Soigner l’anxiété à petites doses de LSD

La Dre Gabriella Gobbi a mené l’étude avec  une équipe  de chercheurs de l’Université McGill et des universités  italiennes Vita-Salute San Raffaele et de Padoue.
McGill La Dre Gabriella Gobbi a mené l’étude avec une équipe de chercheurs de l’Université McGill et des universités italiennes Vita-Salute San Raffaele et de Padoue.

De plus en plus de drogues psychédéliques, comme le LSD et l’ecstasy, sont expérimentées pour traiter des problèmes de santé mentale, tels que l’anxiété, la dépression et le syndrome de stress post-traumatique. Mais on ne sait que très peu de choses sur le mécanisme par lequel ces substances exercent leurs effets bénéfiques. Une équipe de chercheurs de l’Université McGill et des universités italiennes Vita-Salute San Raffaele et de Padoue vient de mettre en lumière comment le LSD parvient à soulager des souris devenues anxieuses en raison du stress qu’on leur imposait.

Déjà en 2015, la Dre Gabriella Gobbi, professeure-chercheuse en psychopharmacologie au Département de psychiatrie de l’Université McGill, avait constaté qu’à faibles doses, le LSD agissait sur la sérotonine, un neurotransmetteur qui est impliqué dans l’anxiété et la dépression. Plus récemment, avec son équipe de l’Institut de recherche du CUSM et des collègues italiens, elle a étudié l’effet de cette drogue hallucinogène sur l’anxiété et elle a découvert que le LSD empruntait le même mécanisme d’action que des antidépresseurs courants utilisés pour traiter la dépression et l’anxiété généralisée, comme le Prozac, le Zoloft, le Cipralex, pour induire son effet anxiolytique.

Ces chercheurs ont pu démontrer que, tout comme le font les antidépresseurs appartenant à la classe des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, le LSD augmente la libération de sérotonine par les neurones du cerveau lorsqu’il est administré à petites doses pendant sept jours d’affilée à des souris exposées à des conditions de stress chroniques.

Les scientifiques ont également remarqué que cette même administration favorisait la formation de nouvelles « épines dendritiques » — de petites excroissances à la surface des dendrites, ces prolongements issus du corps cellulaire des neurones — au niveau de l’hippocampe et du cortex préfrontal. Ces deux régions du cerveau sont impliquées dans la dépression et l’anxiété.

« La genèse d’épines dendritiques permet d’établir de nouvelles synapses et augmente du coup le nombre de connexions entre les neurones. L’augmentation du nombre d’épines dendritiques est un signe indirect de l’accroissement de la plasticité neuronale qui est induit par le LSD et les antidépresseurs », explique la Dre Gobbi. Elle rappelle qu’on observe une diminution de la neuroplasticité dans la dépression et dans d’autres problèmes de santé mentale.

L’augmentation de la transmission neuronale assurée par la sérotonine ainsi que la création de nouvelles synapses et connexions seraient donc à l’origine des effets bénéfiques observés chez les souris traitées avec le LSD, comme cela est décrit dans un article publié jeudi dans le journal Neuropsychopharmacology. L’administration de cette substance pendant sept jours d’affilée a en effet réduit de façon significative le stress, ainsi que l’anxiété qui en découlait, chez les souris. Elle a aussi eu un effet positif sur le comportement social des souris, qui passaient plus de temps ensemble et interagissaient davantage entre elles.

Comme des antidépresseurs

 

Quelques études cliniques visant à expérimenter l’utilisation curative de substances psychédéliques ont été effectuées chez l’humain. Dans l’une d’elles, on a comparé l’administration prolongée d’antidépresseurs à celle de psilocybine (le composant actif des champignons magiques) pendant deux jours. Les deux protocoles ont eu la même efficacité, qui s’est aussi avérée durable dans le temps.

« Ce qui émerge des études cliniques chez l’humain, c’est que les drogues psychédéliques ne peuvent pas être utilisées tous les jours, comme le Prozac. Elles ne doivent être administrées qu’à petites doses pour quelques jours seulement. Mais une telle administration aurait un effet à long terme », souligne la Dre Gobbi.

Ces substances hallucinogènes auraient-elles donc un avantage sur les antidépresseurs ? Il faudra mener encore plus d’études pour le confirmer, nuance la chercheuse.

[Chez l’humain], les drogues psychédéliques ne peuvent pas être utilisées tous les jours, comme le Prozac

 

Les drogues psychédéliques ont par contre des effets secondaires importants si on les utilise à des doses trop élevées. Elles peuvent provoquer une psychose, une dissociation, et surtout, elles peuvent avoir certains effets neurotoxiques à long terme.

La Dre Gobbi insiste sur le fait que ces substances devront être prises sous la supervision d’un médecin ou d’un thérapeute. « Comme elles peuvent induire une dissociation, il est primordial qu’un thérapeute accompagne la personne à travers cette dissociation qui peut néanmoins s’avérer bénéfique. Car cette dissociation peut permettre au patient de se voir avec une distance, de comprendre sa souffrance, voire de donner une signification à sa souffrance. Mais on ne sait pas encore si la dissociation est importante, si elle fait partie du processus de guérison ou si elle est un effet secondaire indésirable », explique la psychiatre.

« On ne connaît pas encore la dose adéquate de LSD qu’il faudrait choisir d’administrer en clinique. Il nous faut déterminer cette dose, la durée d’administration et les applications cliniques précises », souligne la Dre Gobbi, qui s’applique actuellement à formuler une demande d’autorisation pour mener ici, à Montréal, une étude clinique qui permettrait de répondre à ces questions.

La scientifique croit que nous saurons, dans les cinq prochaines années, si l’utilisation de la psilocybine et du LSD est envisageable et sûre dans un contexte clinique.

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