Utiliser une baie brésilienne pour combattre le cancer?

Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale
La baie de camu camu renferme un polyphénol qui améliore l'efficacité de l'immunothérapie utilisée pour soigner certains patients atteints d'un cancer. 
Photo: Getty Images La baie de camu camu renferme un polyphénol qui améliore l'efficacité de l'immunothérapie utilisée pour soigner certains patients atteints d'un cancer. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Démontrer qu'une baie brésilienne a des pouvoirs anticancéreux, et stimuler la capacité de certaines cellules à détruire les tumeurs malignes ? Deux équipes de l’Université de Montréal ont récemment publié des résultats à la fois étonnants et encourageants.

En oncologie, on utilise l’immunothérapie dans le but de réactiver le système immunitaire pour qu’il lutte contre la tumeur. Malgré les résultats extraordinaires, plusieurs cancers continuent à progresser. « Notre équipe travaille sur le rôle du microbiome, l’ensemble des bactéries présentes dans le tube digestif. En partie grâce à nos recherches, le microbiome est maintenant reconnu comme étant l’un des facteurs pronostiques à la réponse à l’immunothérapie, ce qui nous permet de dire qu’un bon microbiome répond bien à l’immunothérapie », explique le Dr Bertrand Routy, professeur au Département de médecine de l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM).

Son laboratoire de recherche fondamentale s’intéresse à la composition d’une baie brésilienne appelée baie de camu camu et à ses effets sur le microbiome. Grâce à des essais sur les souris, l’équipe a déjà pu identifier la molécule de castalagine comme étant le principe actif responsable de l’activité antitumorale.

« Avec ces travaux menés en collaboration avec nos collègues des universités Laval et McGill, nous prouvons que la castalagine, un polyphénol agissant comme prébiotique, modifie le microbiome intestinal et améliore la réponse à l’immunothérapie même pour les cancers résistants à ce type de traitement », poursuit le Dr Routy.

Des essais prometteurs

 

Le Centre de recherche du CHUM annonce que cette découverte majeure sur des rongeurs pourra être testée sur des êtres humains grâce au lancement du premier essai clinique avec la baie de camu camu. Le recrutement de 45 patients atteints d’un cancer du poumon ou d’un mélanome commencera ce mois-ci au CHUM et à l’hôpital général juif.

Le projet de recherche s’inscrit dans le cadre du programme Brain Health : Lifestyle Approaches and Microbiome Contributions 2021 et est financé à hauteur d’un million de dollars sur trois ans par la Weston Family Foundation.

Bien que l’on concentre les efforts sur les patients atteints d’un cancer du poumon ou d’un mélanome, le Dr Routy croit que l’effet de la castalagine pourrait avoir un impact positif sur d’autres types de cancers :« Le mécanisme de la baie brésilienne modifie le microbiome chez les souris et augmente les bonnes bactéries. Ce qui est intéressant, c’est que les études semblent démontrer que, quelque soit le type de cancer […], ce sont toujours les mêmes bactéries qui seraient associées à la réponse. Le principe actif présent dans la baie pourrait potentiellement être bénéfique dans plusieurs autres cancers. »

Ces applications plus larges doivent faire l’objet d’études cliniques, mais la piste proposée par l’équipe du Dr Routy demeure encourageante pour l’avenir de la lutte contre le cancer.

Décoder le système immunitaire

 

Le Dr André Veillette est, quant à lui, directeur de l’Unité de recherche en oncologie moléculaire de l’Institut de recherches cliniques de Montréal et professeur au Département de médecine de l’Université de Montréal. Son équipe a récemment démontré qu’il est possible d’éveiller l’instinct de destruction du cancer par le système immunitaire grâce à deux molécules situées à la surface des macrophages, des cellules dont le rôle central est d’éliminer les agents néfastes en les dévorant.

En étudiant les macrophages, on a découvert qu’ils étaient particulièrement aptes à détruire certains types de cellules cancéreuses. Plus encore, on a constaté qu’il est possible de stimuler grandement l’appétit de ces cellules immunitaires, comme le souligne l’Institut de recherches cliniques de Montréal. Sur les modèles animaux et sur les cultures de cellules humaines en laboratoire, les chercheurs ont fait la démonstration qu’il est possible d’augmenter l’instinct de destruction des macrophages en les transformant en « superdévoreurs » de cellules cancéreuses.

« Plus nous en saurons sur le fonctionnement du système immunitaire, plus nous serons en mesure de trouver des solutions thérapeutiques efficaces et moins toxiques pour combattre les maladies, explique le Dr Veillette. Les cellules immunitaires telles que les macrophages suscitent actuellement beaucoup d’intérêt dans le milieu de la recherche en immunologie, mais aussi dans l’industrie pharmaceutique, car c’est vraiment l’avenir de la médecine en ce qui concerne plusieurs maladies graves. »

Pour mieux comprendre le cancer, recherche fondamentale, recherche clinique, recherche en santé publique ou recherche en médecine de précision occupent les scientifiques aux quatre coins du monde depuis des décennies. Pour lutter contre cette maladie qui touche, au cours de leur vie, deux Canadiens sur cinq, chaque bonne nouvelle marque ainsi un pas en avant.

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