Les longues missions spatiales sous le signe de Vénus

<p>L'astronaute américaine Christina Koch, a fait partie de la première sortie extravéhiculaire exclusivement féminine ce vendredi.</p>
Photo: NASA

L'astronaute américaine Christina Koch, a fait partie de la première sortie extravéhiculaire exclusivement féminine ce vendredi.

Découpant le ciel noir d’ébène, des astronautes s’affairaient vendredi matin à remplacer un contrôleur du système électrique de la Station spatiale internationale. Incognito sous leur combinaison blanche, ces deux humains flottant dans le vide réalisaient, bien subtilement, une première en six décennies d’aventure spatiale : c’étaient tous deux des femmes.

Christina Koch, âgée de 40 ans, et Jessica Meir, de 42 ans, deux Américaines, ont ainsi accompli la première sortie extravéhiculaire exclusivement féminine. En mars, une telle ballade était prévue à l’horaire, mais elle avait dû être annulée à la dernière minute parce que la taille des combinaisons spatiales à bord de la SSI ne convenait pas aux deux astronautes désignées. Un signe que l’exploration spatiale, encore aujourd’hui, est plutôt à la pointure de l’homme ? Peut-être, mais l’avenir des longues missions spatiales se trouverait plutôt sous le signe de Vénus…

Dans un numéro coïncidant avec le cinquantième anniversaire d’Apollo 11, le magazine National Geographic publiait cet été un article intitulé « N’envoyons que des femmes dans l’espace ». Quatre raisons étaient invoquées pour prendre ce virage : les femmes sont plus légères, elles ne souffrent pas d’un étrange problème de vision lié à l’espace, elles ont généralement des aptitudes psychologiques mieux adaptées aux longues missions, et — peut-être la raison qui fera le plus sourciller — elles pourraient mettre en oeuvre plus rapidement le peuplement d’une nouvelle planète.

Certes, il faudra attendre de voir plus de femmes revenir des étoiles pour confirmer l’ampleur des bénéfices évoqués. « Cependant, nous ne pouvons pas contester que les femmes disposent de certains avantages physiologiques pour les voyages spatiaux de courte ou de longue durée », confirme par courriel la médecin Laura Drudi, qui signait en 2014 une revue de littérature sur la santé des femmes dans l’espace.

Une question de taille

Le premier avantage dont les femmes disposent a des conséquences toutes économiques : elles sont moins grandes et moins lourdes que les représentants du sexe opposé. Au Canada, les femmes pèsent en moyenne 70 kg et les hommes, 84 kg — une différence de 17 %. Pour arracher une fusée à la gravité terrestre, chaque kilo compte.

Mais surtout, une plus petite masse corporelle signifie que les femmes, en moyenne, mangent moins, produisent moins de déchets et respirent moins. Les systèmes de traitement de l’air et des eaux usées sont donc moins sollicités ; la dimension de l’habitacle spatial peut même être réduite. Pour un aller-retour vers Mars, dont on évalue la durée à environ deux ans, les moins grandes fringales des femmes commencent à constituer un avantage qui pèse lourd dans la balance.

Et alors, pourquoi ne pas simplement choisir des astronautes de petite taille, sans considération pour leur sexe ? Peut-être parce que, si on se fie aux observations très parcellaires sur la santé des femmes dans l’espace, il semblerait que ces dernières soient épargnées d’un mal spatial bien peu commode.

Vision trouble

L’espace est un environnement hostile pour le corps humain. Le rayonnement cosmique endommage les noyaux cellulaires, créant des risques de cancer. L’absence de gravité atrophie les muscles et affaiblit les os. Et, étrangement, l’apesanteur réduit l’acuité visuelle.

En effet, une quinzaine d’hommes ont souffert de problèmes de vision lors de longues missions spatiales, mais aucune femme.

