Un nouvel espoir pour les personnes atteintes de sclérose en plaques

La molécule ALCAM (Activated Leukocyte Cell Adhesion Molecule) est une molécule d’adhérence qui ressemble à une petite branche de velcro que les cellules du système immunitaire, en l’occurrence les lymphocytes B, utilisent pour pénétrer dans un organe du corps en réponse à une infection ou une agression.
Photo: CRCHUM La molécule ALCAM (Activated Leukocyte Cell Adhesion Molecule) est une molécule d’adhérence qui ressemble à une petite branche de velcro que les cellules du système immunitaire, en l’occurrence les lymphocytes B, utilisent pour pénétrer dans un organe du corps en réponse à une infection ou une agression.

L’identification d’une molécule à la surface des lymphocytes B des personnes atteintes de la sclérose en plaques par une équipe du Centre de recherche du CHUM ouvre la perspective d’une nouvelle cible à viser pour freiner la progression de cette maladie, qui est plus fréquente au Canada et au Québec qu’ailleurs dans le monde.

Cette découverte, qui donnera un nouvel espoir aux patients, fait l’objet d’une publication dans la revue Science Translational Medicine.

Chez 90 % des personnes atteintes de sclérose en plaques, la maladie débute par une forme cyclique, ponctuée d’épisodes durant lesquels des symptômes font leur apparition, et qui sont suivis de longues périodes de rémission parfois complète.

Grâce aux traitements qui freinent la phase cyclique, on voit beaucoup moins de personnes en fauteuil roulant qu’il y a 20 ans

Au bout de 15 ans, de 50 à 60 % de ces patients développent une forme progressive au cours de laquelle le handicap s’accroît constamment.

Par ailleurs, 10 % des patients développent d’emblée une forme progressive qui est généralement beaucoup plus difficile à traiter.

La découverte du CRCHUM pourrait servir à traiter tous les patients se trouvant dans une phase progressive de la maladie.

Normalement, les cellules immunitaires ne pénètrent pas dans le cerveau, sauf lors d’infections virale ou bactérienne, comme une encéphalite. Elles en sont empêchées par la barrière hémato-encéphalique qui sépare le sang du tissu cérébral.

Or, dans la sclérose en plaques qui est une maladie auto-immune, les lymphocytes T et B réussissent à traverser la barrière hémato-encéphalique des petits vaisseaux et pénètrent ainsi dans le cerveau, où ils détruiront la gaine isolante de myéline et les neurones enveloppés par celle-ci.

Une molécule responsable

Photo: Bonesso-Dumas Le Dr Alexandre Prat
L’équipe du Dr Alexandre Prat, chercheur au CRCHUM, a découvert que les lymphocytes B des personnes atteintes de la sclérose en plaques portaient à leur surface une molécule qui facilite leur passage à travers la barrière hémato-encéphalique des microvaisseaux cérébraux et qui induit ainsi leur accumulation dans le cerveau où ils produiront des anticorps.

La molécule en question, dénommée ALCAM (Activated Leukocyte Cell Adhesion Molecule), est une molécule d’adhérence qui ressemble à une petite branche de velcro que les cellules du système immunitaire, en l’occurrence les lymphocytes B, utilisent pour pénétrer dans un organe du corps en réponse à une infection ou à une agression.

Sur les cellules endothéliales des vaisseaux, d’autre part, se trouvent des récepteurs avec lesquels les molécules d’adhérence présentes sur les cellules immunitaires établissent un contact, « comme une branche de velcro qui s’attache à son anneau de velcro ». Ce contact permet à la cellule immunitaire de traverser la barrière hémato-encéphalique et d’atteindre l’organe, qui dans ce cas-ci est le cerveau, explique M. Prat.

Une fois parvenus dans le cerveau, les lymphocytes B se cachent, demeurent silencieux et s’accumulent.

« Quand ils atteignent une masse critique suffisante, ils forment de petites structures qui produisent des anticorps dirigés contre la gaine de myéline, mais aussi contre les neurones, et qui de ce fait provoquent la forme progressive de la maladie », poursuit-il.

« On sait depuis longtemps que les lymphocytes B jouent un rôle déterminant dans la progression de la maladie puisque deux, bientôt trois, traitements qui sont assez efficaces ciblent spécifiquement les lymphocytes B. »

« Mais malheureusement, ces trois traitements éliminent tous les lymphocytes B en circulation dans le sang, ce qui rend les patients beaucoup plus vulnérables aux infections, alors qu’avec notre découverte, on pourrait empêcher sélectivement l’entrée des lymphocytes B dans le cerveau. Le patient pourrait ainsi continuer de profiter d’une surveillance immunitaire des infections tout en empêchant l’infiltration dans le cerveau des lymphocytes B qui causent la progression de la maladie », souligne le Dr Prat.

Vers un médicament

Selon le chercheur, le développement d’un médicament qui ciblerait la molécule ALCAM afin de l’empêcher d’entrer en contact avec son récepteur et ainsi de lui faciliter le passage dans le tissu cérébral pourrait prendre de cinq à six ans.

« On ne comprend toutefois pas vraiment pourquoi la molécule ALCAM est fortement exprimée sur les lymphocytes B des personnes atteintes de sclérose en plaques, et pourquoi soudainement la barrière hémato-encéphalique devient perméable aux lymphocytes T et aux lymphocytes B. Car il n’y a pourtant pas de corps étranger dans le cerveau, aucune infection virale et bactérienne n’a été associée à la sclérose en plaques, aucun facteur environnemental, tel que des toxines, non plus »,avoue le chercheur.

« Grâce aux traitements qui freinent la phase cyclique, on voit beaucoup moins de personnes en fauteuil roulant qu’il y a 20 ans. En continuant d’enrichir notre arsenal thérapeutique, les patients en viendront à mourir d’autre chose que de la sclérose en plaques », se réjouit le Dr Prat.