Centres de gestion des déplacements - Travailler ensemble pour un transport durable !

Valérie R. Carbonneau Collaboration spéciale
L’ajout de lignes d’autobus est une stratégie efficace.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’ajout de lignes d’autobus est une stratégie efficace.

Ce texte fait partie du cahier spécial Transport

On parle de transport durable depuis plus d'une décennie, mais comment le définit-on exactement? Selon Environnement Canada, on n'aurait qu'à rassembler au sein d'une même action les notions de dimensions sociales, écologiques et économiques du développement durable.

Comme la dernière enquête Origine-destination de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) révélait que 51 % des déplacements sur l'île de Montréal étaient motivés par le travail, des organisations appelées Centres de gestion des déplacements (CGD) conseillent individus et entreprises qui veulent adopter des comportements favorables à un transport plus durable. C'est le cas du CGD de Développement économique Saint-Laurent (DESTL), de Voyagez futé et de Mobiligo.

«Pour attirer et maintenir les entreprises à Saint-Laurent, on a constaté qu'il fallait être proactif en transport durable», admet Alan DeSousa, maire de l'arrondissement Saint-Laurent, où se trouve le deuxième pôle d'emploi en importance dans la région métropolitaine, avec 4800 places d'affaires et 111 000 employés. Créé il y a dix ans, le CGD de DESTL propose une panoplie de services permettant aux entreprises de résoudre les problèmes de déplacement des employés en provenance surtout de Saint-Laurent, des arrondissements voisins, de Laval et des Laurentides.

Autant de solutions que de besoins sur un territoire peu accessible par le transport en commun, où le covoiturage devient la solution privilégiée... Le CGD, tout comme ses deux CGD homologues, recourt au programme Allégo, qui met en place depuis 2007 des solutions de rechange adaptées, telles que des programmes de covoiturage, des rabais sur les titres de transport, la représentation des besoins des entreprises auprès des partenaires, des incitatifs pour les cyclistes et de l'expertise en transport auprès des municipalités. Plus concrètement, le CGD de DESTL travaille avec Bombardier, qui procède à l'analyse des codes postaux pour jumeler des employés habitant le même secteur et ainsi les inciter à faire du covoiturage.

Une autre solution, poursuit M. DeSousa, est de travailler avec les entreprises manufacturières pour décaler le départ des employés de quelques minutes à la fin d'un quart de travail, pour ainsi éviter des engorgements. «Et, après avoir beaucoup travaillé à promouvoir le transport en commun, on a pu justifier l'ajout d'une ligne d'autobus pour desservir le Technoparc.» Depuis, la ligne 72, qui dessert un territoire renfermant environ 60 entreprises, connaît une recrudescence d'achalandage.

Désengorger les rues de la métropole...

Voyagez futé offre depuis 2001 de l'expertise-conseil et des solutions de transport durable adaptées aux besoins des entreprises, des gestionnaires et des promoteurs immobiliers, cette fois au sein des quartiers centraux de Montréal et de l'agglomération de Longueuil.

Contrairement à des CGD qui représentent une clientèle d'entreprises situées en périphérie, pour lesquelles le covoiturage est une option plus avantageuse, le territoire urbain de Voyagez futé est généralement bien desservi par les réseaux de transport. Les produits et solutions ciblent donc principalement la promotion du transport actif et collectif.

«Nous travaillons avec des employeurs pour proposer des solutions de rechange attrayantes à l'utilisation de l'automobile en solo, mais aussi avec des gestionnaires de tours à bureaux et des promoteurs qui représentent une clientèle caractéristique du centre-ville. Eux aussi peuvent avoir une influence sur la façon de se déplacer des travailleurs, explique la directrice générale, Bernadette Brun. Par exemple, nous avons implanté, dès 2005, des flottes de vélos en libre-service dans l'ensemble des édifices d'Ivanoé Cambrige (anciennement SITQ) au centre-ville de Montréal et proposé un système de covoiturage pour les locataires. Plusieurs véhicules de Communauto ont été installés dans les stationnements, en plus d'aménagements pour les cyclistes. Aujourd'hui, les flottes de vélos ont été remplacées par un service de prêt de clés Bixi aux locataires.» L'organisation serait d'ailleurs à l'origine des services Bixi corporatifs offerts par la société de vélo.