Sur Terre, le corps a tendance à pousser les fluides vers la tête afin de combattre la gravité. En apesanteur, ce mécanisme physiologique provoque un léger surplus de pression dans le crâne qui pèse sur les yeux. Cependant, les chercheurs ne savent pas pourquoi les femmes en sont (jusqu’à présent) exemptées.

Un autre avantage médical pourrait être propre aux femmes, note Steven Boyd, un professeur de radiologie à l’Université de Calgary qui mène un projet sur la dégradation osseuse des astronautes en collaboration avec l’Agence spatiale canadienne :

« Les femmes qui allaitent perdent une partie de leur masse osseuse, avant de la récupérer dans les mois suivants. Puisque les femmes ont cette capacité naturelle à régénérer leurs os, peut-être sont-elles mieux adaptées pour y arriver à la suite de longs voyages dans l’espace ? » se demande-t-il.

Esprit de groupe

Sans chercher à distinguer l’inné de l’acquis, certaines études se sont aussi penchées sur la dynamique propre à des groupes de femmes en vue d’éventuelles longues missions spatiales. En 2003, les psychologues Gloria R. Leon et Gro Mjeldheim Sandal ont examiné la dynamique interpersonnelle d’un duo féminin qui traversa l’Antarctique en 97 jours et d’un groupe de quatre femmes qui réalisa une randonnée transgroenlandaise de six semaines. Leur conclusion : « Les femmes ajoutent un élément de soutien émotionnel et d’aide aux autres membres de l’équipe qui n’est pas aussi manifeste dans les groupes entièrement masculins. »

Laura Drudi, qui est résidente en chirurgie vasculaire à l’Université McGill, fait le même constat. Même si les études psychosociales sur ce sujet se font rares, « il a été démontré que les femmes sont meilleures pour participer à de longs confinements où la sensibilité à la dynamique interpersonnelle est importante », indique-t-elle.

Faire des bébés spatiaux

Finalement, si jamais l’humanité s’attelait un jour à établir une colonie extraterrestre, les femmes auraient un rôle à jouer beaucoup plus crucial que les hommes. En effet, pourquoi se donner la peine de consacrer des places à bord du vaisseau à des mâles qui ne peuvent pas enfanter ? Leur apport à la reproduction peut être glissé dans un congélateur. La présence physique des femmes est, pour sa part, non négociable.

Évidemment, de tels voyages relèvent plutôt de la fabulation pour l’instant.

Plus concrètement, Christina Koch deviendra ce mois-ci la femme ayant séjourné le plus longtemps dans l’espace. Elle doit normalement rester à bord de la Station spatiale internationale jusqu’en février 2020.

Selon la NASA, son séjour permettra de mieux comprendre les effets d’une longue mission sur le corps d’une femme — et de mieux préparer d’éventuelles missions vers Mars ou la Lune.

2 commentaires
  • Charles-Étienne Gill - Abonné 19 octobre 2019 07 h 24

    Sous-titre trompeur

    Voici ce que le sous-titre de l'article à la une numérique indiquait :
    « La science démontre que les femmes feraient de meilleures voyageuses sidérales.»

    «La science» n'a pas fait une telle démonstration. UN article dans National Géographic faisait la promotion de n'envoyer que des femmes dans l'espace. Quelques traces d'études sur les femmes dans l'espace ou dans des milieux difficiles soutiennent le pt de vue dudit article, dont un prof de Calgary.

    Ce genre de biais est de plus en plus courant.

  • Sylvain Auclair - Abonné 19 octobre 2019 17 h 47

    Impesanteur

    Une bonne partie des problèmes décrits proviennent de l'impesanteur (ou apesanteur). Or, ill est très facile de simuler la pesanteur dans l'espace; il suffit de faire tourner le véhicule autour d'un point d'équilibre avec une autre partie du «train spatial». Évidemment, il y a sans doute une tonne de petits problèmes à régler, mais la science derrière cela est utilisée dans tous les parcs d'attractions de la Terre.