Vélo: petit précis pour débats animés

Malgré un débat qui ressurgit périodiquement, le port du casque n’est pas obligatoire. Mais rappelons que circuler avec des écouteurs peut vous valoir une amende de 30 $ à 60 $.
Photo: Photos Annik MH de Carufel Le Devoir Malgré un débat qui ressurgit périodiquement, le port du casque n’est pas obligatoire. Mais rappelons que circuler avec des écouteurs peut vous valoir une amende de 30 $ à 60 $.

Les cyclistes étant de plus en plus nombreux sur les routes, les accrochages autour du partage de la chaussée sont de plus en plus fréquents. Mise au point sur cinq sources de friction.

L’immatriculation

Serait-il possible d’imposer une forme d’immatriculation aux vélos en circulation, un peu comme celles que les automobilistes paient chaque année ?

« Ce ne serait tout simplement pas viable comme système », lance la présidente de Vélo Québec, Suzanne Lareau, une légère pointe d’agacement dans la voix. Selon elle, les frais d’immatriculation ne pourraient qu’être minimes — les administrations optant actuellement pour cette mesure facturent entre 5 $ et 15 $ pour toute la durée de vie d’un vélo —, compte tenu du poids du véhicule et de son impact sur les infrastructures. Dans cette optique, ils seraient donc vite noyés dans les budgets de gestion de la mise en place d’un registre.

En ce sens, plusieurs villes du monde, dont Copenhague où des milliers de personnes effectuent leurs déplacements quotidiens à bicyclette, ont fait le calcul. Elles sont toutes arrivées à une conclusion similaire, à savoir que le ratio coûts-bénéfices n’est pas du tout avantageux.

Même son de cloche du côté de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) qui ne voit pas l’intérêt de mettre sur pied un tel registre. Et si certaines villes, dont Montréal, ont déjà imposé l’immatriculation, c’était surtout pour prévenir les vols, plutôt que pour prescrire des frais supplémentaires aux propriétaires de vélo. Aujourd’hui, des services de burinage sont disponibles pour les cyclistes qui le désirent. Ceux-ci ne sont toutefois pas obligatoires.

Par ailleurs, les quelques municipalités qui persistent dans la voie de l’immatriculation sont de plus en plus rares et tendent à la rendre optionnelle. La dernière en date est Salaberry-de-Valleyfield, en Montérégie. Depuis mai, l’immatriculation des vélos n’est plus exigée sur le territoire de la ville, mais demeure possible pour les cyclistes qui le désirent. Encore une fois, l’objectif est de faciliter les recherches en cas de perte ou de vol.

« Il faut faire attention, car cet argument est souvent accompagné de celui qui dit que les cyclistes ne paient pas assez de taxes et ne participent pas à l’entretien des routes, ajoute Suzanne Lareau. Ce qui est totalement faux puisque tous les Québécois — peu importe le moyen de transport qu’ils privilégient — contribuent par leurs impôts au développement du réseau routier. Qui plus est, la majorité des cyclistes ont un permis de conduire. Plus encore, ils sont très nombreux à avoir une voiture. »

À ce sujet, la SAAQ indique d’ailleurs que les montants perçus pour les plaques minéralogiques ne servent pas directement à l’entretien des routes, mais plutôt à la mise en place d’une assurance collective qui protège les usagers, et non pas les infrastructures.

Les pistes cyclables

Depuis 2011, les cyclistes n’ont plus l’obligation de circuler sur les pistes cyclables, et ce, même si une de ces voies aménagées est présente sur le trajet qu’ils sillonnent.

Avant cette modification, le Code de la sécurité routière (CSR) établissait clairement que les vélos étaient les bienvenus sur toutes les artères du Québec, sauf sur les autoroutes où leur présence est toujours prohibée, mais qu’ils devaient emprunter la piste cyclable lorsque celle-ci se trouvait à même le chemin public. De nombreuses zones grises, dont les aménagements dangereux ou les tronçons manquants pour effectuer un déplacement, ont toutefois mené à la suppression de cette contrainte.

Instigateur de ce changement, Vélo Québec l’avait alors jugé significatif. « Cette mesure a été éliminée du CSR parce qu’à certains endroits, à certains moments, ce n’était pas approprié, explique Suzanne Lareau. Il y a quand même une chose qui est claire : quand la piste est bien faite, les cyclistes l’empruntent ! »

L’équipement

Peu d’équipement est nécessaire pour faire de la bicyclette. Il n’en demeure pas moins que certains éléments sont obligatoires, selon le CSR, comme « un système de freins agissant sur la roue arrière » (article 247) et des phares, un blanc à l’avant et un rouge à l’arrière, dès la tombée du jour (article 233).

