Sciences de la vie - Situation d'urgence

Le «Tout-Québec génomique» s'était rassemblé à Montréal le 18 octobre dernier pour procéder à l'inauguration des locaux d'un autre siège international. HUPO, la Human Proteome Organization, a ainsi retenu l'invitation lancée dès octobre 2003 lors du congrès mondial de l'organisme, tenu au Palais des congrès: le Dr John Bergeron, de l'université McGill, était alors l'hôte de 2000 spécialistes venus des quatre coins de la planète, avant de devenir le président élu par les 48 membres d'un conseil d'administration où 19 pays sont représentés.

En janvier de cette année, l'organisme avait donc opté pour Montréal — et, par conséquent, pour le Centre d'innovation Génome Québec et université McGill — en tant que lieu d'ancrage de ses 2000 membres originaires de 69 pays. «C'est un jour important pour Montréal, le Québec, et l'ensemble du Canada, puisque nous accueillons aujourd'hui une organisation mondialement reconnue dans une discipline de pointe des sciences de la vie», déclarait alors le président de Montréal International, Marc G. Fortier.

Un autre succès pour Montréal, donc, pour cette ville où la recherche en santé semble florissante, appuyée par la présence immédiate ou à proximité de 29 multinationales, 85 entreprises de biotechnologie-santé et 22 fabricants de médicaments génériques. Au total, l'industrie pharmaceutique affiche un bilan où figurent 18 000 travailleurs et s'appuie sur la présence de 10 000 spécialistes du domaine, avec pour résultat que le Québec se classe au troisième rang à l'échelle de l'Amérique du Nord quant au nombre d'entreprises de biotechnologie.

Succès

À accumuler ainsi les statistiques, il semblerait que, s'il existe un secteur où le Québec peut dormir sur ses lauriers, c'est bien celui de cette industrie des sciences de la vie.

Et pour s'en convaincre, ajoutons quelques réalisations récentes. Gemin X Biotechnologies affiche ainsi aujourd'hui une capitalisation de 102 millions de dollars: un franc succès pour cette compagnie née en 1997 d'une recherche portant sur le traitement du cancer initiée par deux chercheurs de McGill. Il y aussi Mistral, qui est à la veille de lancer sur le marché américain un futur médicament de «grande» consommation: cette pilule miracle pour les diabétiques pourrait faire la fortune de cette compagnie qui ne compte à ce jour que huit employés.

Et à poursuivre ainsi, tout irait pour le mieux, d'autant plus qu'en recherche, les universitaires sont loin de se croiser les bras: ce qui explique qu'un organisme comme Génome Québec soit bien en place et que le Fonds de la recherche en santé du Québec informe avec fierté que, dans ce secteur, le Québec obtient plus que sa part des subsides qu'y consacre le gouvernement fédéral.

Avenir

Mais cela suffit-il? Dans ce domaine, plus d'une multinationale (et certaines d'entre elles sont établies au Québec) tremble à la suite des divers recours collectifs portant sur des milliards de dollars et, à une plus petite échelle, locale cette fois, il s'est trouvé récemment une compagnie devant faire cession d'édifice pour pouvoir mettre la main sur des actifs afin de poursuivre son programme de recherche. Dans cet univers, il faut bien le dire (et les multinationales le répètent à profusion), c'est en centaines de millions, près du milliard en fait, qu'il faut additionner les dollars pour comptabiliser les frais encourus dans la recherche d'un seul médicament.

Un indice de ces sommes, nécessaires pour jouer dans la cour des «grands», est donné par cette bagarre que conduit Johnson & Johnson pour acquérir Guidant, une compagnie dont le produit principal est un implant cardiaque: la transaction s'opérerait «à rabais», pour une somme avoisinant les 25 milliards! On comprend alors qu'il faut faire plus si on veut que le Québec améliore, ou même conserve, sa place dans le paysage des sciences de la vie. Et qui seront alors les bailleurs de fonds?

Si, en recherche, les divers ordres gouvernementaux sont présents, il faut savoir qu'il faut sortir des laboratoires universitaires pour développer à grande échelle les nouveaux médicaments: Merck Frosst informait récemment que la compagnie développait à l'interne toute recherche portant sur un produit pour grand public (car, si succès il y a, les revenus sont à la clé, et il n'est point question de voir le privé semer à tout vent ce que son activité génère).

Pour l'instant, que Montréal et le Québec se consolent: ce coin d'Amérique est toujours dans le peloton de tête, du moins par le nombre d'intervenants qui s'y retrouvent.