Voyagez futé a aussi créé le programme «Le transport collectif, je l'essaie!» en partenariat avec l'AMT et la STM, qui a converti, en seulement trois ans, plus de 500 automobilistes au transport en commun pour se rendre au travail. L'organisation travaille d'ailleurs actuellement avec ces organismes en faveur du développement de services pour les PME.

«En dix ans, on a conseillé et accompagné près de 80 organisations dans leur démarche de promotion du transport durable, dont certaines représentent plusieurs milliers d'employés», ajoute celle qui dit être très fière de constater que des entreprises comme Hydro-Québec, Desjardins, SITQ et Air Transat ont fait confiance à son organisme et poursuivent toujours leur relation d'affaires avec lui.

Parmi les différentes stratégies, Air Transat offre deux mois gratuits de transport aux employés qui adhèrent à l'abonnement annuel au transport collectif, Desjardins subventionne 50 % de l'abonnement à Bixi et Hydro-Québec organise des tirages mensuels et offre une mise au point gratuite de bicyclette à tous ses employés.

Pour employés et... étudiants


En plus d'aider les employeurs à trouver des solutions pour les employés, Mobiligo accompagne les étudiants depuis maintenant cinq ans.

L'organisation est née à la suite d'une étude de DESS réalisée en 1994 par Claude d'Anjou, en collaboration avec l'Université de Montréal, dans le cadre de la rédaction d'un premier bilan écologique incluant une section sur la gestion du transport et des stationnements. «C'est ainsi que la problématique des transports dans le quartier Côte-des-Neiges a été soulevée et que l'occasion d'une collaboration entre les différentes institutions s'est présentée», explique Mme d'Anjou, directrice générale de l'organisme, créé d'abord pour répondre principalement aux besoins des établissements de santé et d'enseignement dans ce secteur, où environ 86 000 personnes par jour sont en mouvement. Le territoire couvert par Mobiligo s'étend aujourd'hui de Côte-des-Neiges vers l'est, jusqu'à la MRC de Lanaudière.

Solutions communes

Et, puisqu'un CGD ne saurait considérer tous les aspects d'une problématique de transport sans travailler de concert avec les sociétés de transport (AMT, STM, STL), la nouvelle coalition Transit pour le financement des transports collectifs, le comité de vigilance Turcot ainsi que des partenaires locaux, Mobiligo favorise l'instauration de tables de concertation (Table des transports) pour regrouper les entreprises d'un secteur et ainsi trouver des solutions communes à des problèmes sectoriels en transport. «Notre projet-pilote à Côte-des-Neiges semble porter fruit avec la Table des transports de Côte-des-Neiges, qui regroupe 11 établissements de santé et d'enseignement dans le quartier. Nous pensons que les regroupements des entreprises peuvent favoriser le développement des transports, en raison des masses critiques qu'ils représentent.»

L'équipe de Mobiligo est d'ailleurs très fière de sa continuelle collaboration avec le CHU Sainte-Justine, laquelle a permis, depuis 2007, de soutenir un employeur à travers ses problématiques particulières (manque d'espaces de stationnement, préoccupations de recrutement et de rétention du personnel, projet de construction d'un stationnement, etc.) et de renforcer des valeurs partagées avec l'administration, telles que le développement durable, le bien-être et la santé de son personnel, en plus d'en avoir fait un lauréat au concours Entreprise Leader en transport durable, en 2008. Depuis sa création, 15 employeurs ont fait appel aux services de Mobiligo, dont neuf mettront en place des mesures cette année.

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Collaboratrice du Devoir