Rapprocher les citoyens par la culture

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Des résidents du quartier Centre-Sud ont été conviés à prendre part à des ateliers de création de balados inspirés de la vie des commerçants de la rue Ontario.
Photo: David Dufresne-Denis / Sur Ontario Des résidents du quartier Centre-Sud ont été conviés à prendre part à des ateliers de création de balados inspirés de la vie des commerçants de la rue Ontario.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au printemps 2017, des résidents du quartier Centre-Sud ont été conviés par le Centre Turbine et l’artiste Chantal Dumas à prendre part à des ateliers de création de balados inspirés de la vie des commerçants de la rue Ontario. Ils ont été initiés à la captation sonore, à la réalisation d’entrevues et au montage sonore, y compris à la création musicale. Résultats : sept capsules radiophoniques de 3 à 5 minutes permettant de découvrir les petits commerces et l’histoire du quartier.

Développer l’appartenance

Il ne s’agit là que d’un exemple des nombreux exercices de médiation culturelle tenus sur le territoire montréalais ces dernières années. « La médiation culturelle est une approche d’action culturelle misant sur une rencontre, un échange et des formes de coconstruction entre des citoyens et des créateurs ou des œuvres culturelles sur un territoire », explique Nathalie Casemajor, professeure adjointe à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et codirectrice du Groupe de recherche sur la médiation culturelle (GRMC).

Il s’agit de favoriser la diversité des formes d’expression culturelle et de participation à la vie culturelle, mais aussi d’améliorer l’accès de la population aux moyens de création individuelle et collective. La Ville de Montréal a adopté cette approche en 2005 dans le cadre de sa première politique culturelle et l’a maintenue dans la seconde, adoptée en 2017. Plus de 900 projets de ce type y ont été réalisés jusqu’à maintenant. « Un projet ne se limite pas à une seule activité, précise Danièle Racine, commissaire à la médiation culturelle à la Ville de Montréal et codirectrice du GRMC. Les projets durent en moyenne 21 heures et comprennent plusieurs activités. »

Pour la Ville, l’utilisation de la médiation culturelle répond à deux enjeux. Celui de l’inclusion sociale et culturelle d’abord. Les projets visent à créer des liens et à favoriser l’expansion des réseaux personnels des citoyens et l’ouverture aux autres. Les projets constituent d’ailleurs de bonnes occasions de travailler à l’inclusion des populations marginalisées ou défavorisées. Celui de l’appartenance ensuite. Les projets de médiation culturelle s’ancrent beaucoup dans le territoire, notamment les quartiers et arrondissements. Ce n’est pas un hasard. Il s’agit de développer une proximité entre les citoyens et de stimuler la vie de quartier.

« Cette approche s’inscrit dans une tendance mondiale au développement de la culture locale et de proximité, ajoute Danièle Racine. On utilise le terme « médiation », car cela nous permet de parler des populations, de leur donner la parole et de favoriser la création de liens avec les artistes professionnels et les œuvres. »

Décloisonner la culture

Depuis une dizaine d’années, le GRMC s’intéresse à l’évolution des formes de la médiation culturelle ainsi qu’à ses résultats et impacts. Très ancré dans la pratique, le GRMC n’émane pas de l’INRS. « Le Groupe provient d’une initiative commune de praticiens qui souhaitaient développer des outils de réflexion sur la pratique et de documentation des projets et de chercheurs qui voulaient approfondir les connaissances sur ce sujet », raconte Nathalie Casemajor.

La médiation culturelle apparaît comme sujet d’étude universitaire au milieu des années 1990, d’abord en France, puis au Québec. La province a d’ailleurs développé une approche différente de celle qui domine dans l’Hexagone. En France, les institutions, notamment les musées, portent souvent la médiation culturelle, alors qu’ici les artistes, organisations et collectifs artistiques se trouvent au cœur de projets par ailleurs très ancrés dans les territoires.

La nouvelle version de la prochaine politique culturelle du gouvernement du Québec montre une volonté de miser sur la médiation culturelle pour décloisonner l’accès à la culture et les pratiques culturelles. Loin d’être restreinte au milieu culturel, la culture, y compris dans sa création, peut se vivre dans tous les milieux, que ce soit à l’école, dans le système de santé, dans les entreprises privées, etc.

Quant aux impacts de la médiation culturelle, ils ont été détaillés dès 2013 dans une étude dirigée par Louis Jacob et Anouk Bélanger, du Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal. Après avoir analysé divers projets pendant trois ans, les chercheurs ont relevé des impacts bien concrets sur les participants. Briser l’isolement, développer un sentiment d’appartenance et l’estime de soi, éduquer aux arts, favoriser le dialogue interculturel ou découvrir les infrastructures et l’offre culturelle du quartier en représentent quelques-uns.

« La durée est un facteur majeur, ajoute Nathalie Casemajor. Plus un projet se maintient dans le temps, plus ses impacts positifs se feront sentir et deviendront structurants. Il faut favoriser la pérennité des projets. »