a conçu le projet.

Six mois de retard

Annoncée en octobre 2011, la construction du nouveau pont Champlain, ainsi que son exploitation pendant les 30 premières années, a été confiée au consortium Signature sur le Saint-Laurent.

L’ouvrage — conçu pour durer 125 ans — sera livré avec environ six mois de retard. Le contrat de 4,2 milliards, auquel il faut ajouter un paiement de 235 millions annoncé en avril 2018, prévoyait une livraison au mois de décembre dernier.

D’importantes pénalités en cas de retard sont prévues au contrat : 100 000 $ par jour de retard pour les sept premiers jours, puis 400 000 $ par jour par la suite, et ce, pour un montant maximal de 150 millions. Des discussions sont toujours en cours entre Ottawa et le consortium privé quant au montant des pénalités qui devront être payées. Certains analystes estiment qu’elles pourraient s’élever à 75 millions de dollars.

« J’ai toujours dit que s’il y avait des retards, il y aura des conséquences », a répété lundi le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne.

Le ministre a souligné à La Presse canadienne que les deux parties poursuivent les négociations. « [Les discussions] vont quand même bon train. Il y a un processus de règlement des différends. Si les parties n’arrivent pas à s’entendre, il faudra alors se tourner vers un juge de la Cour supérieure. »

Encore des travaux

Une fois le pont ouvert, le consortium Signature sur le Saint-Laurent sera responsable de tous les aspects de l’exploitation de la structure, ce qui inclura l’assistance routière aux usagers, la surveillance des caméras de circulation, le déneigement, le déglaçage, l’entretien et le maintien des infrastructures.

De 40 à 60 millions de traversées sont enregistrées annuellement sur le pont Champlain, ce qui en fait l’un des ponts les plus achalandés au pays.

En entretien au Devoir, Alexandre Riendeau, président-directeur général du groupe Signature sur le Saint-Laurent, a fait valoir que le consortium — qui assume le risque — avait tout intérêt à construire une structure à l’épreuve du temps.

Ainsi, plutôt que d’appliquer sur la chaussée de l’asphalte sur une épaisseur de 60 mm, comme c’est le cas pour les ouvrages similaires, le consortium a plutôt opté pour 90 mm d’asphaltage afin que celui-ci soit plus résistant, a-t-il expliqué.

Poursuite du chantier

Le nouveau pont ne comporte que 8 joints d’expansion, contrairement aux 57 présents sur l’ancienne structure, ce qui rend la conduite automobile plus agréable. Des barres d’armature en acier inoxydable ont été intégrées au béton à certains endroits plus exposés au sel de déglaçage. Et du béton à haut rendement, « plus résistant à la pénétration du sel, aux cycles de gel-dégel et à l’abrasion », a été utilisé.

M. Riendeau souligne que l’ouverture du pont devait nécessairement se faire en deux temps.

« C’était impossible d’ouvrir les deux corridors en même temps parce qu’il y a des autoroutes de part et d’autre du pont qui s’entrecroisent entre le nouveau et le vieux pont. »

Une fois la circulation vers Montréal déviée sur le nouveau pont, quelques jours seront donc nécessaires pour construire une nouvelle voie d’accès permettant d’emprunter la nouvelle structure vers la Rive-Sud.

Plusieurs travaux devront encore être parachevés après le 1er juillet. Des travaux électriques à l’intérieur des poutres-caissons, des retouches de peinture et l’installation d’un éclairage architectural dont la luminosité et la couleur pourront être modulées sont notamment prévus. Le tout devrait être terminé d’ici la fin de l’année — à l’exception du REM.

Par ailleurs, depuis le début du projet, 4977 rapports de non-conformité ont été traités. Il reste toujours 845 dossiers ouverts, qui sont qualifiés de « mineurs » et qui sont « en voie de se régler ».

L’ancien pont Champlain — qui a vieilli prématurément en raison des sels de déglaçage — ne sera plus utilisé à partir du 1er juillet. Sa démolition, qui ne débutera pas avant plusieurs mois, devrait prendre environ trois ans et pourrait coûter jusqu’à 400 millions de dollars.

Avec La Presse canadienne

Le pont Champlain en chiffres

  • Plus de 9000 dalles de tablier
  • 74 piles
  • 37 chevêtres
  • 600 poutres-caissons
  • Plus d’un million de boulons
  • Jusqu’à 1600 travailleurs sur le chantier
  • 8,4 millions d’heures travaillées au total