Les sciences exactes sont… truffées d’inexactitudes

Il faudrait revoir les processus de révision des textes scientifiques avant leur publication.
Photo: Thinkstock Il faudrait revoir les processus de révision des textes scientifiques avant leur publication.

Une nouvelle étude révèle que les plus grandes revues scientifiques n’échappent pas aux erreurs et même aux bourdes, pouvant aller jusqu’à altérer l’interprétation donnée aux résultats de recherches pourtant triées sur le volet.

Après avoir scruté à la loupe pendant 18 mois les publications des vingt plus grands journaux de médecine générale et de cardiologie publiés en langue anglaise, des chercheurs de l’Université de Saint-Louis ont récemment relevé pas moins de 577 erreurs. Leurs observations surprenantes ont récemment été publiées dans The American Journal of Medicine.

Le quart des études entachées d’erreurs « majeures »

La majorité des erreurs recensées dans les revues médicales par ces chercheurs étaient des imprécisions mineures dans l’épellation d’un mot, dans le nom des auteurs ou dans les chiffres d’un tableau ou d’un graphique, des erreurs jugées sans grandes conséquences. Par contre, près du quart (24 %) d’entre elles étaient des bévues « majeures » pouvant potentiellement influencer la compréhension des résultats par les lecteurs.

« Nous sommes autant préoccupés par la présence de petites erreurs, parce qu’elles détournent l’attention d’erreurs plus importantes. Les fautes majeures dans la littérature médicale peuvent souvent mener à de mauvaises interprétations de la part des lecteurs, surtout s’ils ne lisent pas les corrections publiées par la suite », affirme le chercheur principal de l’étude, le Dr Paul Hauptman, professeur de médecine interne à l’Université de Saint-Louis.

À titre d’exemple, une des erreurs notées dans les données d’un article portant sur la dépression évaluait à 15,8 % l’incidence de nouveaux cas chez les femmes, alors que la donnée exacte était plutôt de 1,5 %, soit dix fois moindre ! La recherche n’a toutefois pas permis de mesurer dans quelle proportion les erreurs rapportées ont mené à une mauvaise interprétation, ou même à de mauvaises décisions cliniques de la part des médecins.

Bourdes cachées

Mais le plus irritant pour ces chercheurs réside dans le fait que 51 % des erreurs repérées n’avaient fait l’objet d’aucune correction par la suite par les éditeurs des publications concernées. Comme le volume de publications scientifiques est en pleine explosion, il est impératif que ces façons de faire soient complètement revues, affirme un autre des coauteurs, Eric Armbrecht, professeur au Center for Outcomes Research de l’Université de Saint-Louis.

« La transparence, la cohérence et la clarté sont essentielles, dit-il. Notre étude montre que ces critères ne sont pas présents dans certaines publications majeures. »

Selon ces chercheurs, non seulement il faut revoir les processus de révision des textes scientifiques avant leur publication, mais il presse aussi de revoir les politiques de correction laxistes qui permettent à l’heure actuelle à des chercheurs de camoufler leurs bourdes plutôt que de faire preuve de transparence.

Même si un comité international des éditeurs de journaux médicaux spécifie clairement que les corrections apportées à une recherche doivent apparaître à la table des matières d’une publication et comprendre la version originale de la recherche ou un lien vers la version numérique de celle-ci, la réalité montre que ces protocoles sont rarement respectés. Des processus uniformes de révision et de publication des corrections doivent être suivis, expliquent les auteurs.

« Il faut envoyer un signal clair aux auteurs les avertissant que les informations qu’ils publient doivent être les plus précises possible et exemptes d’erreurs,dit le Dr Hauptman. Il faut faire en sorte que les résultats soient systématiquement revus et corrigés de façon transparente. »

 


 
4 commentaires
  • Luciano Buono - Abonné 6 octobre 2014 06 h 53

    Des inexactitudes

    Il y a aussi des erreurs dans les articles de journaux. Depuis quand la médecine est-elle une ¨science exacte¨?

    • Bernard Terreault - Abonné 6 octobre 2014 09 h 48

      Les facteurs affectant la santé hmaine sont tellement complexes que la médecine ne peut pas à ce jour être appelée une science "exacte" comme les mathématiques. Même la physique, que j'ai pratiquée pendant 45 ans, si elle est "exacte" au sens de la précision des mesures et de l'accord quantitatif des théories acceptées avec les mesures, ne prétend pas que ses concepts ne peuvent pas évoluer à la lumière des nouvelles découvertes.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 6 octobre 2014 08 h 04

    Études indépendantes

    La science se veut objective, elle nous permet d'avoir une meilleure connaissance de la réalité. Quand un chercheur est subventionné par une compagnie qui vend des anti-depresseurs, il est compréhensible que le taux de dépression passe de 1,5% à 15%.

    Au-delà des erreurs visibles, mineures ou majeures, quel pourcentage de la recherche scientifique médicale est objective et désinterressé?

    Quand un médicament rapporte des millions ou même des milliards de profit, comment peut-on penser qu'il y aura une recherche objective sur son efficacité réelle et sur ses effets secondaires?

    Les études indépendantes sont beaucoup plus fiables mais se perdent dans le flot des études non-désinterressées.

    Si on y rajoute un gros lobby...on peut comprendre qu'il n'y a plus beaucoup d'objectivité scientifique. Mais il est vrai que l'évolution de la science fut toujours dépendante du pouvoir et de l'argent.

    Bref...sur quoi doit-on se fier?

  • Raymond Lutz - Inscrit 6 octobre 2014 11 h 53

    Bon... quoi?

    On vient de vérifier que, non, la terre ne tourne pas autour du soleil? Sacré Copernic!

    Que, non, les chirurgiens n'ont pas à se laver les mains entre chaque opération?

    Quelle blague... Cet article est-il commandité par les frères Koch pour discréditer la science inexacte du climat?

    Ou par Transcanada pour discréditer la science inexacte de la toxicologie des fuites de bitume dilué?

    Non je n'ai pas lu l'article, tout comme les milliers de gens qui ne retiendront que le gros titre: "les scientifiques se trompent souvent".