La face cachée de la recherche à l'IRSST

Catherine Couturier Collaboration spéciale
«Nous sommes les mains des chercheurs. [...] Les chercheurs ont les idées, nous, on les met en branle. L’un ne va pas sans l’autre.»
Illustration: Tiffet «Nous sommes les mains des chercheurs. [...] Les chercheurs ont les idées, nous, on les met en branle. L’un ne va pas sans l’autre.»

Ce texte fait partie du cahier spécial 40 ans de l’IRSST

« Les gens qui ne connaissent pas mon travail ont l’impression qu’on est une dizaine de personnes et qu’on fait de la recherche très mécanique, comme sur les barrières de sécurité », raconte Martin Lebeau, économiste à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST). Mais avec plus d’une centaine d’employés et des spécialités aussi variées que la microbiologie, l’ergonomie ou l’anthropologie, la recherche à l’IRSST est multiple. Surtout, elle avance grâce à un écosystème qui nourrit les chercheurs.

Plusieurs professions sont au cœur des projets de recherche sur la santé et la sécurité au travail (SST) menés par la vingtaine de chercheurs de l’Institut et leurs partenaires. En amont, en aval ou en parallèle, ces spécialistes appuient les chercheurs de multiples façons. Michel Asselin est directeur de la Prévention des risques chimiques, biologiques, mécaniques et physiques. Il dirige une des deux équipes de chercheurs de l’IRSST (l’autre étant regroupée sous la direction de la Prévention des problématiques de SST et réadaptation). « Mon rôle est de soutenir les chercheurs sur les plans administratif et opérationnel », explique-t-il.

« On couvre de nombreuses problématiques de santé et de sécurité du travail, malgré notre petite équipe de chercheurs, en comparaison avec d’autres instituts semblables dans le monde », précise M. Asselin. La SST regroupe en effet plusieurs domaines : ergonomie, santé mentale et retour au travail, effets de la chaleur, des solvants ou des moisissures sur la santé, etc. Pour mener à bien sa mission, l’IRSST favorise donc la collaboration avec des chercheurs dans les universités et des partenaires industriels. Les chercheurs travaillent ainsi avec environ 200 partenaires différents. Le directeur intervient lors de la négociation des ententes (partage de la propriété intellectuelle ou d’installations, etc.) et doit faire preuve de diplomatie pour concilier les intérêts des employeurs, des travailleurs, des chercheurs comme des partenaires industriels.

Équipe de soutien

D’autres professionnels appuient quotidiennement les chercheurs dans leurs travaux. « Nous sommes les mains des chercheurs », explique Nancy Lacombe, technicienne en laboratoire spécialisée en microbiologie. « Les chercheurs ont les idées, nous, on les met en branle. L’un ne va pas sans l’autre », ajoute-t-elle. L’IRSST compte ainsi une trentaine de techniciens en laboratoire, dont cinq voués à la recherche.

Les chercheurs peuvent également compter sur l’aide précieuse de Maryse Gagnon, « leur » bibliothécaire. « Ils se tournent vers moi en début de projet pour les aider à faire un portrait de la recherche », dit-elle. En plus de les aider à constituer une revue de littérature, elle alimente les chercheurs et les étudiants en assurant une veille. « On surveille tout ce qui se publie sur le sujet de la santé et de la sécurité au travail », ajoute la bibliothécaire. En fin de projet, les chercheurs peuvent encore compter sur l’aide de Mme Gagnon pour qu’elle mette à jour leurs références et les outille pour la présentation de leur bibliographie.

Diversité d’expertises

Pas besoin d’être microbiologiste, chimiste ou ingénieur, donc, pour contribuer à la mission de l’Institut : de nombreuses expertises contribuent à faire rayonner la recherche. Et si les chercheurs sont très pointus dans leur domaine, les autres professionnels, eux, doivent avoir une compréhension globale d’une foule d’enjeux. « Les sujets touchent à plein de disciplines, explique la bibliothécaire, et je dois répondre à des demandes dans plusieurs domaines, comme la toxicologie, l’ergonomie, l’ingénierie, la mécanique », précise-t-elle.

L’hygiéniste du travail certifiée, Capucine Ouellet, en fait même sa spécialité. « J’ai une vision large de la SST. Je comprends les enjeux de façon globale et j’apporte une vision d’ensemble », dit-elle. La professionnelle scientifique assiste les chercheurs dans leurs projets et participe à l’évaluation des risques en santé dans les milieux de travail aussi diversifiés que des manufactures de plastique, des fonderies, des industries alimentaires ou des bureaux. Elle mène par ailleurs une activité de recherche elle-même, tout comme Martin Lebeau. Seul économiste à l’IRSST, M. Lebeau a été embauché pour développer un aspect peu traité de la SST, mais particulièrement pertinent pour le terrain : le calcul des coûts des lésions professionnelles pour la société et de la rentabilité des investissements en prévention.

Et si les chercheurs écrivent des rapports et des articles scientifiques, la Direction des communications et de la valorisation de la recherche s’occupe de vulgariser et de disséminer les résultats au grand public, travailleurs comme employeurs. Gaétan Boucher est conseiller numérique. « Je m’occupe de l’environnement Web de l’organisme : site Web, gestion des médias sociaux, etc. » Les sujets à démystifier sont multiples, explique M. Boucher. « Le principal sujet est la santé et la sécurité au travail, mais, à l’intérieur de ce grand thème, tous les projets sont uniques en soi. C’est un défi d’aller chercher un public différent chaque fois. » Une équipe pluridisciplinaire est à pied d’œuvre pour vulgariser les résultats sous différentes formes, du dépliant à la revue Prévention au travail, en passant par les médias sociaux. C’est un aspect essentiel, souligne Capucine Ouellet. « Les rapports scientifiques vont être lus par d’autres scientifiques. Ça prend des documents de vulgarisation pour faire le transfert des connaissances », explique celle dont le métier est axé sur les besoins du terrain.

Tous vers un même objectif

Même si les chercheurs sont souvent mis à l’avant-plan, le travail à l’IRSST se fait de façon collaborative, confie Nancy Lacombe. « Il y a vraiment une belle cohésion, et on fait tous front commun pour faire avancer les projets », explique la technicienne de laboratoire. La mission de l’Institut s’avère particulièrement mobilisatrice.  « C’est motivant de travailler dans un organisme dont l’objectif est le bien commun », note M. Boucher.

L’ensemble de l’équipe est au courant des buts et des résultats de la recherche, affirme Mme Lacombe.« Quand je me lève à 5 heures, le matin, pour aller sur le terrain, je sais que le chercheur se lève en même temps. On est tous dans le même bateau, et ça, c’est motivant ! »