INRS-Institut Armand-Frappier - Les menaces d'épidémie se mondialisent et les recherches s'internationalisent

Les maladies infectieuses sont toujours la plus grande menace pour l'humanité. Annuellement, on estime à 14 millions le nombre de morts découlant de celles-ci. Au cours des dernières années, l'information croissante au sujet de la grippe aviaire et du SRAS nous a rappelé cette dure réalité, créant du même coup une onde de choc digne d'une psychose collective.

«En effet, il y a actuellement une psychose relative à la grippe aviaire, comme il y a eu une psychose au sujet du SRAS il y a deux ans. Une psychose en grande partie alimentée par les médias», indique le virologue Pierre Talbot, directeur du centre de recherche INRS-Institut Armand-Frappier, un lieu qui se spécialise dans la recherche sur les maladies infectieuses.

Il précise immédiatement que «le virus qui causera la pandémie de grippe n'existe pas encore. Il faudrait, spécifiquement à ce sujet, que les médias soient plus pragmatiques et réalistes. Les maladies infectieuses ont toujours été là, et elles seront toujours là».

Si les menaces d'épidémie s'internationalisent, il en est de même des centres de recherche qui en auscultent les causes. C'est justement le cas de l'INRS-IAF, qui a récemment intégré le Réseau international des Instituts Pasteur (RIIP). Il est ainsi devenu le premier établissement nord-américain à en faire partie.

Insertion planétaire

Une occasion en or pour l'INRS-IAF, qui accède ainsi à l'un des plus importants réseaux mondiaux d'institutions spécialisées en recherche dans les domaines des maladies infectieuses et de la microbiologie. Ce dernier compte 29 institutions réparties sur les cinq continents. L'Institut, installé à Laval, se joint donc à des centres comme ceux de Hanoï, Paris, Saint-Pétersbourg, Casablanca, Alger, Téhéran, Séoul et Shanghai.

Et cette réalisation devrait avoir ses impacts. «Notre association avec le réseau nous amène à contribuer plus internationalement que dans le passé» et, du même coup, à obtenir davantage de visibilité sur la scène mondiale.

Une nécessité pour un centre de recherche qui se penche sur des maladies, virus et contaminations bactériologiques et parasitaires tels que le sida-VIH, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), l'herpès, l'hépatite C, la rougeole — toujours présente dans certaines régions du globe — et la leishmaniose.

Financièrement, l'INRS-IAF devrait en retirer des bénéfices, mais ceux-ci ne devraient pas se faire sentir de façon directe. «Ça ne vient pas avec un financement. Mais il est évident que cela nous sert de levier et nous permettra d'accéder à des sources de financement auxquelles nous n'avions pas accès auparavant», indique le directeur.

Sans pouvoir chiffrer exactement l'aide financière que ce partenariat entraînera, Talbot admet que la collaboration permettra à coup sûr à des étudiants et chercheurs de l'Institut d'avoir accès à de nouveaux programmes. «Il y a un budget de plusieurs millions d'euros attribué au RIIP par l'Institut Pasteur de Paris», le pivot du réseau. La notoriété et la visibilité que l'intégration suscite offriront au centre l'occasion de se faire valoir auprès de nouvelles sources de financement telles que l'Organisation mondiale de la santé, la Fondation Bill Gates ou l'Agence canadienne de développement international (ACDI).

L'intégration au RIIP n'altérera en rien l'indépendance de l'Institut Armand-Frappier. Le directeur du centre de recherche se fait extrêmement rassurant: «On demeure aussi indépendant qu'auparavant.»

Ainsi, pour chaque recherche effectuée en collaboration avec d'autres centres de recherche, le partage de la propriété intellectuelle se fera, comme à l'habitude, selon la contribution de chacun. «Donc, la propriété intellectuelle appartient à ceux qui l'ont générée», résume-t-il.

Valeurs communes

Aboutissement symbolique que cette intégration. Créé en 1938, le centre de recherche, aujourd'hui affilié à l'INRS, s'était inspiré et s'inspire toujours du modèle de l'Institut Pasteur. Son fondateur, Armand Frappier, pionnier dans le secteur de la virologie, désirait alors mettre sur pied un institut empreint des valeurs «pasteuriennes»: un centre de recherche qui adopterait une approche humaniste dans le domaine de la santé publique.

La collaboration avec le RIIP aidera à mieux saisir et, du même coup, à mieux combattre les menaces telles que la grippe aviaire et le SRAS qui pèsent toujours sur nos sociétés. D'ailleurs, un réseau sentinelle sur la grippe et le SRAS sera créé à cet effet. Il mettra à contribution les Instituts Pasteur du Viêtnam et d'Asie. Un autre projet est également en émergence. Il s'agit de la mise sur pied d'un groupe de recherche sur la leishmaniose, une maladie parasitaire due à des protozoaires «flagellés» de type leishmania qui se transmet par la piqûre. L'INRS-Institut Armand-Frappier collaborera avec des Instituts Pasteur d'Afrique et d'Amérique latine.

Pierre Talbot souligne que la mondialisation a certainement changé la donne en ce qui a trait aux épidémies. Il admet que la propagation de maladies infectieuses est certes «plus rapide». Le SRAS en a fait la démonstration, lorsqu'il s'est propagé de l'Asie du Sud-Est à Toronto à la suite de la venue par avion de deux personnes de Hong-Kong. M. Talbot rappelle que la facilité qu'on a aujourd'hui à se mobiliser augmente inévitablement la facilité qu'a une maladie ou un virus à se répandre.

Toutefois, il assure que «les épidémies ne seront pas plus féroces dans un contexte de mondialisation. Je dirais même qu'elles le seront moins, parce qu'on est mieux préparé, en santé publique, pour réagir aux maladies infectieuses».

Collaborateur du Devoir