Vulgariser la recherche pour mieux protéger les travailleurs

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Dès le début de la pandémie, des équipes de chercheurs de l’IRSST ont étudié de nouveaux sujets, comme l’implantation efficace de parois d’acrylique dans les supermarchés.
Roland Schlager Agence France-Presse Dès le début de la pandémie, des équipes de chercheurs de l’IRSST ont étudié de nouveaux sujets, comme l’implantation efficace de parois d’acrylique dans les supermarchés.

Ce texte fait partie du cahier spécial 40 ans de l’IRSST

La prévention est primordiale pour promouvoir la santé et sécurité des travailleurs et celle-ci gagne à s’ancrer dans des connaissances produites par la recherche. C’est justement la mission de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) depuis 40 ans.

En 2019, les accidents de travail ont tué 57 personnes au Québec et 133 sont décédées des suites d’une maladie professionnelle, selon la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST). Cette même année, cette dernière a ouvert et accepté pas moins de 107 465 dossiers d’accidents de travail ou de maladies professionnelles.

« Notre rôle consiste à mener ou financer des projets de recherche pour améliorer la prévention, mais surtout à nous assurer de divulguer ces nouvelles connaissances, afin qu’elles servent dans les milieux de travail », explique le directeur de l’IRSST, Charles Gagné. La diffusion s’effectue par l’entremise de notre site Web, de sites thématiques, des médias sociaux, de colloques et d’un magazine réalisé en collaboration avec la CNESST.

L’Institut valide ses projets de recherche et les outils qui en découlent auprès des acteurs des milieux de travail, notamment dans le cadre d’une vingtaine de comités thématiques. « Le domaine de la santé et de la sécurité au travail compte beaucoup d’intervenants, que ce soit les représentants patronaux et syndicaux, les spécialistes de la prévention, les cliniciens ou les consultants, et nous voulons répondre aux besoins propres à chacun », précise M. Gagné.

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C’est le nombre de Québécois qui ont perdu la vie en raison du travail en 2019. De ce nombre, 57 sont décédés à la suite d’un accident et 133 des suites d’une maladie professionnelle.

Sans compter que l’actualité exige parfois une réaction rapide. Dès le début de la pandémie, des équipes de chercheurs de l’IRSST ont étudié de nouveaux sujets, comme l’implantation efficace de parois d’acrylique dans les supermarchés ou les autobus et l’évaluation du niveau de sécurité offert par différents types de masque. « Nos chercheurs ont réagi très vite pour être utiles dans cette situation difficile », indique le directeur.

Éviter les drames

En juillet 2014, Maxime Fortier, un mécanicien de 18 ans, est mort écrasé par une minifourgonnette tombée d’un pont élévateur. L’enquête de la CSST a ensuite dévoilé des lacunes quant aux dispositifs de blocage du pont élévateur. « Le décès de ce jeune homme a montré l’urgence de déterminer plus clairement les enjeux liés à l’utilisation des ponts élévateurs et surtout de sensibiliser les travailleurs, les employeurs et les fabricants à ce sujet », raconte Sylvie Mallette, directrice générale d’Auto Prévention.

L’organisme a fait confiance à l’IRSST pour mener un projet de recherche, qui n’est pas terminé. Des chercheurs ont d’abord étudié la stabilité de véhicules montés sur des ponts élévateurs dans diverses conditions au Centre de formation professionnelle de l’automobile, à Sainte-Thérèse. Ils ont ensuite réalisé des entrevues et filmé les opérations dans cinq garages. « Les résultats de leurs recherches nous aideront à déterminer les facteurs qui influencent la sécurité dans l’usage des ponts élévateurs et donc à améliorer la prévention », dit Mme Mallette.

Photo: Auto Prévention Après le décès malheureux d'un mécanicien sur son lieu de travail, l'organisme Auto Prévention a fait appel aux chercheurs de l'IRSST. 

Son organisme avait aussi mené des recherches avec l’IRSST au sujet des risques liés à la manutention de pneus de véhicules lourds et légers. Les chercheurs de l’Institut ont observé les méthodes de travail dans un entrepôt de pneus, dans un atelier de véhicules lourds et chez deux concessionnaires de véhicules légers. En plus de présenter leurs conclusions de manière détaillée à Auto Prévention, ils ont aidé l’organisme à produire des fiches techniques et des formations pour améliorer la prévention.

Mobiliser les milieux

De son côté, Denise Soucy, directrice générale de l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail (APSAM), a collaboré avec l’IRSST pour soutenir les travailleurs des centres d’appels d’urgence 911. Une première étude, réalisée dès 2004, avait indiqué que 96 % d’entre eux éprouvaient des douleurs musculosquelettiques, mais aussi que la moitié d’entre eux souffrait de détresse psychologique.

« Cette étude avait surtout montré que le travail de ces téléopérateurs demeurait mal connu, précise la directrice. Pour implanter de bonnes mesures de prévention, il devenait impératif d’augmenter la sensibilisation des directeurs et des responsables des ressources humaines, mais également des partenaires de ces travailleurs, comme les services de police ou d’incendie. »

L’Institut a poursuivi le travail avec une deuxième étude, qui portait sur les interventions visant à réduire les troubles musculosquelettiques et de santé psychologique, et une troisième cherchant à mieux organiser la prise et la répartition des appels d’urgence.

« L’IRSST a joué un rôle très important, car nous avions besoin que les mesures de prévention proposées soient appuyées par des données scientifiques, explique Mme Soucy. Mais le plus grand succès de ce projet vient du fait que ces connaissances ont permis au milieu de se mobiliser et de s’améliorer par lui-même. »