Malgré cela, près de 75 % des vélos n’en sont pas munis, selon les données de Vélo Québec. « C’est irresponsable, s’indigne la présidente de l’organisme. Les gens s’imaginent que, parce qu’ils voient devant eux, ils n’ont pas besoin de lumières supplémentaires. Pourtant, ça ne veut pas dire qu’ils sont visibles. »

C’est pourquoi le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) effectue depuis cinq ans des campagnes de prévention pour sensibiliser les cyclistes à la nécessité de se rendre visible une fois le soleil couché.

Pour sa part, le casque n’est pas obligatoire, malgré les nombreux débats qui ont fait rage au cours des dernières années à ce sujet. Le plus récent remonte d’ailleurs à quelques semaines à peine.

Le permis de conduire

Aucune formation n’est exigée pour conduire un vélo au Québec. Malgré tout, de nombreux organismes suggèrent qu’une formation minimale soit ajoutée au cursus scolaire des élèves du primaire.

« Certains cyclistes ne verront jamais la nécessité de passer leur permis de conduire, explique Suzanne Lareau de Vélo Québec. Nous avons donc mis sur pied une certification pour enseigner aux enfants les différentes règles de sécurité et de conduite en ville. C’est chez ces jeunes qu’il faut développer cette conscience du partage de la route, car ils pourront la transposer plus tard comme cyclistes adultes. »

Selon elle, cette formation ne doit cependant pas être vue comme un permis de conduire automobile, puisque les responsabilités sont moindres lorsqu’on enfourche un vélo. « Ça ne veut pas dire que les cyclistes n’ont pas de responsabilités par rapport aux autres usagers. Il faut juste arrêter de vouloir appliquer aux bicyclettes ce qui est valable pour les voitures, car ce sont ces dernières qui sont encore responsables de la majorité des décès sur les routes. »

Le Code de la sécurité routière

À l’heure actuelle, tous les cyclistes doivent se conformer au CSR, au même titre que les automobilistes. Arrêt obligatoire aux feux rouges et aux panneaux d’arrêt et respect des sens uniques sont quelques-unes des obligations auxquelles doivent se plier les usagers du vélo, peu importe l’endroit où ils circulent au Québec.

Ce sont ensuite les policiers qui déterminent si une infraction mérite d’être relevée ou non. « Ça dépend toujours de la circulation dans le secteur et de si les policiers ont noté une situation problématique, précise Roxane Rivard, conseillère en sécurité routière à la Division sécurité routière et patrouille spécialisée du SPVM. Si un cycliste ne fait pas son “ stop” dans une petite rue tranquille, il ne se fera pas nécessairement arrêter. Le policier utilise son propre jugement. Le problème, ce sont ceux qui commettent ces mêmes infractions à une intersection très passante. Ils se mettent en danger, mais placent aussi les autres usagers dans une position délicate. »

En 2014, 8078 contraventions ont été remises aux cyclistes par le service de police montréalais. « Les infractions les plus fréquentes demeurent celles qui touchent un non-respect de la signalisation », indique l’agente Rivard. Ces constats s’accompagnent d’une amende, légèrement moins élevée que celles imposées aux automobilistes, et, dans certains cas, de points d’inaptitude. Et si le cycliste mis à l’amende ne possède pas de permis de conduire automobile, la SAAQ ouvre un dossier à son nom qui restera entaché s’il décide, à terme, de passer son permis.

Aucune refonte majeure du Code n’a été effectuée depuis les années 80. Un projet de loi devrait toutefois être déposé à l’automne en ce sens.

54 %
C'est le pourcentage de Québécois qui s'adonnent au vélo.
Source: Vélo Québec
42$
C'est le prix d'une contravention si un cycliste brûle un feu rouge. En comparaison, pour la même infraction, un automobiliste doit débourser plus de 100$, plus les frais de services.
Source: Service de police de la Ville de Montréal
2/3
Près des deux tiers des accidents mortels touchant les cyclistes surviennent avant la tombée du jour, entre 6h et 18h.
Source: SAAQ
6 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 24 août 2015 09 h 58

    Bon article!!!

    Merci beaucoup pour votre article. Je ne vois pas en quoi immatriculer les vélos réglerait les problèmes qui sont soulevés concernant les cyclistes. Ce n'est qu'un "copier-coller" de ce qui s'applique aux véhicules routiers. Je ne vois pas non plus pourquoi les vélos paieraient pour les routes parce que ce ne sont pas eux qui les abîment et ce ne sont pas eux non plus qui polluent. Comme c'est le cas dans certaines villes européennes, le centre-ville devrait être totalement fermé aux automobilistes qui pourraient bénéficier d'ères de stationnement aux abords et circuler à pieds. Quant aux comportements des cyclistes - je suis une cycliste expérimenté - oui des cours de base devraient être offerts, j'observe par contre que les comportements dangereux sont souvent dus à une attitude égocentrique. Ces comportements sont dangereux pour tous : piétons, cyclistes et automobilistes.

  • Denis-Émile Giasson - Abonné 24 août 2015 11 h 55

    Une première?

