Les cas de réinfection par le coronavirus seraient plutôt rares

Un homme de 33 ans aurait contracté à nouveau la COVID-19 lors d’un voyage, quatre mois et demi après avoir souffert d’une première infection.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Un homme de 33 ans aurait contracté à nouveau la COVID-19 lors d’un voyage, quatre mois et demi après avoir souffert d’une première infection.

Plusieurs cas anecdotiques de réinfection par le coronavirus ont été évoqués dans les médias sans vraiment convaincre la communauté scientifique. Cette fois, des chercheurs de l’Université de Hong Kong confirment dans une publication à paraître le cas d’un homme de 33 ans qui a contracté à nouveau la COVID-19 lors d’un voyage en Espagne, quatre mois et demi après avoir souffert d’une première infection, en mars dernier, à Hong Kong.

Cette personne asymptomatique a découvert qu’elle était à nouveau infectée par le SRAS-CoV-2 lors d’un test de dépistage qu’elle a subi à sa sortie de l’avion qui la ramenait d’Europe à Hong Kong. Les chercheurs ont ensuite séquencé le génome des virus responsables de cette seconde infection. Puis, en le comparant à celui des virus de sa première infection qui s’était manifestée par de la toux et de la fièvre, ils ont remarqué qu’il s’agissait de deux variants différents de SRAS-CoV-2, car les génomes se distinguaient par 24 nucléotides sur les 27 000 que comprend le génome complet du virus. « Ces différences confirmaient qu’il s’agissait bel et bien d’une nouvelle infection et non pas de virus demeurés latents qui se seraient réactivés », explique André Darveau, professeur à l’Université Laval.

Ce cas de réinfection ne surprend pas vraiment les experts, compte tenu de ce qu’on savait des infections causées par d’autres coronavirus communs et saisonniers, comme ceux du rhume, qui ne procurent pas une immunité à long terme [puisqu’il est possible de recontracter le rhume année après année], fait remarquer le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Pour cette même raison, la pédiatre microbiologiste-infectiologue Caroline Quach, du CHU Sainte-Justine, affirme aussi qu’« il est plausible que les gens s’infectent à nouveau, mais probablement avec des symptômes assez légers qui pourraient passer inaperçus ». « Il est possible que d’autres personnes aient été victimes d’une deuxième infection, mais que celle-ci n’ait jamais été découverte parce qu’on ne dépiste pas les gens sans raison », dit-elle, tout en soulignant qu’on ne sait toutefois pas la fréquence de telles réinfections. « C’est probablement relativement rare puisque c’est le premier cas qui est rapporté sur 24 millions de personnes infectées à travers le monde », fait-elle remarquer.

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La Dre Quach et ses collègues ont commencé à recruter 735 travailleurs de la santé qui ont eu une première infection à la COVID-19 au cours du printemps dernier. Pendant les 12 prochains mois, ces chercheurs procéderont, tous les trois mois, à des analyses sanguines visant à suivre la réponse du système immunitaire des participants, soit leur niveau d’anticorps et leur réponse cellulaire. On les soumettra aussi à un test de dépistage dès qu’ils auront des symptômes, ou à deux moments choisis aléatoirement dans l’année pour vérifier s’ils ont recontracté la COVID-19. « Si on détecte des virus lors de ces dépistages, on les séquencera pour vérifier qu’il s’agit bien de virus distincts de la première infection. Compte tenu de ce qu’on a relevé dans les études portant sur les autres coronavirus responsables des rhumes communs, on s’attend à retrouver de 10 à 15 cas de réinfection parmi les 735 participants. L’étude nous permettra de préciser l’ampleur du phénomène », précise la Dre Quach.

Les chercheurs de l’Université de Hong Kong avancent pour leur part que le cas qu’ils décrivent était asymptomatique lors de sa réinfection, probablement en raison de l’immunité qu’il aurait acquise lors de sa première infection. « En effet, on peut penser que cette personne avait gardé une certaine immunité de sa première infection. Mais en se basant sur un seul patient dont on ne sait encore rien de l’état de son système immunitaire, c’est difficile de tirer des conclusions définitives », affirme M. Darveau.

« Mais même asymptomatique, un individu peut en principe transmettre le virus, se désole la Dre Quach. Il est peut-être un peu moins contagieux parce qu’il n’éternue pas et ne tousse pas, mais il excrète du virus, ce qui fait qu’en parlant, en chantant, il pourrait être une source de contamination pour une personne fragile qui se tiendrait à ses côtés. »

Elle admet qu’il se pourrait que « la présence d’anticorps et l’immunité cellulaire [issue de la première infection] fassent en sorte que la charge virale au niveau du nez soit moins importante et diminue du coup l’excrétion de virus. Mais il est trop tôt pour le dire ».

« Même si le phénomène de réinfection est relativement rare, cela veut donc dire qu’on ne pourra jamais vraiment compter sur une immunité de groupe qui permettrait la disparition du virus. Cela veut dire que le virus continuera à se transmettre à bas bruit, sans donner beaucoup de symptômes », fait remarquer la Dre Quach.

Et « il est important que les personnes ayant été infectées continuent à suivre les mesures de distanciation, à porter un masque et qu’elles se fassent vacciner, car elles peuvent être infectées à nouveau », rappelle M. Darveau.

Si l’infection naturelle ne donne pas de protection à long terme, doit-on craindre que les vaccins qu’on aura mis au point ne soient pas efficaces très longtemps et qu’on puisse contracter à nouveau la COVID-19 même en ayant été vacciné ? « Il est possible que les vaccins engendrent une immunité plus durable et plus vigoureuse que le fait d’avoir eu la maladie, car on peut leur ajouter des adjuvants qui pourront augmenter la réponse du système immunitaire et aussi prévoir un rappel », ajoute M. Darveau. « Mais on ne le saura que lorsqu’on testera les vaccins », déclare le Dr De Serres.

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