L’enseignant-chercheur, ou le don d’ubiquité

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Entre deux cours en ligne, pandémie oblige, les enseignants-chercheurs consacrent leur temps à leurs activités de recherche.
Illustration: Getty Images Entre deux cours en ligne, pandémie oblige, les enseignants-chercheurs consacrent leur temps à leurs activités de recherche.

Ce texte fait partie du cahier spécial Relève en recherche

Avec ce titre, facile de deviner à quoi les enseignants-chercheurs consacrent leur temps ! Motivés, dynamiques et impliqués, ils ont des horaires bien chargés puisqu’ils ont choisi de continuer à explorer un domaine de recherche tout en transmettant leur savoir.

Sandra Binning enseigne les effets des hormones sur le comportement des animaux, plus particulièrement le stress chez les poissons, et plus précisément encore, les parasites chez les crapets-soleils. Cette professeure adjointe au Département des sciences biologiques de l’Université de Montréal donne un cours par semaine à des étudiants de premier cycle. En plus de la préparation des cours, des corrections et de l’aide aux élèves, Sandra Binning supervise des étudiants au doctorat et à la maîtrise ainsi que ceux du premier cycle qui sont en stage. « Le reste du temps, je le passe sur mes activités de recherche avec des collaborateurs qui sont un peu partout dans le monde », lance la chercheuse qui fait aussi partie de nombreux comités départementaux, participe à des colloques et à des séminaires, et donne des conférences.

[La pandémie] m’a permis d’explorer des sujets que je n’avais pas nécessairement prévu de couvrir immédiatement dans ma carrière

Si l’emploi du temps de Sandra Binning est bien rempli, celui de Patrick Noël l’est tout autant. Depuis 2015, cet épistémologue de l’histoire enseigne l’histoire du Canada et des États-Unis aux étudiants de premier cycle du Département des sciences humaines et sociales de l’Université de Saint-Boniface au Manitoba. « Ma tâche se décompose en trois : l’enseignement, la recherche et les services à la communauté », explique Patrick Noël. Si l’enseignement et l’aide aux étudiants occupent une bonne partie de son temps, le volet recherche consiste souvent en la rédaction d’articles spécialisés et la préparation d’interventions dans des colloques. « Comme on est une petite université et peu de profs, on siège à une multitude de comités », lance le professeur qui fait partie du syndicat et d’Acfas Manitoba… tout en étant également sénateur ! Il rappelle qu’en milieu minoritaire, le volet du service à la communauté revêt une grande importance. « Il m’arrive souvent d’intervenir dans les médias pour commenter un événement historique manitobain », ajoute celui qui prend plaisir à jouer un rôle dans l’épanouissement de la communauté francophone minoritaire.

La pandémie ouvre des fenêtres

La COVID-19 a bouleversé les activités de recherche de Sandra Binning. Impossible dorénavant de se rendre à la station de biologie des Laurentides. « Normalement, c’est génial et les étudiants peuvent y passer une partie de l’été. Cette année, la station a été fermée jusqu’à la mi-juillet et nous ne pouvions y aller qu’en nombre restreint », explique la professeure. Toutefois, comme la pandémie force les gens à devenir créatifs, « ça m’a permis d’explorer des sujets que je n’avais pas nécessairement prévu de couvrir immédiatement dans ma carrière, je développe de nouvelles collaborations. La pandémie ferme des portes, mais ça ouvre des fenêtres », ajoute-t-elle.

Pour Patrick Noël, la COVID-19 se résume en un seul mot : isolement : « On est à peine 40 profs ici, on mange ensemble, on discute de nous, de nos recherches. Aujourd’hui, tout ça n’existe plus. » Pour lui, l’enseignement en personne est très énergisant et le porte pour toute la session, ce qu’il ne retrouve évidemment pas avec Zoom…

Afin de contrer cet effet d’isolement, Sandra Binning a multiplié les rencontres avec ses étudiants diplômés : « Les réunions de laboratoire qui avaient lieu deux fois par mois se tiennent maintenant toutes les semaines pour s’assurer d’avoir plus de contacts avec les étudiants. » Ce sont les interactions informelles qui lui manquent le plus. « On a tous les outils pour communiquer, mais c’est le manque de spontanéité qui est difficile. »

Toutefois, ni l’un ni l’autre ne remet en question son choix de carrière et tous deux se considèrent comme privilégiés d’occuper un poste de professeur. Ils se disent que tout ça finira bien pas passer et, en attendant, ils tentent tant bien que mal de s’adapter.