    Collision frontale sur la piste cyclable du pont Jacques-Cartier la nuit dernière: un mort et un blessé grave: deux cyclistes. Je roulais sur Rachel, hier en p.m.
    Des cyclistes se «bousculaient» sur la piste cyclable: petite maman et petit enfant vs petit cycliste adepte de vitesse F1.
    Les pistes «tracées» sur les rues du Plateau ne servent-ils qu' à autre personne que le détaillant de peinture?
    Tant que les cyclistes croiront suffisant pour leur sécurité de «voir» le danger potentiel que sont les véhicules sans savoir «s'ils sont vus» des conducteurs, chauffeurs et autres opérateurs, les accidents se répéteront et madame Lareau continuera à répéter cette phrase: «Il faut juste arrêter de vouloir appliquer aux bicyclettes ce qui est valable pour les voitures, car ce sont ces dernières qui sont encore responsables de la majorité des décès sur les routes.»

    • Maryse Veilleux - Abonnée 24 août 2015 21 h 19

      Lorsque vous mentionnez que les cyclistes se bousculent sur la piste cyclable, vous avez raison, elles ont été conçues à une époque où il y avait beaucoup moins de cyclistes à Montréal. Les pistes cyclables sont difficiles à fréquenter vu leur achalandage monstre. Je ne sais pas à combien en sont les statistiques à Montréal, en 2012 il me semble que c'était 1 montréalais/4 qui se déplaçait en vélo.

  • Yvon Hachey - Inscrit 24 août 2015 14 h 25

    Détérioration notable de la sécurité routière à Montréal

    Vivant sur l’île de Montréal, j’ai constaté à Montréal une nette détérioration de la sécurité routière ces dernières années, le plus évident est la grande tolérance policière aux U-turn sauvages partout en ville, j’en ai vu non seulement sur des petites rues résidentielles, mais sur de grandes artères très achalandées comme l’Av du Parc et la rue Sherbrooke, en pleine heure de pointe. Ça ne semble pas gêner ces automobilistes de faire ces manœuvres risquées, et au diable les autres, qu’ils attendent qu’on ait finit notre manœuvre semble-t-il se dirent à eux-mêmes. Auparavant (moins de 5 ans), ce genre de comportements se constataient presqu’exclusivement par les chauffeurs de taxi. Ce genre de comportements constitue un facteur de risque important aux autres usagers de la route.

    Ensuite, il y a la vitesse dans les rues résidentielles, aggravée par la frustration d’être pris dans un immense trafic qui n’en finit plus, on essaie de se faufiler par des petites voies de transit à l’extérieur du Plateau, naturellement. Il est vrai qu’il n’y a pas de péage sur les accès à Montréal et on peut circuler partout, même dans le centre-ville en semaine aux heures de pointe, sans avoir à payer, contrairement à ce qui se pratique à Londres. Les transports en commun par autobus roulent donc au ralenti, mais les Montréalais sont habitués, comme le dit la STM, merci de votre compréhension.

    Ensuite, on tolère les cyclistes de circuler sur les voies réservées aux autobus comme celles de l’Av du Parc et du boul René-Lévesque, encore une fois constituant un risque pour la sécurité publique, en particulier pour le cycliste lui-même.

    Ce ne sont que quelques exemples liés à la sécurité routière et à l’organisation des services routiers sur l’Île.

    • Denis-Émile Giasson - Abonné 25 août 2015 21 h 54

      «Le demi-tour (virage en «U») peut représenter une infraction décrite à l'article 310 du Code de la sécurité routière, stipulant que toute personne est tenue de se conformer à la signalisation. En effet, on ne peut exécuter cette manœuvre à une intersection où est affiché un panneau l'interdisant. Ou encore, sur une voie marquée d'une ligne continue, puisqu'il est interdit de franchir une telle ligne. Par contre, le demi-tour (virage en «U») est autorisé aux intersections où il n'y a pas de panneau de signalisation conforme interdisant de l'effectuer.»
      Voilà!

    • Yvon Hachey - Inscrit 26 août 2015 13 h 38

      Merci M. Giasson de vos précisions, mais le problème est que c'est devenu généralisé à Montréal, il ne s'agit pas de U-turn à une intersection fait de façon sécuritaire, il s'agit de U-turn fait en plein milieu de la rue, et parfois franchissant une lgne continue. Rendu à cet état de fait, c'est que les policiers n'interviennent tout simplement pas, pour l'avoir moi-même constaté. De nombreuses lois municipales, et le code se la sécurité routière contiennent de nombreuses dispositions visant la sécurité publique et prévoient des amendes pour de telles infractions, ça ne sert à rien d'augmenter les amendes, si on les fait pas respecter. Les élus municipaux ainsi que la gestion policière veilleront davantage aux respects des règles de sécurité lorsque le bilan routier à Montréal s'alourdira davantage, je présume.