Près de 3% des adultes auraient contracté la COVID-19 au Québec

Selon l'échantillon d'Héma-Québec, 2,23% de la population adulte du Québec a contracté la COVID-19. 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Selon l'échantillon d'Héma-Québec, 2,23% de la population adulte du Québec a contracté la COVID-19. 

Une étude de séroprévalence réalisée par Héma-Québec révèle que plus de 97 % de la population adulte du Québec est encore susceptible de contracter la COVID-19. Cette enquête met ainsi en lumière le fait que la crise hospitalière que le Québec a traversée durant le pic de l’épidémie résultait de l’infection d’à peine 3 % de la population.

« Cette étude a été menée à la demande de la santé publique du Québec, car on voulait savoir quelle proportion de la population avait été affectée par la première vague », précise le Dr Marc Germain, vice-président, affaires médicales et innovation, chez Héma-Québec.

Héma-Québec a échantillonné 7691 personnes âgées de 18 à 69 ans qui avaient donné de leur sang entre le 25 mai et le 9 juillet, lors de collectes de sang organisées à travers le Québec. Un test sérologique mis au point par Héma-Québec a été utilisé pour détecter la présence d’anticorps dirigés contre le SRAS-CoV-2 dans le sang de ces personnes. On a ainsi trouvé que 173 de ces donneurs présentaient des anticorps. En tenant compte du poids démographique de chaque région, du groupe d’âge et du sexe, on a estimé que, globalement, 2,23 % de la population adulte du Québec avait été infectée au début de juillet. Cela voudrait donc dire que 124 880 personnes ont été contaminées, alors que seulement 37 000 cas positifs ont été identifiés et confirmés à la suite d’un test de dépistage. « Il y aurait ainsi entre trois et quatre (3,4) fois plus de personnes qui ont été infectées que d’individus identifiés et déclarés positifs », fait remarquer le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique (INSPQ), qui a collaboré à l’étude.

Ces proportions sont comparables à ce qu’a révélé une étude de séroprévalence réalisée en Ontario, où il s’est avéré qu’il y avait probablement quatre fois plus de personnes ayant développé la COVID-19, soit 1,2 % de la population ontarienne, que de cas officiellement déclarés positifs. En Colombie-Britannique, une étude semblable a indiqué que 0,5 % de la population de cette province, qui a été beaucoup moins éprouvée que le Québec, avait vraisemblablement contracté la COVID-19.

Il y aurait ainsi entre trois et quatre (3,4) fois plus de personnes qui ont été infectées que d’individus identifiés et déclarés positifs

 

Il est aussi apparu que, dans les régions de Montréal et de Laval, cette proportion a atteint 3 %, alors que dans le reste du Québec, elle ne dépassait pas 1 %, et dans la ceinture de Montréal, elle se situait entre 1 % et 3 %.

Étrangement, l’étude a indiqué que la région Mauricie–Centre-du-Québec présentait une séroprévalence (2,95 %) équivalente à celle des régions de Montréal et de Laval, alors que le nombre de cas rapporté par le ministère était trois fois moindre que celui de Montréal et de Laval. « Cet écart peut s’expliquer par une plus grande variabilité statistique en raison du moins grand nombre de donneurs de sang dans cette région. Il se peut aussi qu’il y ait eu une circulation plus forte des virus dans cette région que dans les autres régions du Québec. Plusieurs CHSLD de la Mauricie–Centre-du-Québec ont été durement frappés par la COVID-19 », rappelle le Dr De Serres.

Dans une autre phase de l’étude qui est en cours, on contacte toutes les personnes chez lesquelles on a décelé des anticorps pour savoir quelle proportion d’entre elles était asymptomatique lorsqu’elles ont développé la maladie. « Cette information est importante pour évaluer la transmission de la maladie », précise le Dr De Serres.

Quelques bémols à l’étude: d’abord, elle n’est pas représentative de toute la population québécoise, car elle ne portait que sur des adultes de 18 à 69 ans. En effet, « l’étude n’inclut pas la population des enfants et des adolescents parce qu’ils ne sont pas admissibles au don de sang. Et il manque les personnes âgées, auxquelles on demandait de demeurer confinées à la maison. Mais on sait que la prévalence diminue légèrement chez les personnes plus âgées, peut-être parce qu’elles ont fait plus attention », fait remarquer le Dr Germain.

Ensuite, le Dr De Serres fait remarquer que, même si les personnes ayant été infectées par le SRAS-CoV-2 étaient autorisées à donner du sang, il se peut qu’elles aient hésité à le faire et ne l'aient pas fait. « Si c’est en effet le cas, cela veut dire qu’on sous-estimerait la proportion de la population qui a été infectée. Les appels téléphoniques nous permettront d’évaluer l’ampleur de ce biais, s’il existe. Mais les résultats demeureront assurément du même ordre de grandeur. Si au lieu de 2,23 % des Québécois, c’est 3 %, pour les besoins de la santé publique, le message reste le même : 97 % de la population est vulnérable. On ne peut donc pas compter sur l’immunité de groupe parce qu’à peu près tout le monde, à l’exception d’une toute petite proportion, est encore susceptible [de contracter la maladie]. »

Population vulnérable

« Cette étude nous donne une estimation qui n’est pas parfaite, mais elle a clairement montré que la proportion de la population qui est susceptible de contracter la maladie reste extrêmement élevée : 97 % de la population est encore vulnérable. En dépit du branle-bas qu’on a connu au printemps, il y a seulement 3 % de la population des régions de Montréal et de Laval qui a été infectée. C’est très peu. La population québécoise n’est pas immunisée. On ne peut donc pas compter sur l’immunité de groupe », souligne le Dr De Serres.

« Pour bénéficier d’une protection au sein de la population, il faudrait qu’une proportion beaucoup plus grande de la population (bien au-delà de 2 %) soit immunisée par la maladie, poursuit le Dr Germain. Je crois que personne espère qu’on en arrive à une immunité de groupe autrement que par la vaccination. S’il faut que 50 % à 60 % de la population soient infectés pour qu’on soit immunisé en tant que groupe, ça serait un gros désastre ! »

Les résultats de cette étude serviront à « modéliser la transmission de la maladie dans la population et ainsi aider le gouvernement à prévoir ce qui va se produire. Le gouvernement pourra ensuite décider des interventions à instaurer », affirme le Dr De Serres.

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