Un legs de Néandertal qui protège

Un fragment d’ADN hérité de l’Homme de Néandertal et présent chez près de 50 % de la population du monde, sauf en Afrique, protégerait contre la forme sévère de la COVID-19, selon une nouvelle étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Svante Pääbo de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste, à Leipzig, et Hugo Zeberg de l’Institut Karolinska, à Stockholm, ont découvert un fragment du chromosome 12 dont le variant, soit la version génomique, retrouvée dans le génome de trois fossiles néandertaliens, est associé à une réduction de 22 % du risque de devenir malade au point de requérir des soins intensifs pour tout porteur infecté par le SRAS-CoV-2.

Ce variant affecte une région génomique comprenant trois gènes qui sont normalement responsables de la synthèse d’une enzyme qui détruit l’ARN viral présent dans les cellules infectées et active d’autres mécanismes antiviraux. La version de ces gènes héritée de l’Homme de Néandertal produit quant à elle une protéine dont l’activité enzymatique est plus élevée, et qui est de ce fait plus efficace pour dégrader les virus à ARN.

Ce variant néandertalien a aussi été reconnu comme ayant un effet protecteur contre le virus du Nil occidental, les hépatites C et le SRAS-CoV, proche parent du SRAS-CoV-2 ayant sévi en 2003.

Aujourd’hui, ce variant est pratiquement absent chez les populations africaines du sud du Sahara, mais il est présent dans les populations d’Eurasie et d’Amérique, qui comptent souvent 50 %, voire plus de porteurs de ce variant. Dans les Amériques, il est moins fréquent chez les populations d’ascendance africaine que chez les populations d’origine européenne ou amérindienne.

Fréquence accrue

Les chercheurs précisent que ce variant ancestral, acquis par les humains modernes lors d’interactions avec les Néandertaliens survenues il y a de cela 40 000 à 60 000 ans, n’était présent que chez 10 % des humains modernes il y a plus de 20 000 ans. La fréquence des porteurs se serait ensuite graduellement accrue, atteignant 15 % il y a 10 000 ans, et près de 20 % il y a environ 1000 ans. Étant donné les fréquences nettement plus élevées observées aujourd’hui, le variant se serait donc rapidement répandu au cours du dernier millénaire. « Le variant néandertalien semble avoir été avantageux pour les humains modernes en Eurasie, où des épidémies causées par des virus à ARN ont vraisemblablement sévi », avancent les chercheurs, tout en ajoutant que des simulations ont montré que le variant néandertalien a en effet été conservé chez nombre d’humains modernes sous l’effet d’une sélection naturelle positive.

L’automne dernier, ces deux même chercheurs affirmaient dans la revue Nature avoir identifié un variant particulier d’une région du chromosome 3 provenant de l’Homme de Néandertal qui prédispose à la forme grave de la COVID-19. Les personnes portant une copie de ce variant dans leur génome courent deux fois plus de risque d’avoir besoin de soins intensifs si elles contractent la COVID-19.

Les chercheurs précisaient aussi que ce variant est présent chez 65 % de la population d’Asie du Sud et 16 % des Européens, alors qu’il est pratiquement absent en Asie de l’Est. Les auteurs avancent que, même si ce variant peut s’avérer délétère pour les porteurs durant la pandémie actuelle, il était peut-être bénéfique à l’époque de Néandertal en Asie du Sud, car, alors, il conférait peut-être une protection contre d’autres pathogènes.

Les contributions génétiques des Néandertaliens à la physiologie des humains d’aujourd’hui sont multiples et reflètent l’adaptation des Néandertaliens aux environnements extérieurs à l’Afrique, notamment européens, où ils ont vécu pendant des centaines de milliers d’années (il y a 500 000 ans à 40 000 ans).

 
 

Cet article a été retravaillé après sa publication initiale.

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