Le grand rendez-vous de la science en français

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Le 34e Congrès de l’Acfas s'était déroulé à l'Université Laval, en novembre 1966
Photo: Fonds de l’Acfas, Archives UQAM Le 34e Congrès de l’Acfas s'était déroulé à l'Université Laval, en novembre 1966

Ce texte fait partie du cahier spécial Congrès de l'Acfas

Le Congrès annuel de l’Acfas, qui se déroulera à l’Université Laval du 9 au 13 mai, sera bien spécial, puisqu’il marquera le lancement des festivités du centenaire de l’organisme, créé à Montréal en juin 1923.

À l’époque, ses fondateurs — parmi lesquels le premier président, Léo Pariseau, et le botaniste et intellectuel Marie-Victorin — souhaitent que l’Acfas aide les Canadiens français à entrer de plain-pied dans la production de connaissances scientifiques, notamment en développant des vocations scientifiques chez les jeunes. En 1933, l’association tient un premier congrès, devenu depuis lors une tradition annuelle.

Son président actuel, le vice-recteur à la recherche et aux études supérieures de l’Université de Sherbrooke, Jean-Pierre Perreault, se réjouit de constater que l’organisme a gagné ses lettres de noblesse au fil du temps. « L’Acfas a pris de l’ampleur et compte maintenant 4500 membres, rappelle-t-il. L’Association est consultée, écoutée, et on sent de l’appétit pour ses activités et ses prises de position. Notre site Internet reçoit plus d’un million de visites annuellement. »

L’Acfas dévoilera le programme des festivités de son centenaire dès l’ouverture du congrès le lundi 9 mai. Jean-Pierre Perreault n’a rien laissé filtrer de son contenu, si ce n’est que l’organisme prépare « quelque chose de magique » pour le 15 juin 2023, cent ans jour pour jour après sa fondation. Par ailleurs, deux colloques cette année porteront sur le centenaire, soit 100 ans de recherche : réalisations et destinations, le 10 mai, et Cent ans de dialogue science et société : état des lieux et prospectives en culture et communication scientifiques et technologiques, les 11 et 12 mai.

Une programmation haute en couleur

 

Le biologiste Boucar Diouf, qui a reçu cette année un doctorat honoris causa de l’Université Laval, agira comme président d’honneur du congrès. Le choix de ce vulgarisateur, qui ne se lasse pas d’aider le grand public à mieux comprendre la nature et l’activité scientifique, n’est pas fortuit.

En effet, l’Acfas cherche elle aussi à favoriser la vulgarisation scientifique, dans un contexte où les interactions entre le monde scientifique et le reste de la société ne vont pas sans heurts. En témoigne le thème retenu pour le congrès de 2022 : sciences, innovations et sociétés. « Le dialogue entre les sciences et les sociétés devient encore plus crucial dans la période troublée que nous vivons, frappée par la pandémie, la désinformation et une hausse des tensions géopolitiques et militaires », reconnaît Jean-Pierre Perreault.

Chaque année, l’établissement qui accueille le congrès lui apporte sa couleur. Le thème de l’innovation en 2022 reflète ainsi l’accent que l’Université Laval met sur cette activité, notamment dans certains secteurs privilégiés. Parmi les quelque 200 colloques qui marqueront la semaine, certains portent par exemple sur le numérique au service de la santé mentale, sur la forêt face aux changements climatiques ou sur les recherches collaboratives avec la nation huronne-wendate pour créer une aire protégée au nord de Portneuf.

Le dialogue entre les sciences et les sociétés devient encore plus crucial dans la période troublée que nous vivons, frappée par la pandémie, la désinformation et une hausse des tensions géopolitiques et militaires

 

Pandémie oblige, les colloques se tiendront à distance cette année et plus de 600 communications libres seront elles aussi accessibles en ligne. Environ 6000 personnes de 40 pays de la francophonie devraient assister aux divers événements du Congrès. Une quinzaine d’activités se dérouleront en mode hybride.

Des activités pour tous

 

Jean-Pierre Perreault accorde une haute importance au programme Science-moi ! qui, depuis 2013, s’adresse au grand public et aux élèves et vise le dialogue entre les sciences et les sociétés. Plusieurs de ses activités gratuites se tiendront en personne, avant le début du congrès. Le dimanche 8 mai, par exemple, le journaliste et communicateur scientifique Yanick Villedieu et la comédienne Céline Bonnier feront entendre une partie de la correspondance entre le frère Marie-Victorin et sa collègue Marcelle Gauvreau, au Théâtre de la Cité universitaire de l’Université Laval. Ces missives, dans lesquelles on voit poindre un amour à la fois intense et délicat entre le religieux et sa collègue célibataire, n’ont été publiées qu’en 2018 et 2019.

Toujours spectaculaire et rempli de surprises depuis ses débuts en 2010, le concours La preuve par l’image se poursuit aussi cette année dans le cadre des activités Science-moi ! Dès le 9 mai, les internautes pourront observer les dix images animées et commentées. Boucar Diouf présentera quant à lui une conférence intitulée « L’adaptation selon Boucar », avec son ami et collègue le chimiste Normand Voyer, professeur à l’Université Laval.

Pierre Picard, membre de la nation huronne-wendate et directeur du Groupe de recherche et d’interventions psychosociales en milieu autochtone (GRIPMA), viendra pour sa part partager ses connaissances et ses constats sur la valorisation identitaire et la sécurisation culturelle en milieu autochtone au Grand Axe du Campus de l’Université Laval le mardi 10 mai. Le lendemain, l’auteure-compositrice-interprète innue Elisapie offrira une prestation.

Soutenir les chercheurs de demain

 

Les membres fondateurs de l’Acfas n’hésitaient pas à exprimer leurs idées ni à exiger des gouvernements qu’ils accordent aux sciences l’importance qui, à leurs yeux, devait leur revenir. Marie-Victorin, notamment, a écrit de nombreux textes très engagés, dont un plaidoyer bien senti pour la science, publié dans Le Devoir le 25 septembre 1925.

L’organisme n’a pas perdu cette fibre militante. L’Acfas a, par exemple, réagi au dernier budget fédéral pour réclamer des investissements dans tous les types de recherche (y compris la recherche fondamentale) et un meilleur soutien de la relève. L’Acfas a aussi souligné la nécessité de fortifier la science dans la francophonie canadienne hors Québec, où l’Association constate un déclin de la recherche en français.

Le budget consacre plusieurs milliards de dollars à l’innovation, mais les concentre dans le secteur privé et cible certains thèmes. Le gouvernement n’a annoncé que peu d’investissements pour soutenir la recherche fondamentale au sein des conseils subventionnaires fédéraux.

« Nous nous réjouissons toujours de voir des investissements en recherche et en innovation, mais l’État doit financer toutes les disciplines et il doit augmenter le budget des conseils subventionnaires fédéraux », insiste Jean-Pierre Perreault.

Il rappelle que le marché du travail roule à plein et présente des opportunités lucratives aux finissants du baccalauréat. Les attirer vers les cycles supérieurs devient donc plus difficile. D’autant que le niveau des bourses d’excellence stagne depuis presque vingt ans, alors que le coût de la vie ne cesse de grimper.

« Si on perd trop de jeunes chercheurs, on risque de tarir le pipeline des futures grandes découvertes, ajoute-t-il. Assurer la progression des connaissances, c’est essentiel lorsque l’on veut avoir une économie basée sur le savoir. » 



À voir en vidéo