Le système immunitaire garde le coronavirus en mémoire

Bonne nouvelle : les personnes infectées par la COVID-19 développent une immunité contre le SRAS-CoV-2 qui persiste pendant au moins six mois, voire huit, après l’infection. Une étude états-unienne publiée lundi dans la revue Nature démontre que, même si les anticorps qui neutralisent le virus diminuent rapidement après l’infection, des cellules immunitaires ayant gardé en mémoire le virus subsistent et seront prêtes à déclencher une attaque rapide et efficace lors d’une nouvelle exposition au pathogène.

On a d’abord cru naïvement que souffrir de la COVID-19 n’entraînait pas d’immunité à long terme, car plusieurs études mettaient en évidence la disparition rapide des anticorps chez les personnes ayant surmonté la maladie. « Mais l’immunité ne se résume pas uniquement à la présence d’anticorps ! Si on veut savoir ce qu’il advient de l’immunité, il faut suivre les cellules B mémoires. Or, l’étude de Nature montre que ces cellules demeurent, et même qu’elles évoluent », explique Andrés Finzi, virologue au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM).

L’étude menée par Michel Nussenzweig de l’Université Rockefeller, à New York, a consisté à analyser le plasma de 87 personnes ayant contracté la COVID-19. Un premier échantillon de plasma a été prélevé 40 jours (1,3 mois) après l’apparition des symptômes, et un second 191 jours (6,2 mois) après le début de l’infection. L’étude indique que le plasma prélevé 1,3 mois après l’infection neutralisait très efficacement les virus. Cinq mois plus tard, soit 6,2 mois après le début des symptômes, la capacité de neutralisation du plasma a par contre subi « une diminution très importante et hautement significative ». L’équipe de M. Finzi avait observé une diminution similaire entre la 6e et la 10e semaine après le début des symptômes, et avait été la première à publier cette observation en juin dernier dans mBio de l’American Society for Microbiology. « Ensuite, plusieurs autres équipes, britannique, canadienne, états-unienne et australienne, ont aussi remarqué que la capacité des anticorps à neutraliser diminuait chez toutes les personnes trois mois après l’infection », rappelle M. Finzi.

En collaboration avec Héma-Québec, l’équipe du CRCHUM a également découvert que la neutralisation des virus observée en début d’infection était effectuée principalement par les anticorps IgM. En l’absence de ces anticorps particuliers, qui sont pourtant peu nombreux (3 à 5 % du plasma), le plasma parvenait beaucoup moins bien à neutraliser les virus.

Une mémoire immunologique

« Même si les anticorps disparaissent en grande partie après quelques mois, cela ne veut pas dire que toute immunité disparaît aussi », souligne M. Finzi. L’étude de Nature, mais aussi celle qu’il a menée et qui sera publiée sous peu, indique que des cellules B mémoires sont présentes beaucoup plus longtemps, soit 6,2 mois après l’apparition des symptômes selon l’étude new-yorkaise, et près de 8 mois (31 semaines) selon celle du CRCHUM. Une mémoire immunologique se développe donc avec le temps.

« Une fois le danger passé, il n’y a plus besoin de continuer à générer des anticorps, ces derniers doivent laisser la place au cas où il y aurait un autre pathogène contre lequel il faudrait réagir. Ce qui importe surtout, c’est de se souvenir de ce pathogène, c’est de se constituer une mémoire immunologique. Ainsi, une fois le danger écarté, le système immunitaire continue d’évoluer et d’améliorer la réponse qu’il générera en cas de réinfection. Cette évolution favorise la maturation des anticorps afin qu’ils deviennent plus puissants et qu’ils possèdent une plus grande affinité pour le virus », explique le virologue.

Les auteurs de l’article de Nature précisent justement que les cellules B mémoires détectées dans le plasma des convalescents ont évolué au cours des 5 mois séparant les deux prélèvements, car les anticorps qu’elles produisent 6,2 mois après l’infection sont plus puissants et ont une plus grande affinité pour le SRAS-CoV-2 que ceux générés 1,3 mois suivant les premiers symptômes.

Pendant combien de temps cette immunité persistera-t-elle ? « On ne le sait pas, car nous n’avons pas assez de recul, mais le fait qu’elle soit présente huit mois après l’infection nous laisse penser qu’elle sera présente probablement un bon moment », répond M. Finzi.

Autre bonne nouvelle : les variants du SRAS-CoV-2 qui ont fait les manchettes des dernières semaines sont anéantis par la réponse immunitaire générée par la mémoire immunologique induite par des virus de la première vague.

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3 commentaires
  • Yolande Naggar - Abonné 19 janvier 2021 08 h 08

    Une lueure d'espoir enfin, MERCI!

    J'espère que nous pourrons conserver dans nos mémoires collectives aussi bien que dans nos mémoires imminologiques, toute l'importance de la gratidude pour ce que nous prenons pour acquis; celle de l'entraide, de la solidarité, de la bienveillance, de l'empathie, de l'éthique et de l'égalité. On a vu à quel point cette maladie n'épargne personne, qu'importe l'âge, les croyances ou la position sociale! Toutefois, l'attitude face à cette maladie contagieuse et mortelle à grande échelle, peut faire toute la différence.

  • Hélène Lagacé - Abonnée 19 janvier 2021 18 h 25

    Et pour les vaccins?

    Qu'en est-il de l'effet de la première dose des vaccins Pfizer et Moderna ? Est-ce que la première dose entraîne la même réponse immunitaire qu'une infection?

    • Françoise Labelle - Abonnée 20 janvier 2021 07 h 49

      LA réponse: on ne sait pas. Il y a des avis contradictoires. D'une part, «la plupart des vaccins nécessitent des doses de rappel pour être efficaces» https://www.bbc.com/afrique/monde-55675238

      Mais, d'après des rapports israéliens, 50% des vaccinés au Pfizer auraient développé des anticorps après deux semaines.
      «Études sur la COVID-19 | L’efficacité réelle du vaccin Pfizer se précise» La presse

      L'EPA américaine rappelle que les tests d'efficacité ont porté sur deux doses avec un écart de 21 (Pfizer) et 28 jours (Moderna). La première dose prépare le système inmmunitaire et la deuxième, le stimulant («booster»), produirait un effet significatif.
      «FDA Statement on Following the Authorized Dosing Schedules for COVID-19 Vaccines» FDA 4 janvier.