Développer l’intelligence artificielle sans déraper

Le document dévoilé mardi comprend dix principes devant guider les scientifiques, les entreprises et les élus lorsqu’il est question d’intelligence artificielle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le document dévoilé mardi comprend dix principes devant guider les scientifiques, les entreprises et les élus lorsqu’il est question d’intelligence artificielle.

Après plus d’un an de consultations publiques, la communauté scientifique québécoise a lancé mardi la version finale de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle (IA), dont le but est d’encadrer le déploiement futur de cette technologie, qui suscite à la fois des espoirs et des craintes.

Le document dévoilé à Montréal comprend dix principes devant guider les scientifiques, les entreprises et les élus lorsqu’il est question d’intelligence artificielle : l’utilisation de l’IA pour accroître le bien-être des utilisateurs, le respect de l’autonomie des personnes, la protection de l’intimité et de la vie privée, le maintien du lien de solidarité entre les personnes et les générations, la participation démocratique, l’équité, l’inclusion de la diversité, le besoin de faire preuve de prudence pour limiter les usages néfastes, le maintien de la responsabilité des êtres humains et le développement soutenable.

La Déclaration a été lancée sous sa forme préliminaire en novembre 2017 et a fait l’objet de consultations citoyennes à Montréal, à Québec et à Paris au cours de la dernière année. Au total, plus de 500 personnes ont participé à une vingtaine de forums.

D’autres documents publiés à travers le monde ont déjà abordé les enjeux éthiques de l’intelligence artificielle, mais celui-ci est l’un des premiers à émerger d’une aussi vaste consultation.

Traduire les paroles en actes

Le professeur de l’Université de Montréal et directeur scientifique de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila), Yoshua Bengio, a expliqué que ce guide éthique de l’IA est nécessaire parce que les forces du marché et le bien-être collectif ne sont pas toujours alignés.

« Je suis très fier de ce qu’on a fait ensemble au cours de la dernière année, mais c’est loin d’être suffisant, a-t-il précisé lors du dévoilement du document. On peut prononcer plein de belles paroles, mais si ça ne se traduit pas en actes, ça ne servira pas à grand-chose. »

La Déclaration doit avant tout permettre d’ouvrir la discussion pour faire face aux défis qui s’en viennent, a-t-il ajouté.

Appel à l’engagement

Les instigateurs de la Déclaration espèrent qu’un grand nombre d’organisations publiques et privées accepteront de la signer et qu’elle permettra d’orienter à la fois le développement technologique et l’élaboration de lois et de règlements.

« Pour changer les choses, il faut que les organisations s’engagent, souligne Marc-Antoine Dilhac, professeur de l’Université de Montréal spécialisé en éthique et responsable du comité d’élaboration de la Déclaration. On ne fait pas n’importe quoi une fois qu’on s’est engagé. »

Pour le moment, la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec saluent l’initiative sans aller plus loin. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a indiqué qu’elle voit le document d’un « très bon oeil ». « Tant mieux si Montréal peut être un chef de file au niveau de l’intelligence artificielle, dans ses aspects moraux », a-t-elle déclaré en marge d’une conférence de presse concernant l’arrivée à Montréal de trois entreprises britanniques spécialisée en IA.

« Je pense que c’est un document qui a toute son importance, mais on va prendre le temps d’en prendre connaissance pour bien comprendre les fondements », a réagi la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, qui représentait le gouvernement Legault lors de l’événement.

La Déclaration alimentera les travaux du nouvel Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle et du numérique qui a été lancé lundi.

Nouvelles venues à Montréal

Trois entreprises britanniques spécialisées en intelligence artificielle s’installeront prochainement à Montréal, créant au moins 130 emplois, ont-elles annoncé mardi en marge du NeurIPS, une importante conférence internationale sur l’IA présentée cette semaine dans la métropole. L’entreprise d’analyse de données QuantumBlack cohabitera avec l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila) à partir du printemps prochain au sein du nouveau centre d’excellence en IA situé dans le Mile-Ex et emploiera jusqu’à 100 personnes d’ici trois ans. WinningMinds s’établira sur le Plateau Mont-Royal et embauchera une trentaine d’employés, tandis que l’entreprise en démarrage BIOS élira domicile à un endroit non dévoilé pour l’instant. « Nous avons vraiment une excellente raison de nous réjouir aujourd’hui, parce que les yeux du monde en intelligence artificielle sont tournés vers Montréal », a souligné le président-directeur général de Montréal international, Hubert Bolduc.