Zika: la chasse aux moustiques s’intensifie au Québec

L'insecte piqueur du genre «Aedes aegypti» est responsable de la plus récente épidémie du virus Zika.
Photo: Andre Penner Associated Press L'insecte piqueur du genre «Aedes aegypti» est responsable de la plus récente épidémie du virus Zika.

L’œuf d’un insecte de l’espèce responsable de la transmission du virus Zika a été formellement identifié dans un piège installé l’été dernier au poste frontalier de Saint-Armand.

La présence d’un insecte piqueur du genre Aedes est documentée pour la première fois en milieu naturel au Québec. Rien n’indique toutefois que l’espèce soit établie ici. Encore moins qu’elle puisse transmettre des maladies.

Vendredi dernier, la scientifique Anne-Marie Lowe a reçu la confirmation qu’un œuf recueilli le 17 juillet 2017 dans un piège posé au poste frontalier de Saint-Armand était bel et bien de l’espèce Aedes aegypti. Il s’agit d’une espèce tropicale établie dans des États américains comme la Floride et responsable de la plus récente épidémie de Zika. Le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg a identifié le spécimen grâce à son ADN.

« On ne tombe pas sur le dos, explique la conseillère scientifique pour les zoonoses de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), puisque cela confirme notre hypothèse » qu’une migration vers le nord est possible pour l’espèce. Mme Lowe s’attendait davantage à découvrir des spécimens d’Aedes albopictus, le cousin des régions tempérées, dont la présence est documentée dans les États limitrophes au Québec.

Le risque pour le public avoisine zéro, mais il faudrait documenter la situation à l’avenir

 

La surveillance se poursuit

À Winnipeg, le scientifique Robbin Lindsay, qui a identifié le spécimen, n’était pas étonné outre mesure. « Je l’aurais peut-être été il y a deux ans. Mais depuis, des spécimens ont été trouvés dans le sud de l’Ontario », souligne-t-il. Ayant testé quatre régions de l’ADN de l’œuf, il est confiant de la fiabilité du résultat.

Le virus Zika ne se transmet théoriquement pas de l’adulte à son œuf, aussi aucun test n’a été fait dans ce sens.

« On sait qu’au moins une femelle a fait une incursion au Québec, cela montre le besoin d’intensifier la surveillance », estime Robbin Lindsay.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a été avisé de la découverte. La surveillance se poursuit cet été. Le nombre de pièges a été doublé aux postes frontaliers, pour un total de 112 pièges sur 12 sites.

Ils sont installés en Montérégie et en Estrie le long des axes des autoroutes 10, 15, 35 et 55, à partir de la frontière américaine.

« Il faut documenter la situation dans le sud du Québec. Sinon, on ne peut pas connaître le risque », explique Mme Lowe.

La seule autre occurrence d’Aedes au Québec avait été documentée à l’aéroport de Montréal, alors que deux spécimens s’étaient vraisemblablement glissés parmi les passagers de retour d’une destination chaude.

Risque négligeable

Ces moustiques piqueurs peuvent transmettre, outre le Zika, la dengue, la fièvre jaune et le chikungunya.

« Le risque pour le public avoisine zéro actuellement, mais il faudrait documenter la situation à l’avenir », estime Robbin Lindsay.

Pour l’instant, Mme Lowe ne s’inquiète pas non plus de cette découverte. Dans un avis publié en juin 2016, l’INSPQ jugeait qu’il était « probable » que les espèces du genre Aedes soient introduites au Québec, mais que le risque de transmission du virus Zika était « négligeable ». « Le climat actuel n’est pas favorable à l’émergence et à l’amplification du virus », stipulait l’avis. Anne-Marie Lowe estime que cette évaluation du risque reste pour l’instant inchangée. La reproduction du virus Zika au sein de l’insecte nécessite des températures supérieures à 22 degrés Celsius pendant plusieurs jours consécutifs.

« On ignore également si les œufs pourraient survivre l’hiver, à nos températures », ajoute Mme Lowe.

Les chercheurs de l’INSPQ croient que le transport par camion est responsable de l’introduction des insectes piqueurs au Québec.

« Probablement qu’une femelle est sortie d’un camion en provenance du sud et qu’elle s’est arrêtée dans notre piège pour pondre », croit Mme Lowe. Le piège était installé tout prêt de l’endroit où les camions s’arrêtent, après avoir traversé la frontière.

L’œuf, qui n’a jamais éclos, pourrait ne pas avoir eu les conditions climatiques propices pour ce faire.

Présents en Ontario

En Ontario, six spécimens d’Aedes aegypti adultes, de même que 27 larves, ont été capturés dans la région de Windsor-Essex en 2017. Des adultes et des larves du cousin Aedes albopictus ont été capturés en 2016 et 2017 dans la même région. Tous les spécimens étaient négatifs pour le Zika.

La présence de l’espèce tropicale avait aussi surpris les autorités de santé publique de cette région, qui s’attendaient à la voir surgir d’ici un horizon de dix ans. « C’est un signal d’alarme, pour notre pays, qui indique que le climat change », avait indiqué le Dr Wajid Ahmed, le directeur de la santé publique pour Windsor-Essex, à CBC en août 2017. Là-bas, les scientifiques croient que Aedes albopictus pourrait avoir établi une colonie et s’y reproduire.

Les Centers for Disease Control and Prevention américains ont documenté la présence soutenue (trois années ou plus depuis 1995) d’Aedes aegypti au sud, dans des États comme la Floride ou La Nouvelle-Orléans. Des spécimens ont été capturés sporadiquement plus au nord, comme dans le New Jersey, le New Hampshire ou la Pennsylvanie.

La présence d’Aedes albopictus, elle, est bien réelle dans le New Hampshire, le sud de l’état de New York et de la Pennsylvanie, avec des occurrences sporadiques plus au nord, à l’approche de la frontière canadienne.

Souvenirs de voyage

Depuis que l’alarme mondiale a été sonnée concernant le virus Zika en 2015, l’Agence de santé publique du Canada a répertorié 558 cas. Tous ont été acquis à l’étranger, sauf quatre par transmission sexuelle. Les conseils de protection pour les voyageurs sont toujours en vigueur pour plusieurs pays où le virus circule. Quatorze Canadiens ont ramené le virus en souvenir de voyage entre décembre 2017 et le 28 février 2018. Bien que la majorité des personnes infectées combattent l’infection, des complications peuvent survenir, comme une atteinte neurologique ou la microcéphalie, chez les nouveau-nés dont la mère a été atteinte durant la grossesse.